L’argent n’a pas d’odeur… (mais pas d'odeur vous monte au nez)

Article publié le 11 mars 2011
Article publié le 11 mars 2011
Par Edgar Makanga En politique, c’est bien connu, aucun État ne possède d’ennemis éternels ou d’amis perpétuels : seuls les intérêts éternels et perpétuels priment. Cette célèbre maxime, qui caractérise la realpolitik, a encore pu être vérifiée à l’occasion des révolutions arabes. Prenons pour exemple la Libye.
Il est de notoriété publique que Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, y règne sans partage. Néanmoins, depuis la fin des années 1990, le colonel était devenu, aux yeux des grands de ce monde, un peu plus fréquentable. Il a suffi qu'il collabore avec la justice internationale dans le cadre de l’attentat de Lockerbie pour que ses défauts, tout d’un coup, soient relégués au second plan.

Dès lors, les bonnes affaires pouvaient reprendre. En 2007, Nicolas Sarkozy se félicitait des contrats d’armements signé avec la Libye. Le Président français avait même accueilli avec faste le dictateur à l’Elysée. À l’époque, seul Rama Yade, secrétaire d’État aux droits de l’homme, s’était offusquée de cette visite officielle. Aujourd’hui, les faits sont venus rafraîchir la mémoire de Sarkozy … Oui, il n’a pas suffi que Mouammar Kadhafi indemnise à hauteur de 10 millions de dollars chacune des familles des 270 victimes de Lockerbie pour qu’il soit, subitement, devenu un enfant de chœur.

Notons qu’il ne faut pas traverser Quiévrain pour trouver un gouvernement qui noue des contacts commerciaux avec un régime autoritaire. En 2009, l’essentiel de la classe politique wallonne s’était engagée en faveur de l’octroi à la FN Herstal d’une licence d’exportation d’armes envers la Libye. Le contrat s’élevait à quelque 10 millions d’euros. À l’époque, les travailleurs de l’entreprise liégeoise avaient fait pression auprès de Rudy Demotte, ministre-président wallon, en arguant du fait qu’il serait dommage de perdre une telle somme en temps de crise. L’opinion publique se manifestait également en faveur de cette offre. Aujourd’hui, lorsqu’on retrouve les douilles sur les lieux des massacres en Libye, l’essentiel des médias et de l’opinion publique s’indigne. Ceci étant dit, il était temps de se souvenir que les munitions, ça ne sert pas seulement qu’à décorer…