Le 9 mai, ce n’est pas que l’anniversaire de votre ex

Article publié le 13 mai 2013
Article publié le 13 mai 2013
Le 9 mai 2013 est un grand jour en Allemagne. Les gens descendent dans la rue et célèbrent ensemble tous les pères de leur nation, puisqu'il s'agit de l'Ascension et donc de la traditionnelle fête des Pères. Mais Stefanie Bruning se demande s’ils ont également une pensée pour Robert Schuman, le père de l’Union européenne.

Il y a 63 ans, le 9 mai 1950, le ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman a eu l’idée qui allait conduire à la plus longue période de paix que l’Europe ait jamais connue, c’est-à-dire la création de l’Union européenne. Le fait que cet anniversaire semble être presque ignoré par ses habitants n’est pas uniquement dû à la crise.

Mon ex et un travesti israélien

Sur les quelques 80 personnes que j’ai interrogées pour mon petit sondage non-représentatif, une seule savait que la Journée de l’Europe est fêtée le 9 mai. Quand je demande sur Facebook à d’autres étudiants (du programme Erasmus mundus) ce qu’ils associent à la journée du « 9 mai », j’obtiens spontanément des réponses comme « c’est l’anniversaire de mon ex-copine ! » Une recherche Google donne des résultats tels que « Dana International, le travesti israélien, a remporté l’Eurovision en 1998 ». D’autres personnes venant de pays comme l’Ukraine, la Géorgie et la Norvège indiquent que chez eux cette date commémore la fin de la Seconde guerre mondiale.

Selon le site de l’Union européenne, « on a décidé que serait célébrée le 9 mai la “Journée de l’Europe” après un sommet de l’UE qui s’est tenu à Milan en 1985. La Journée de l’Europe est l’occasion d’activités et de festivités qui rapprochent l'Europe de ses citoyens et ses peuples entre eux ». Toutefois, le seul vague indice qui puisse suggérer qu’il se passe quelque chose de spécial aux alentours du 9 mai 2013 à Bruxelles est une vidéo des événements de l’année dernière. Aucune nouvelle annonce n’a été faite, seule une nouvelle affiche invite à « participer au débat » sur « l’année européenne des citoyens », le thème de 2013. Sur un plan national, il est difficile de trouver quoi que ce soit en Allemagne à part quelques événements locaux sur la représentation de la Commission européenne dans le sud du pays. Rien à voir avec du marketing attractif.

L’Europe et les Européens : un vieux couple

Il pourrait coûter cher d’avoir un grand programme tel que celui des dernières années, avec en 2012 le 25e anniversaire du célèbre programme Erasmus, ou le 60e anniversaire de la Déclaration Schuman en 2010. Mais est-ce que des décennies de paix ne valent-elles pas la peine d'être également célébrées ? Étant donné que le pouvoir individuel des nations se restreint et que l’UE gagne en importance, que signifie célébrer nos différences plutôt que notre unité ? Par exemple, les fêtes nationales sont des jours fériés, alors que ce n’est pas le cas de la Journée de l’Europe. C’est comme si l’Europe faisait partie d’un vieux couple qui a perdu son enthousiasme et pour lequel les frontières vont de soi. Au départ, les notions intrigantes que sont l’amour et la paix avaient rempli d’étoiles les yeux des fondateurs. On avait ignoré des écarts structurels et économiques entre les partenaires, tout cela au nom du fantastique idéal que représentait l’union. Les étoiles sont toujours bien présentes sur notre drapeau, mais nos yeux commencent à se fatiguer. L’union est considérée comme acquise, et l’on voit de moins en moins dans les yeux de nos partenaires. Avec la crise relationnelle que nous traversons actuellement, certains se mettent même à regretter et songent déjà au divorce. Mais au fond de leurs cœurs, ils sont bien trop effrayés à l’idée de se retrouver tout seul, face à un futur incertain.

Alors que l’Allemagne s’en sort toujours plutôt bien malgré la crise actuelle, le chômage en Espagne a atteint le record historique de 27 % en avril 2013. Il serait donc bien plus compréhensible que les chômeurs espagnols veuillent abandonner l’Europe. Il semble toutefois qu’ils soient nombreux à vouloir tenter leur chance sur le marché européen du travail, et le nombre de candidatures pour des apprentissages au sein des institutions européennes a même augmenté. Cela peut être dû en partie au programme d’échange d’étudiants Erasmus qui soutient le désir d’apprendre de nouvelles langues et de faire l’expérience de cultures différentes. Même si l’on n’a pas la chance de participer à un échange, pouvoir traverser les frontières en un clin d’œil est toujours pratique, et on a même de moins en moins besoin de changer de devise

Cette réussite n’est pas seulement issue de l’idée de Robert Schuman, le père fondateur, mais aussi de la volonté des pères et mères qui dans tous nos pays soutiennent le désir de leurs enfants de voyager et de faire l’expérience des différentes nations européennes.

Cet article fait partie d’un dossier spécial sur la « Journée de l’Europe » créé grâce aux membres du Forum des étudiants en journalisme européens (FEJS).

Photos : (cc) Noah_Diamond/ flickr/ official myspace page