Le blues du football français

Article publié le 31 mars 2008
Article publié le 31 mars 2008
L’image date d’il y a plus de 15 ans déjà. 1993, l’Olympique de Marseille remporte la Ligue des Champions. Depuis, le désert. Aucun club hexagonale n’a réussi à se hisser jusqu’au plus haut niveau du football européen.
Alors que le Real Madrid a remporté la prestigieuse coupe neuf fois, le Milan AC à sept reprises, Liverpool a récolté cinq trophées, quatre fois pour le Bayern de Munich, les performances françaises font elle, pâles figures.

Pour Bernard Laporte, secrétaire d’Etat chargé des sports l’une des premières causes du mal-être du foot français se porte sur un déficit financier. « C’est économiquement que le bas blesse » déclare l’ancien entraîneur de l’équipe de France de rugby aux journalistes de Téléfoot.

Un milliardaire pour Chelsea

Alors que les investisseurs étrangers se précipitent vers des clubs européens tels que le milliardaire russe Roman Abramovitch à Chelsea ou encore des fonds de pension américains à Manchester, peu de capitaux étrangers se dirigent vers la France. « Il n’y a pas beaucoup de clubs qui refusent des investisseurs étrangers. C’est qu’aujourd’hui on ne les attire pas » continue Bernard Laporte. « Parce que, quand ils voient nos recettes (NDLR : françaises), quand ils voient les conditions de nos matchs et bien ils se disent ‘’ça ne sert à rien de venir investir, il vaut mieux aller investir en Espagne ou en Angleterre.’’ C’est aussi simple que ça. » Car les budgets français comparés à ceux du niveau européen vont du simple au triple. Selon une étude concernant leur chiffre d’affaire menée par le cabinet d’audit Deloitte, le Real de Madrid (avec €351 millions), Manchester United (€315 millions) et le FC Barcelone (€141 millions) trustent les trois premières marches, alors que l’Olympique Lyonnais (€141 millions) premier club français arrive à la treizième place et au dix-neuvième rang pour l’OM (€99 millions). La fiscalité plus lourde dans l’hexagone ou encore les recettes des droits télé français qui inclut une clause de solidarité envers les petits clubs, influent sur le manque d’attractivité des clubs en France. Au premier plan, les joueurs. Robert Pires, joueur français qui a passé une grande partie de sa carrière en Angleterre à Arsenal, confirme devant les caméras de Téléfoot. « C’est difficile de revenir (en France), déjà sportivement et financièrement… ce n’est pas possible… »

L’exemple le plus probant au sein de la ligue 1, maintes fois raillés par les Guignols de l’Info : le Paris Saint-Germain. Ancien entraîneur de l’équipe su PSG, Luis Fernandes explique les raisons de la débâcle parisienne au quotidien Direct Plus (27 mars 2008) : « C’est un club jeune, il faut le préciser. Avec les premiers titres et avec l’arrivée de Canal +, on a commencé à grandir au niveau européen. Ace moment-là, on ne s’en est pas servi pour bâtir sur des fondations solides. » Et ajoute laconique : « D’année en année, ça a empiré et on a pas su construire un outil de travail, notamment au niveau de la formation. On a surtout passer du temps à changer d’entraîneur et de président, à vendre et à acheter les joueurs. »

Club versus équipe nationale

Comment rivaliser avec les salaires anglais, plus de trois supérieures à la moyenne française ? Bien que certains clubs tel que Lyon tentent de se diversifier par une introduction en bourse ou par un marchandising plus étoffé (du maillot, aux salons de coiffure et même aux écoles de conduite pour l’Olympique Lyonnais), ces initiatives restent minoritaires. Eric Besson, nouveau secrétaire d’Etat à la prospective est d’ailleurs chargé d’une mission de la plus haute importance : se pencher sur la compétitivité du foot français ! Tout n’est pas aussi sombre. La France est doté d’un bon réseau des centres de formation où sont découvert chaque année les futures stars du football – français, si ce n’est européen – de demain. Cannes, Auxerre, Lyon ou encore Monaco n’ont-ils pas révélé Zinedine Zidane, Thierry Henry, Franck Ribéri ou Karim Benzema et ceux, dès l’adolescence. Pour preuve, au niveau national, les Bleues se sont hissés en finale de la dernière coupe du monde en Allemagne et se sont qualifiés pour l’Euro 2008 en Autriche et en Suisse alors que David Beckham et ses collègues britanniques n’accéderont pas à cette phase finale en juin prochain.

-Johara BOUKABOUS

Source : - Extrait Annual Review of Football Finance 2008

- Article "Eric Besson sur la compétitivité du foot français" So Foot - 13 mars 2008

Crédit photo : Marius Hanstad/FlickR