Le cadeau russe aux Polonais (et à l'Europe)

Article publié le 4 juin 2009
Article publié le 4 juin 2009
Alors que les Polonais s’apprêtent à voter, Moscou a décidé de leur un petit cadeau : une nouvelle vision de l’Histoire, en particulier concernant la période 1939-1945. Légende: affiche du film Katyn, racontant le massacre d'officiers polonais par le NKVD lors de la Seconde Guerre Mondiale (1940-41) toujours qu'à moitié reconnu par la Russie.

Les Historiens se sont souvent violemment disputés pour savoir qui étai responsable de la Première Guerre Mondiale. Etait-ce vraiment uniquement l’Allemagne de Guillaume ? Ou bien, est-ce que le revanchisme français n’y avait pas sa part ? Sans parler d’un Empire Russe soucieux de protéger ses amis slaves. Finalement, aujourd’hui, ils ont plus tendance à dire : chacun a bien foutu le bordel et cherché sa misère. 

Les mensonges de l’Ouest

Mais concernant le deuxième épisode guerrier mondial, pas de souci : c’est l’Allemagne Nazie et son leader qui ont mis le feu aux poudres en cherchant à annexer tous ses voisins. Après l’Autriche, la Tchécoslovaquie, c’était la Pologne. La goutte qui a fait déborder le vase, et tout fait péter. Cela a même forcé le Royaume-Uni et la France, a sortir de leur torpeur de bisounours. 

Vraiment ? Non, pas du tout selon l’historien russe Sergueï Kovalev qui est aussi colonel dans l’Armée russe à ses heures perdues. Dans un article intitulé "Histoire: contre les mensonges et les falsifications", il remet en cause l’entière responsabilité allemande et charge quelque peu ses voisins Polonais. 

Pas froid aux yeux

Sa théorie géniale est la suivante : les Polonais sont en partie responsables de la Seconde Guerre Mondiale car ils ont unilatéralement refusé les exigences allemandes qui consistaient en peu de choses selon lui : refus de restituer Dantzig (Gdansk en polonais) et de construire des routes pour désenclaver la Prusse orientale. "Il est difficile de dire que ces deux demandes étaient sans fondement", affirme M. Kovalev. Oulaaaa culoté le monsieur. C’est vrai que les Etats ont toujours été prompt à donner leur territoire comme ça, parce qu’ils sont gentils et aiment leur voisin. Ici on est impatient de voir la Russie répondre favorablement aux mêmes demandes. 

Il enfonce le clou en déclarant que le pacte de non agression germano-soviétique - qui prévoyait accessoirement le partage de la Pologne entre nazis et communistes – est le résultat de la volonté des Polonais d’être une puissance régionale et leur refus d’une alliance entre URSS, France et Royaume-Uni. Motif : ils ne voulaient pas laisser passer les troupes russes sur leur sol. A se demander si ce colonel de parade se souvient que dans les années 20, les Polonais ont du repousser les Rouges de leur territoire, car Lénine et ses copains auraient bien révoqué la fraîche indépendance polonaise d’un grand coup de canon. Sauf que voilà, ils se sont faits bottés le cul. 

Sans oublier qu’on ne voit pas trop le rapport entre ce pacte censé retarder l’entrée en guerre de l’URSS contre l’Allemagne, et la nécessité de se partager la Pologne ? Avaient-ils vraiment si peur que cela des Polonais ??

Pas touche à la Mère Patrie

Alors à quoi cette rime ce négationnisme historique ? Cette falsification généralisée ? Il faut savoir que Dimitri Medvedev, ce grand démocrate vient de décider de la création d’un institut historique officiel, chargé de combattre la falsification de l’Histoire au sujet de l’URSS. Tout un programme…

Nous voilà donc face au premier résultat de cette volonté russe de combattre ces salops d’occidentaux qui ne disent que des méchancetés sur la Sainte Mère Patrie. Au moins, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère. A quand un article sur les élections libres de 1945 en Europe de l’Est ? Et le soutien populaire hongrois au carnage de Budapest ? Car c’est connu, les Hongrois étaient de grands amateurs de parades militaires à balles réelles. 

A la mode iranienne ?

Même si les autorités russes veulent minimiser l’importance de cet article, il est révélateur de l’ambiance qui règne actuellement en Russie. Ce pays faiblard dans les années 90, a repris du poil de la bête grâce aux pétrodollars des années 2000. Et même si aujourd’hui, la crise leur rappelle qu’ils ne sont encore qu’en convalescence (le fait d’avoir assez d’armes atomiques pour faire péter la planète ne fait pas tout), ils affichent leur mentalité : la Russie a encore un train de retard. A Moscou, on analyse l’Histoire façon XIXe siècle : soit mon ami ou je te casse la gueule (cf la Géorgie, mais aussi l’Ukraine, la Biélorussie, etc). Et l’Histoire n’est qu’un enjeu de pouvoir qu’on peut utiliser pour exulter le patriotisme d’une population qui se fait quotidiennement spolier par la nomenklatura au pouvoir. Toujours la vieille recette : des paillettes pour faire oublier la misère quotidienne et motiver les troupes. Et dans le cas présent, autant prendre les Polonais comme bouc-émissaires, de toute façon, personne ne les aiment.

Et à côté de cela, on nous raconte que la Russie est un grand partenaire de l’UE, un acteur mondial, un grand pays. Grand géographiquement, c’est sûr. Pour le reste, il est sur la voie de la régression. A quand la négation du goulag ? Ca fait très iranien dans le style. 

A l’assaut

Beaucoup de nos biens pensants nous disent qu’on ne peut rien faire avec la Russie. Qu’il vaut mieux être gentils, car de toute façon on n’a aucun moyen de pression sur eux. Mais qu’eux, peuvent nous couper le gaz. Cf cette magnifique vidéo.

Russians mock the gas-dependence of Europe and Ukraine

Ah oui, on est vraiment tout nu face à eux ? Que dire des investissements européens qui représentent 72% des investissements mondiaux en Russie. Ils coupent le gaz ? Ok, nous on arrête de payer. Ils vont en faire quoi de leur gaz ? Le vendre aux Chinois ? Avec quel pipeline ? Le transporter à dos de chameaux à travers le désert de Gobi ? Ou le mélanger à de la vodka pour en faire la nouvelle star des nuits moscovites sous le nom de « Gazprom cocktail » ?

Oui cet article ne touche que les Polonais. Oui ce n’est que du papier. Mais si la Russie n'est pas notre ennemi, dire qu'elle est notre amie est totalement erroné. La Russie n'est ni Européenne, ni l'amie de l'Europe. Elle est russe et avec les hommes actuellement au pouvoir, elle compte bien le rester.