L'Autriche, un pays qui s'ignore ? 

Article publié le 30 septembre 2013
Article publié le 30 septembre 2013

Mis à part le fait que, désormais, on sait qu'un Autrichien sur 4 vote extrême droite grâce à l'issue des élections législatives organisées hier et remportées par la colation gauche-droite, on sait finalement peu de l'Autriche. Petit précis sur un pays qui doit arrêter de faire l'autruche.

Un jour, en regardant une carte de l’Europe placardée sur mon mur, j’ai tenu à peu près ce raisonnement : l’Allemagne, c’est la puissance du moment, la puissance de l’Europe. Espagne, Portugal, Grèce, Italie, ce sont les pays méditerranéens que l’on décrie souvent (à tort ou à raison). La France, c’est mon pays. Le Royaume-Uni, c’est le Royaume-Uni. Les pays scandinaves, ce sont les pays scandinaves. Restent les nouveaux Etats-membres dont on parle un petit peu. Et puis, il y a ce pays de 8 millions d’habitants, coincé au milieu, et dont personne ne parle jamais : l’Autriche.

Avec l’Allemagne pour principal partenaire commercial, l’Autriche pâtit sans doute de la puissance de son voisin germanique. Pourtant, l’Autriche est l’un des Etats d’Europe dont le PNB par habitant est le plus élevé et son taux de chômage de 4,8% est le plus faible de toute l’UE (à titre de comparaison, celui de l’Allemagne s’élève à 5,4%.).

Fort de mon attachement aux cultures germaniques et intrigué par ce silence régnant autour de ce pays, j’ai décidé de m’y intéresser. Après tout, le pays de Freud, Stefan Zweig, Gustav Klimt, de Michael Haneke – voire de Red Bull ou Schwarzenegger pour les plus sportifs – ne peut pas être si inintéressant.

Bref historique

En se renseignant sur ce pays, on apprendra que son histoire, « comme celle de la plupart des pays d’Europe est riche et pleine de rebondissements. Et pourtant, certaines caractéristiques de la mentalité autrichienne comme par exemple un goût certain pour la beauté et la culture, ont perduré et ont participé à l’évolution du pays à travers les siècles ». On pensera notamment aux Habsbourg qui contribueront grandement à affirmer la puissance de leur Empire.

Après un passé mouvementé (assassinat en 1914 de l’héritier du trône autrichien, l’archiduc François-Ferdinand, à Sarajevo, qui donnera le coup d’envoi à la première guerre mondiale - l’éclatement de la guerre civile en 1934 - l'invasion par l’armée allemande en 1938 - l'occupation par les puissances alliées victorieuses après la deuxième guerre mondiale), un traité d’Etat, en 1955, condamne l’Autriche à la neutralité et lui interdit de participer au projet communautaire.

Profitant de l’éclatement du bloc soviétique, le pays dépose sa candidature en 1989 et adhère à l’UE le 1er janvier 1995. Il affichera alors rapidement son ambition de devenir une « plaque tournante » entre Est et Ouest.

Le secret, une exception autrichienne

Dans l’actualité euro-autrichienne, on retiendra surtout la « cacophonie autour du secret bancaire », comme l'annonce BFM, ce que le site du Temps relaye également.

A ce sujet, l’Autriche demeure une enclave, une exception concernant la confidentialité des comptes en banque. Le Grand-Duché de Luxembourg s’étant récemment aligné sur les autres pays de l’Union, Vienne est la dernière des 28 capitales européennes à observer cette pratique, c’est-à-dire s’opposer à l’échange automatique d’informations bancaires.

Mais, en Autriche, le secret ne semble pas que bancaire. Si en hiver quelques skieurs se distinguent, depuis l’affaire Kampusch entre 1998 et 2006 – qui revient néanmoins à l’ordre du jour. Et pour cause, un film lui étant consacré est sorti en février 2013 en Allemagne et en Autriche – rien n’a véritablement suscité l’engouement des médias internationaux.

L’Autriche, la Belgique de l’Allemagne ?

Au-delà des similarités apparentes entre les deux peuples germaniques, il existe de grandes différences. S’ils sont liés par une même partie de l’histoire, parlent – plus ou moins – la même langue, mais avec un accent différent, s’ils regardent plus ou moins la même télévision et les mêmes films (combien d’Autrichiens délaissent l’ORF nationale au profit de Sat1 ou RTL ?), ils ont toutefois du mal à se supporter. Cette relation de je-t-aime-moi-non-plus fait penser à la relation franco-belge, en pire. La rivalité y étant prise plus au sérieux.

Une blague suffit à illustrer ce ressentiment : « quelle est la différence entre un Allemand et un Autrichien? L’Allemand voudrait comprendre les Autrichiens, mais il n’y arrive pas. L’Autrichien, lui, sait comprendre les Allemands, mais il ne veut pas le faire. » Cela résume également tout le sujet du livre Streitbare Brüder – Österreich: Deutschland / Kurze Geschichte einer schwierigen Nachbarschaft de  Hannes Leidinger, Verena Moritz et Karin Moser, qui a relancé les débats sur les relations entre les deux pays.

Aujourd’hui, les chanteurs autrichiens en sont même réduits à la prononciation standardisée, plus crédible sur le marché allemand, lui-même plus attractif.

Et pourtant... Pour en revenir au sujet du secret bancaire, si l’Autriche décidait d’assouplir sa politique, « cela poserait certainement problème aux milliers d'Allemands qui y possèdent des comptes bancaires », souligne Slate. Car l'Autriche est devenue en quelque sorte le « coffre-fort » des Allemands ces dernières années. Selon les comptes, environ 23 milliards d’euros d’origine allemande dormiraient sur des comptes de dépôt autrichiens, soit plus de la moitié des dépôts étrangers.

Au-delà de cela, 40% de touristes qui visitent l’Autriche sont des Allemands qui profitent de leur escapade pour « s’échapper et revivre ». Tel est le slogan du site officiel.

Guillaume Ferrand