Le baptême de Charles Michel dans la cour des 28

Article publié le 26 octobre 2014
Article publié le 26 octobre 2014

Charles Michel fait son entrée dans le Conseil européen en tant que premier ministre belge. Outre la rencontre de nouveaux camarades, le premier ministre s’est familiarisé avec des sujets européens comme le climat ou le budget.

C’est la rentrée des classes pour les nouveaux dirigeants de quatre États lors du sommet européen des 23 et 24 octobre : la Belgique, la Pologne, la Slovénie et la Suède. Cafébabel a suivi les premiers pas du plus jeune premier ministre de l’histoire de la Belgique.

« On n’oublie jamais sa première fois »

Interrogé par la presse sur son vécu de cette première journée, Charles Michel a répondu, le sourire aux lèvres : « On n’oublie jamais sa première fois. » « Il y avait une réelle volonté de faire fonctionner l’Union européenne et donc de conclure un accord », a-t-il poursuivi lors de la conférence de presse à deux heures du matin le 24 octobre.

Même s’il a déjà siégé lors de réunions internationales quand il était ministre de la coopération au développement, c’était la première fois qu’il représentait la Belgique en tant que chef de gouvernement. « J’ai vécu ces dernières heures avec un sentiment de satisfaction avec la volonté d’être utile et d’assumer mes responsabilités convenablement », a-t-il déclaré après cette journée marathon.

Les membres du Benelux se serrent les coudes

Le Benelux est « un point qui me tient à cœur, car il conserve « une valeur ajoutée », explique Charles Michel. Cet accord intergouvernemental signé en 1944 constituait au départ une union douanière entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Il se concentre depuis 2008 sur d’autres domaines, dont l’union économique, le développement durable et la justice.

« Être capable de nouer des alliances peut aider à faire certains points autour de la table », explique le premier ministre belge de 38 ans. Charles Michel a notamment indiqué qu’il a pu unir ses forces avec ses homologues néerlandais et luxembourgeois pour prendre des décisions qui permettent de « maintenir la compétitivité vis-à-vis des grands voisins européens ».

Charles Michel s’est entretenu avec ses homologues néerlandais, Mark Rutte (47 ans), et luxembourgeois, Xavier Bettel (42 ans) lors d’une réunion de la famille libérale européenne (ADLE). Ils ont d’ailleurs évoqué l’organisation d’un sommet Benelux au cours de l’année 2015.

Philippe Lamberts, eurodéputé vert belge, indique : « mon cœur saigne » en faisant référence à la domination libérale au sein des États du Benelux. Il concède toutefois que les trois pays auront plus de poids sur la scène européenne s’ils agissent d’une seule voix.

La politique climatique : un test pour le fédéralisme belge

Selon le premier ministre belge, grâce à l’accord sur le paquet climat-énergie 2030, « l’Union pourra jouer un rôle moteur au niveau international dans la perspective du sommet de l’ONU à Paris. »

Philippe Lamberts estime quant à lui que ces objectifs ne suffisent pas : « l’UE dépense 400 milliards de dollars en énergie fossile par an, dont un tiers un provient de la Russie. » À ses yeux, l’Union européenne a tout intérêt à fixer des objectifs contraignants plus élevés en matière énergétique, car cela permettrait aux 28 de faire évoluer la situation économique et de réduire la dépendance vis-à-vis du pays de Vladimir Poutine.

En Belgique, la production d’électricité à partir de sources renouvelables dépend de la compétence des régions et non du gouvernement fédéral. Depuis deux ans, les régions ont décidé de réduire les subventions pour les panneaux solaires. Drôle de décision quand on sait que la part du renouvelable dans le mix énergétique ne s’élevait qu’à 6,8 % en 2012, alors que le plat pays a pour but d’atteindre 13 % d’ici 2020 (l’objectif global de l’UE étant par ailleurs de 20 %).

Interrogé lors de la conférence de presse sur la répartition des charges pour atteindre cet objectif, Charles Michel a répondu : « si un accord a pu être conclu à 28, j’ai l’espoir qu’il soit possible de se mettre d’accord entre le gouvernement fédéral et les entités fédérées. […] Ce sera un test du bon fonctionnement du fédéralisme. »

La culture en berne en raison de coupes budgétaires

« Cela n’a pas de sens d’opposer la discipline budgétaire à la croissance », a indiqué Charles Michel en défendant les plans d’assouplissement structurel de son gouvernement à hauteur de 11 milliards d’euros. Il s’engage par exemple à augmenter l’âge légal du départ à la retraite à 67 ans.

Selon lui, les politiques qui vont être menées par la suédoise permettront de renforcer la compétitivité de la Belgique. Ce thème est revenu constamment lors de la conférence de presse du 24 octobre. Il a également invité la Commission à analyser plus finement les causes qui ralentissent la mobilisation d’investissements privés.

Il a par ailleurs souligné que des « sensibilités » différentes se sont exprimées autour de la table autour de la discipline budgétaire. Les uns souhaitent plus de flexibilité dans l’application des règles tandis que les autres veulent qu’elles soient respectées à la lettre.

Au niveau belge, le secteur de la culture est frappé par des coupes budgétaires : 16 % de réduction budgétaire sont prévus pour les institutions culturelles belges. Le théâtre de la Monnaie en fait particulièrement les frais : cette institution connue à l’échelle internationale devrait être amputée de 37 % de ses subventions.

Charles Michel a néanmoins expliqué en conférence de presse que le gouvernement n’avait pas ciblé la culture en particulier : « Il n’y a pas eu d’efforts supplémentaires ou additionnels dans ce secteur en comparaison à d’autres secteurs. »