Le Brexit et les expats : la menace fantôme 

Article publié le 23 juin 2016
Article publié le 23 juin 2016

Nombreux sont les Européens à avoir choisi de s'installer à Londres, en vue de trouver un travail et d'y faire leur vie. Si le Royaume-Uni sort de l'Union européenne, ils seront sans doute les premières victimes de ce choix. Rencontre avec ceux qui ont un peu plus chaud que les autres.

Londres est un Eldorado pour beaucoup de jeunes. En 2014, l'ancien maire de Londres Boris Johnson, se vantait même d'être « à la tête de la sixième plus grande ville de France » avec plus de  225 000 Frenchies vivant dans l'agglomération (le chiffre est à peu près exact mais ce nombre placerait en réalité Londres au niveau de la trentième ville française, entre Angers et Dijon, ndlr). Alors que le marché de l'emploi offre assez peu de perspectives en Europe, nous avons demandé à des jeunes expatriés - français ou autre - comment ils imaginent leur vie en cas de Brexit. S'ils ne savent pas vraiment à quelle sauce ils seront mangés, tous sont inquiets et attendent avec crainte le résultat du référendum du 23 juin.

Océanne, Française, 22 ans, employée dans un café

« J'ai peur de devoir quitter le Royaume-Uni. Il serait sans doute assez compliqué  d'obtenir un visa. Cela fait près de trois ans que je vis à Londres et je m'y plais. Je suis venue avant tout pour obtenir un travail. Portant le voile, il est très difficile pour moi de trouver un emploi en France. Ici, les gens sont plus ouverts, il y a plus de liberté d'expression. Je n'ai pas envie de rentrer en France, mais en cas de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, ceci n'est malheureusement pas impossible. Nous verrons cette nuit quels seront les résultats. C'est dommage que les étrangers vivant et travaillant ici ne puissent pas voter. »

Wojciech, Polonais, 36 ans, employé dans la restauration

« Je suis arrivé ici peu après l'adhésion de la Pologne (en 2004, ndlr), ça fait 11 ans que je vis à Londres. Je suis un peu inquiet, car on ne sait pas vraiment dans quelle mesure le droit pourrait évoluer. Quelles seraient les restrictions en termes de visa ? Qui pourrait rester ? Faudrait-il gagner plus de 25 000 ou 35 000 livres pour avoir le droit de résider en Grande-Bretagne ? On entend également beaucoup de bêtises, personne ne sait vraiment ce qui se passera. La situation est donc assez confuse. Dans tous les cas, j'aimerais rester ici, à Londres. Et je pense que les Britanniques voteront pour rester dans l'Union. »

Yana, Bulgare, 25 ans, cinéaste en freelance

« Personne ne sait exactement ce qui se passera, mais je suppose que je devrai partir. Si les Britanniques sortent, je ne suis même pas sûre d'entamer la procédure pour obtenir un visa, car ce sera sans doute difficile. Pourquoi voudraient-ils que je reste s'ils votent pour contrôler l'immigration ? Cela n'aurait aucun sens. Je suis arrivée au Royaume-Uni il y a six ans, j'ai étudié en Écosse et je suis ensuite venue à Londres. J'ai mes ami(e)s et mes contacts ici, il n'y a aucune raison que je parte. Si je devais partir, je pense aller en Espagne, où j'ai déjà vécu un an dans le cadre d'un échange Erasmus. »

Sonia, Italienne, 25 ans, employée dans l'hôtellerie

« Je suis arrivée au Royaume-Uni il y a deux ans pour trouver un emploi. J'ai d'abord vécu à Sheffield (dans le nord de l'Angleterre, ndlr) avant de venir à Londres. Je viens du sud de l'Italie et il y est très difficile de trouver un travail stable aujourd'hui. Je ne m'imagine donc pas y retourner. J'ai également rencontré mon petit ami ici, qui est Ivoirien. Si le Royaume-Uni sortait de l'Union européenne, nous serions deux personnes à devoir avoir un visa pour résider ici, donc ce ne serait pas simple. Nous ne savons pas encore ce que nous devrions faire. J'attends donc les résultats du référendum avec une certaine crainte. »

Maria, Espagnole, 29 ans, employée dans un magasin 

« Cela fait trois mois que je suis installée à Londres. La situation des jeunes espagnol(e)s est désastreuse en termes d'emploi. J'ai donc décidé de venir ici pour trouver un travail et apprendre l'anglais. Je ne sais pas vraiment ce qui se passera, si les Britanniques votent pour une sortie de l'Union. Peut-être que pour les personnes déjà installées ici depuis un certain temps, ou la main d'oeuvre qualifiée, il n'y aura aucun problème. Mais qu'en sera-t-il des autres ? C'est une bonne question. J'espère donc sincèrement que le Royaume-Uni restera dans l'UE et je le pense. »

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlée.

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Il nous a été officiellement interdit de citer les Clash, mais la question rappelle bel et bien cette fameuse chanson. Le 23 juin prochain, les citoyens britanniques se rendront aux urnes pour décider, ou pas, du maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Huge. Tant et si bien qu'on a 2 ou 3 choses à dire sur le sujet. Retrouvez notre dossier très costaud sur la question du Brexit.