L'Archipel du Goulag, livre de chevet des lycéens russes

Article publié le 2 novembre 2010
Article publié le 2 novembre 2010
Les jeunes lycéens russes devront désormais lire une version abrégée de L'Archipel du Goulag, l'œuvre majeure du prix Nobel de littérature Alexandre Soljénitsyne. Le gouvernement russe accepte enfin de révéler l’horreur stalinienne à ses jeunes ? Pas si sûr. Car en parallèle, le Kremlin fait son possible pour adoucir l’image de Staline dans l'imaginaire collectif...

Avec un ton suffisamment ironique pour rendre le contenu supportable, L'Archipel du Goulag offre une description exhaustive de l’immense prison – et enfer– que fut l’Union Soviétique sous le régime de Staline (et de Lénine) : détentions sans raison apparente, cellules pleines à craquer, travaux forcés à -30°…. Dans les trois tomes qui composent son œuvre, Alexandre Soljénitsyne a retranscrit l’horreur après avoir passé 8 années dans un camp de travaux forcés de Sibérie et interviewé quelques 277 survivants. Introduit en France par un membre de l’UNESCO en 1973 sous la forme d’un microfilm, l’auteur a écrit pendant une dizaine d’année dans l’illégalité, aidé par d’invisibles collaborateurs qui cachaient, complétaient et corrigeaient le manuscrit.

Poutine travaille son image

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Dans d'autres circonstances, parler de la « condition humaine » sonne faux ou pompeux. Pas ici. L'Archipel du Goulag est une analyse décapante de la méchanceté, du totalitarisme et du désespoir. Le livre est une dénonciation de l’aveuglement honteux de l’Europe face à la répression soviétique. Pour beaucoup, il s’agit de l'œuvre la plus importante du XXème siècle.

Les adolescents russes n’auront pas à lire les quelques 2.300 pages sur l'horreur des goulags en dernière année de lycée mais une version abrégée de 500 pages que Natalia Soljénitsyne a éditée pendant un an et demi. 10.000 ouvrages de cette version sont déjà disponibles.

Le Premier ministre russe fait l'objet d'un véritable culte de la personnalité en RussieC’est ce que Vladimir Poutine, l’actuel Premier ministre russe et ex-agent du KGB, qui se réfère à Staline en termes de « succès industriels » et utilise la force et la censure comme méthodes de gouvernement, a annoncé à la télévision, à l'occasion de la journée de la mémoire des victimes des répressions politiques en Russie. Un paradoxe que la presse internationale essaie de comprendre : pourquoi le Premier ministre se fait prendre en photo avec la veuve du prix Nobel de 1970, pourquoi un tel engouement dans un pays où héritage communiste et héritage stalinien sont encore trop souvent synonymes ?

Que Poutine ait été transcendé par le livre d'Alexandre Soljénitsyne ou qu’il ne s'agisse que d'un nouveau coup médiatique, une chose est sûre : les adolescents russes en sortent gagnants.

Photos: Une : (cc) agitprop /Flickr;  Poutine (cc) World Economic Forum /Flickr