L’automobile et la crise économique : l’exemple français et la crainte européenne de protectionnisme

Article publié le 6 mars 2009
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Article publié le 6 mars 2009
AutoSi la crise que l’on traverse en ce moment se fait sentir dans bien des domaines, media à l’appui, il en est un qui se trouve être particulièrement concerné, celui de l’automobile. Encore plus touché que lors de la précédente crise du secteur en 1992, celui-ci doit faire face à une chute très sensible de la demande depuis plus d’un an maintenant. Petit tour d’horizon des difficultés et des mesures prises en France et en Europe devant tant de troubles.

Un secteur en crise

Lors d’une récente conférence économique en Arabie Saoudite, le président du groupe Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a estimé que les ventes mondiales de voitures pour 2009 représenteraient environ 55 millions de véhicules, contre 63 millions en 2008 et 69 millions en 2007, et qu’il faudrait certainement attendre 2016 au moins pour que les chiffres de 2007 soient de nouveau atteints (Le Monde du 27 janvier 2009). Si de telles estimations sont toujours délicates à prendre en compte alors que nul ne saurait dire aujourd’hui combien de temps vont durer les difficultés économiques dans lesquelles le monde entier se trouve aujourd’hui, elles permettent toutefois de jauger la hauteur du défi à relever pour parvenir à maintenir au plus haut niveau la compétitivité de ce secteur.

Quelles mesures ?

Les Etats ne comptent évidemment pas rester les bras croisés face à cette crise et différentes mesures ont été prises. On pense évidemment au plan américain de relance du secteur automobile avec une aide de plusieurs milliards de dollars aux grands constructeurs Chrysler et General Motors, mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls dans ce cas. En effet, le président français Nicolas Sarkozy a annoncé un plan d’aide financière aux deux constructeurs français que sont Renault et PSA Peugeot-Citroën, d’un montant de 7,8 milliards d’euros sur cinq ans.

Des craintes européennes

Cependant, si en Europe chaque Etat membre est libre d’utiliser les deniers publics pour aider son industrie, le problème qu’a entrainé cette annonce se trouve dans l'aide proposée aux deux entreprises est alors soumise à plusieurs conditions. La principale, et la plus controversée, visent les deux groupes qui s’engagent à ne pas délocaliser pendant la durée du prêt et à se fournir chez des équipementiers français. Une levée de boucliers s’est alors manifestée chez plusieurs voisins européens, à commencer par la République Tchèque, actuelle présidente tournante de l’Union, directement visée par Nicolas Sarkozy dans son discours télévisé du 5 février dernier comme place privilégiée de la délocalisation automobile française, en raison de sa main d’œuvre moins chère. Mais les Tchèques ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Ainsi, la commissaire européenne en charge de la concurrence, Neelie Kroes, a mis en garde le secrétaire d’Etat français à l’industrie, Luc Chatel, face à « un risque de retour au protectionnisme » (Le Monde du 6 février). Elle a ajouté que contraindre des entreprises à investir ou acheter seulement en France n’est pas compatible avec le droit européen (Le Figaro du 11 février).

La France se défend des accusations de protectionnisme

Mais la France est bien décidée à faire appliquer son plan et se défend de tout protectionnisme. Le gouvernement a de ce fait envoyé son ministre de la relance, Patrick Devedjian, et son ministre des Affaires Européennes, Bruno Lemaire, dans une tournée en Europe fin février, pour expliquer et convaincre les différents dirigeants européens, notamment l’Allemagne, très réticente, que le plan français n’est pas en contradiction avec les règles de l’UE. Finalement, la France s’est engagée devant la Commission à mentionner le moins possible de conditions par écrit quant au prêt octroyé aux constructeurs automobiles, ce qui ne remet pas en cause « l’engagement moral » de ceux-ci envers l’Etat (Le Figaro du 25 février). Devant cette inflexion française, la Commission européenne a fini par donner son accord au plan automobile français, jugeant les menaces de protectionnisme dissipées. Accord par ailleurs confirmé par le premier ministre tchèque Mirek Topolanek lors du sommet européen de crise qu’il a convoqué le 1er mars. Reste à voir si ce plan d’aide, couplé à la politique de prime à la casse, adoptée précédemment pour relancer l’achat de voitures, montrera son efficacité dans la redynamisation de l’activité du secteur automobile français, et s’il sera imité ou non.

Crédit photo : Beccafromportland/FlickR

Matthieu Mollicone