« Le Bureau » : la série qui incarne l'humour allemand

Article publié le 7 mai 2012
Article publié le 7 mai 2012
Un énorme bureau éclairé par des néons, des piles de papier et des téléphones qui n'arrêtent pas de sonner n’est pas vraiment le lieu idéal pour une série. Et pourtant, c'est justement le format de The Office, la célèbre comédie britannique qui a rencontré un très grand succès.

Le Bureau, La Job ou bien La Ofis, tels sont les titres des imitations de la série télévisée britannique The Office. Le format choisi par les deux Britanniques Ricky Gervais et Stephen Merchant fut entre autres adapté en France, au Canada, au Chili et aux États-Unis. En Allemagne, la série a été copiée sous le titre de « Stromberg » et n’a pas tardé à trouver ses fans.

Stromberg, c'est également le nom du chef du service Règlement des sinistres d’une société d'assurances. Il dirige un bureau d'employés qui ne sauraient être plus différents : il y a par exemple Ernie, le fils à maman, Erika, dodue mais bonne comme le pain et Ulf, boute-en-train et pas très spirituel. Chaque occupant correspond à un stéréotype, et tous sont méprisés par leur chef Stromberg. Celui-ci aime bien jouer le dictateur du royaume de la paperasse, mais lui-aussi est un flemmard de première catégorie. Jusque-là rien de spectaculaire. Finalement, chaque comédie de situation est basée sur un bon mélange de stéréotypes. 

A chacun ses problèmes mentaux.

Un phénomène purement allemand ?

« Si, en tant que chef, tu pètes un coup, alors le comité d'entreprise va réclamer d’emblée un mur antibruit ! »

Mais quelle est la recette secrète de cette série ? Stromberg, ainsi que toutes les autres adaptations de The Office, mise sur un style pseudo-documentaire. La caméra est au cœur de l’action, entre l'imprimante et la cafetière ; parfois elle vacille, et comme dans un reportage, les employés, et surtout le chef, commentent le train-train de la vie de bureau. Des situations gênantes et des silences pesants se mélangent à des commentaires politiquement incorrects. Avec Stromberg, le chef de service interprété par l’acteur Christoph Maria Herbst, tout le monde y passe. Il se moque des étrangers, des homos, des femmes, des gros, des blondes et bien sûr de ses collaborateurs. Des phrases comme « Le turc sait faire le café, préparer le kebab ou danser la danse du ventre, et ça va pas plus loin. Et ceci n'est pas un préjugé, il existe des preuves historiques » ou « Si, en tant que chef, tu pètes un coup, alors le comité d'entreprise va réclamer d’emblée un mur antibruit ! » font partie de son répertoire. C'est une authenticité sans fard, mais mise en scène. Et ça passe.

La communauté des fans de Stromberg est grande. Cinq saisons avec au total 46 épisodes ont déjà été diffusées à la télé et les DVD se sont vendus par milliers. L'expression strombergeoise « läuft ... » [ça roule] s’est introduite dans le langage courant des jeunes allemands. Et la série a reçu un grand nombre de prix. Les fans qui ne cessent de revendiquer une deuxième saison de leur série préférée ont récemment apporté la preuve de leur ferveur : suite à un appel de la société de production, ils ont fait don d’un million d'euros en seulement une semaine. Celle-ci voulait produire un film avec la série, mais n'avait pas l'argent nécessaire. Elle a alors demandé aux fans de se collecter. Chacun pouvait décider de donner une somme plus ou moins importante. Le résultat fut surprenant : en seulement une semaine, l'argent donné a atteint 1 million d'euros.

Ce qui marche bien en Allemagne ne fonctionne pas si bien dans d'autres pays. La BBC, qui a diffusé la série en version originale, s’est limitée à deux saisons. Quant à la France, une seule saison a suffi. Peut-être la réussite de ce format est-elle un phénomène purement allemand. Le quotidien dans le service d'une assurance, avec du zèle et de l'ordre, ça correspond bien au cliché.

Photos : © avec l'autorisation de Brainpool/Willi Weber