L'appli Jodel ou comment tromper l'ennui à la fac 

Article publié le 9 novembre 2015
Article publié le 9 novembre 2015

Nous avons reçu un nouveau joujou pour les communautés virtuelles : Cette nouvelle distraction qui te permet enfin de savoir ce que pense en temps réel ton campus répond au nom de „Jodel“.

Un classique : le monologue du professeur donne une nouvelle fois envie de dormir et tu fouilles dans ta poche à la recherche de ton smartphone pour te distraire l'esprit. « Si ça continue comme ça avec les végétaliens et les végétariens, je m'imagine dans les années à venir avec ma saucisse grillée dehors en train de tenir compagnie aux fumeurs », poste par exemple sur Jodel un étudiant anonyme de cette communauté universitaire virtuelle.

Le modèle Jodel

L'application Jodel est une sorte de messagerie WhatsApp anonyme où tu peux discuter avec des personnes de ton université. De cette façon, on peut par exemple médire du cours magistral avec des inconnus ou purement et simplement se laisser aller à échanger sur des mondanités. Les geeks auront déjà entendu parler de cette application tout droit venue des États-Unis. Là-bas, on l'a surnomme « Yik Yak ». Depuis 2014, dans les amphis allemands et germanophones à l'étranger, on poste à coeur joie sur Jodel.

 

Derrière cette perte de temps rondement menée, se cache Alessio Avellan Borgmeyer, étudiant à l'université technique de Rhénanie-Wesphalie à Aix-la-Chapelle. Agé de 24 ans, l'idée lui est venue lors d'un semestre en Californie. Autrefois, il travaillait encore sur TellM, une application avec laquelle on pouvait partager des secrets dans son propre répertoire. Dès le début, il a mis l'accent sur l'anonymat des utilisateurs. Même recette pour Jodel. « Il est important à nos yeux que le contenu vienne avant l'utilisateur », explique Alexander Linewitsch, manager des relations publiques et des produits, du magazine universitaire Pflichtlektüre

L'application est financée via un capital risque. On peut citer la société Atlantic Labs, qui soutient par exemple Soundcloud ou Goeuro, Global Founders Capital, qui a procédé à des investissements dans Facebook, LinkedIn, Trivago et Jimdo mais aussi Tenderloin Ventures. Autant d'entreprises qui rendent possible le succès de Jodel.

Un petit raton laveur orange

Discussion succinte, anonymat, intelligence de masse - bien que Jodel incarne véritablement Internet, l'aspect marketing se fait aussi hors-ligne. Des flyers multicolors distribués dans les amphis promeuvent le téléchargement de la nouvelle application pour Android et iOS, et cela avec succès – en Suède, en Norvège, au Danemark, en Finlande, en Suisse et en Espagne, on utilise Jodel sans modération. Environ 900 000 utilisateurs font déjà partie de cette expérience communautaire anonyme. Et dans toute l'Europe, on présume que davantage d'étudiants distraits devraient se laisser séduire.

Tôt le matin à 9h00, je m'engage dans la manoeuvre de diversion et je m'essaie à l'application Jodel au sein de ma fac. Ne copiez pas, soyez plutôt attentifs au cours. Au bout de quelques minutes, un petit raton-laveur orange apparaît sur mon écran et me demande si je suis tombé dans une crevasse. Tout en restant méfiante, j'indique ma localisation. De cette façon, je peux savoir si quelqu'un est connecté dans mon entourage et même s'il dort pendant le cours. 

Il faut bien l'avouer, Jodel est assez sympa. Il permet de discuter rapidement, de façon concise, sur des sujets un tant soit peu actuels et de s'évader de la vie quotidienne à l'université. En outre, il élargit le champ du mot à la mode : « procrastination ». Ce que beaucoup de jodlers concéderaient avec un sentiment mitigé.

Il était une fois dans les Alpes.

De l'amour, de la vie et du karma

Ce qui renforce notamment l'intérêt de l'application, c'est le fait que chaque utilisateur demeure anonyme. L'interface est simple : du texte blanc sur un fond coloré. Sur Jodel, on trouve des idées, des soucis, des problèmes, de l'amour et de la vie et s'il arrive qu'un jodler se sente seul, il lance un appel pour aller boire une bière en groupe.

L'utilisateur accepte ou refuse à l'aide d'un système de vote Up and Down. Les plus appréciés sont appelés « les Jodel les plus bruyants » et obtiennent en quelque sorte le plus haut mérite de discussion.

C'est précisément ce système de vote qui représente aussi le système de contrôle. Suite à une menace d'attentat  via Jodel en Suède, on comprend l'inconvénient de l'anonymat. Des contenus, qui sont considérés par la masse comme choquants ou injurieux, disparaissent grâce à une appréciation négative du flux ou peuvent être signalés. Et si cela ne suffit pas, on peut procéder au blocage définitif de l'utilisateur de l'appli.

En guise de récompense pour avoir voté avec assiduité, on peut récupérer du karma. Le bienfondé de cette action suscite encore des interrogations. Mais alors que l'on regarde augmenter son karma avec une certaine satisfaction, le phénomène semble malheureusement différent pour ses propres crédits. « Fais-le bien et tu en seras récompensé », explique le système de récompenses à Linewitsch pour être un fidèle utilisateur de l'application. Voilà qui laisse par conséquent songeur.

Quoi qu'il en soit, Jodel est parfaitement adapté à notre société où la communication est mise à l'honneur. Chaque pensée est encore plus débridée que sur Facebook et Twitter et chaque histoire de la vie quotidienne est illustrée à l'aide d'hashtags cocasses.

Enfin, l'anonymat apporte une sorte de sérénité. Et lorsque l'on se retrouve face à des propos non filtrés venant d'un groupe invisible, on ne se sent plus totalement seul.