L'aquoibonisme : la negative attitude de 2016 

Article publié le 21 janvier 2016
Article publié le 21 janvier 2016

L’année 2016 a commencé comme 2015 s’est terminée : dans un déclinisme ambiant. Et face aux grandes questions d’actualité, il se pourrait qu’un terme et son attitude prévalent sur tout le reste : l’aquoibonisme. 

Ça ne vous aura pas échappés, les grands problèmes de 2015 n’ont pas arrêté de se poser le 1er janvier au matin. Le terrorisme, la crise migratoire, les désastres écologiques et Donald Trump continuent et continueront d’alimenter les grandes ou petites conversations de 2016. Quoique certains pourraient y couper court. Certains, ce sont les « aquoibonistes », cette minorité (presque) silencieuse qui doute de son utilité face à l’action et qui refuse de penser qu’une quelconque motivation donnerait un sens à sa vie.

Le terme ainsi que quelques éléments de définition ont été apportés par la plume de Serge Gainsbourg et la voix de Jane Birkin avec le morceau « L’Aquoiboniste » en 1977 qui le définit alors comme un « drôle de je-m'en-foutiste ». En 2016, l’adjectif pourrait pourtant définir une autre catégorie d’individus : ceux qui ne prennent plus le temps de s’en foutre et sont au bout du rouleau. Exemple : en France, 76% des jeunes pensent que leurs perspectives d’emplois sont pires que celles de la génération de leurs parents, selon une récente étude d’Infosys. Face aux défis de leurs temps, la génération Y ou Z aurait alors tendance à tout laisser tomber. Jadis, la jeunesse battait le pavé, un livre d’Herbert Marcuse sous le bras. Aujourd’hui, le jeune balance des hashtags #aquoibon devant une série de HBO. 

Jane Birkin - « L'Aquoiboniste »

Évidemment, ce n’est pas tout à fait le cas. Et affirmer de telles choses serait aussi idiot que de faire de l’ « aquoibonisme » un courant de pensée moderne. Cela dit, les récents évènements ainsi que leur capacité à nourrir une certaine idée du déclinisme sur les plateaux-télés comme à la table des bistrots, incite parfois à ressortir quelques vieux termes oubliés. L’Italie n’offre pas de traduction littérale de l’aquoibonisme. En revanche, passé les Alpes, l’aquoiboniste pourrait bien se transformer en Uomo qualunque qui désigne un individu dont l’attitude morale et politique critique la pensée dominante et dévalue tout engagement idéologique et politique. Fondé sur les bases d’un journal éponyme, l'’Uomo qualunque est un mouvement qui a fait son chemin dans les années 40 et 50 jusqu’à la création d’un parti, qui rappelle d’ailleurs le poujadisme en France.

En Allemagne, les derniers relents d’aquoibonisme datent des années 80-90, à l’époque où l’expression « Null-Block-Stimmung » (la sans envie attitude, ndlr) caractérisait une génération de jeunes (la « Null-Bock Generation ») prétendument marquée par un manque d’intérêt en son avenir professionnel, social, économique. Une décennie plus tard, un autre terme « Politikverdrossenheit », qui décrit une attitude négative des citoyens envers la politique et les institutions, a été élu mot de l’année en 1992. Nul ne sait encore lequel de ces termes se retrouvera bientôt en Trending Topics sur Twitter, mais il se pourrait bien qu’une excroissance de l’aquoiboniste - « qu’a pas besoin d’occuliste pour voir la merde du monde » - vienne remplir vos fils d’actualité Facebook. Mais à quoi bon en parler ?