Le Brexit dans la presse : qui écrit quoi ?

Article publié le 23 juin 2016
Article publié le 23 juin 2016

Lorsqu’un événement important frappe la Grande-Bretagne, journaux et magazines apportent fièrement leur soutien et tentent de rallier les lecteurs à leur cause. Dans quelle mesure peuvent-ils influencer le résultat du référendum de demain ? Tour d’horizon de ceux qui soutiennent le Brexit ou qui, au contraire, veulent l’éviter.  

Les points bleus signalent les partisans du maintien dans l’UE. Le graphique sera mis à jour à chaque nouveau soutien.

À la veille du référendum britannique sur le maintien dans l’Union européenne, Internet n’est qu’une cacophonie d’arguments détonants de la part des camps opposés. Pour l’Européenne continentale que je suis, il est fascinant d’observer comment la presse britannique milite politiquement - dans ce cas, ils essaient de convaincre leurs lecteurs de voter pour ou contre la sortie de l’UE. Qu’on se le dise, l’impartialité et l’objectivité ne sont pas les maîtres-mots. Exception faite des médias publics, donc financés par l’État, si bien que personne ne s’attend à voir la BBC ou Channel 4 faire de telles déclarations.

La plupart des soutiens officiels apportés par les journaux et magazines britanniques ont commencé à poindre la semaine passée, dans la dernière ligne droite avant le référendum. Ce timing n’est pas le fruit du hasard et vise à influencer la décision de ceux qui n’ont pas encore choisi leur camp : rester ou partir ?

Le débat ne vole pas bien haut, comme on a pu le remarquer avant mai alors que l’ancien maire de Londres, Boris Johnson, assurait que Bruxelles interdisait les bananes « courbes » comme pour justifier le retrait de l’UE. L’utilisation systématique d’hyperboles nous a forcés à faire du tri dans tout ce qu’on a lu ou entendu sur le Brexit.  

D’une part, le quotidien The Sun clame : « Nous prions nos lecteurs de beLEAVE (jeu de mots formé de believe, soit croire, et leave, partir, ndlr) en la Grande-Bretagne et de voter pour le retrait de l’UE le 23 juin ». De l’autre, The Guardian, journal de tendance gauche, les conseille poliment : « Restez en contact et ouverts, pas énervés et seuls ».

Par le passé, The Sun est devenu célèbre en tant qu’oracle auto-proclamé. Lors des élections générales de 1992, tandis que le candidat conservateur John Major gagne d’une courte tête et contre toute attente face à son rival travailliste Neil Kinnock, le tabloïd avait prédit cette victoire. Ses mois de campagne acharnée contre Kinnock ont finalement porté leurs fruits, et The Sun titre : « C’est The Sun qui a gagné ». Un cas similaire s’est produit en 1997 alors que le journal changeait de bord et supportait la candidature de Tony Blair. Après sa victoire, The Sun se l’est encore attribuée.

Cependant, aujourd’hui, le lectorat des journaux traditionnels est en déclin et les gens sont plus disposés à lire la presse sur Internet. D’autre part, pour autant que The Sun décèle précisément les tendances au sein de son lectorat et les reflète bien, il est difficile de dire dans quelle mesure il peut l’influencer.

Ainsi, les soutiens publics de la presse britannique affecteront-ils vraiment les votes du référendum de demain ?

Selon Viral Shah, ancien rédacteur de la version anglaise de cafébabel, ce cirque médiatique fonctionne selon ses propres lois.

« Pour les élections générales normales, il semble que ce soit l’opinion du propriétaire du journal qui se reflète dans sa ligne éditoriale. Mais avec ce référendum, soit les propriétaires couvrent leurs arrières, soit ils permettent vraiment à leurs rédacteurs de choisir un camp. À mon avis, la première hypothèse est plus probable, les affaires sont les affaires après tout. Par exemple, le Daily Mail est pro-Brexit mais le Mail on Sunday est contre - tous deux sont tenus par Lord Rothermere, qui fiscalement parlant n’est pas domicilié dans le pays et détient les deux journaux par le biais de sociétés basées aux Bermudes. Rupert Murdoch, notre vieux milliardaire australien préféré, a fait de même : The Sun est pro-Brexit mais le Times est contre », rapporte-t-il.