L’avocat William Bourdon appelle à un tribunal ad hoc pour le massacre de 1988 en Iran

Article publié le 7 septembre 2016
Article publié le 7 septembre 2016

La conférence de presse était organisée par la coalition de l’opposition, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), qui a révélé de nouvelles informations sur le massacre de 1988 en Iran. Le CNRI a notamment révélé les identités de 59 personnages du régime impliqués dans les « commissions de la mort » à Téhéran et en province.

Ces commissions avaient été chargées par le fondateur du régime islamiste, l’Ayatollah Khomeiny, d’éliminer tous les prisonniers politiques qui défendaient leurs convictions en particulier les militants du mouvement des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI).

Khomeiny avait écrit dans son terrible décret religieux : « Tous ceux qui sont emprisonnés à travers le pays et qui persistent dans leur hypocrisie sont condamnés à mort car ils sont en guerre contre Dieu. Il serait naïf d'être clément à l'égard de ceux qui ont déclaré la guerre contre Dieu. L'intransigeance de l'Islam à l'égard des ennemies de Dieu fait partie des principes intangibles du régime islamique (…) Ils doivent s'efforcer à réprimer les mécréants avec la plus grande violence. »

Me William Bourdon a réclamé une mobilisation internationale pour stopper la frénésie meurtrière en Iran : « L'insolente impunité dont jouissent les auteurs de ces crimes doit cesser. Car ces derniers continuent de détenir des postes clés au sein du régime iranien. Il y a une culture de la terreur qui s'est installée de ce fait et qui doit être combattue. Une culture qui fait qu’aujourd’hui on continu de pendre à grande échelle dans un pays qui détient le record mondiale d’exécution par tête d’habitant. »

Cette conférence de presse est intervenue à la suite de la révélation récemment en Iran d'un fichier audio de l’ayatollah Montazeri, ancien héritier de Khomeiny, concernant le massacre de 1988 et qui a provoqué un séisme politique en Iran. Dans cet enregistrement sonore, posté par son fils, on peut entendre les propos échangés, le 15 août 1988, entre Montazeri et les membres de la « commission de la mort ». Montazeri proteste contre le massacre des prisonniers politiques commencé quelques semaines plutôt en application d’une fatwa du dictateur Khomeiny et affirme : « Le crime le plus important commis sous la République islamique et pour lequel nous serons condamnés par l’Histoire, c’est vous qui l’avez commis et c’est pourquoi l’Histoire enregistrera vos noms en tant que criminels (…) Notre peuple a (le principe) du Guide suprême en abomination. Ce n’est pas comme ça que je voulais que ça se passe. Dans 50 ans, Khomeiny sera jugé comme une figure sanguinaire et cruelle ».

Dans un document publié par l'OMPI répertoriant la liste des victimes du régime iranien lors du massacre de 1988, on peut noter 789 adolescents, 62 femmes enceintes, 410 familles avec plus de trois membres exécutés. Cela n'est toutefois qu'une liste partielle établie dans des conditions de clandestinité. 

La révélation de la bande audio a suscité beaucoup de tensions au sein du régime, notamment au parlement. Le vice-président de celui-ci a demandé des explications sur ce massacre, obligeant Mostafa Pour Mohammadi, le ministre actuel de la Justice, qui prétendait, jusqu’il y a quelques années, n’avoir eu aucun rôle dans les exécutions de masse en 1988, de déclarer : « Le commandement de Dieu concernant les Moudjahidine du Peuple n’est autre que leur mise à mort. Nous sommes fiers de ce que nous avons fait ».

Pour sa part, Mohammad Mohadessine, président de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne, a insisté lors de la conférence de presse : « Nous sommes face à un crime contre l’humanité et un génocide sans précédent par ses particularités spécifiques dirigés contre des prisonniers politiques. Mais plus important encore, est le fait que le régime actuellement au pouvoir en Iran est toujours dirigé par les responsables de ce même crime. L’Organisation des Nations Unies, selon ses propres responsabilités et attributs, doit constituer une mission d’enquête pour jeter la lumière sur ce massacre et faire le nécessaire pour faire traduire les responsables de ce crime monstrueux devant la justice. »