Langues : les Européens, ces barbares!

Article publié le 29 octobre 2015
Article publié le 29 octobre 2015

Définir sa propre identité et plus généralement celle de l’entité nationale, en opposition à l’Autre, à l’étranger, est une préoccupation vieille comme le monde. Comment se nomment les différents peuples européens et comment surnomment-ils leurs voisins ?

Le mot « Italie » semblerait trouver racine en Grèce antique, même si sa signification a quelque peu différé selon les époques et a donné naissance à des malentendus, parfois drôles. À titre d’exemple, nombre de paysans siciliens, à la veille de l’unification italienne (le 17 mars 1861, ndt), croyaient que « l’Italie », tant voulue par les partisans de Garibaldi, était justement l’épouse de celui-ci!

Les hommes ne sont pas tous « hirsutes » !

En Europe, malgré des acceptions linguistiques et phonétiques différentes, les Italiens sont surnommés presque toujours de la même façon, à l’exception de la Pologne. Les Polonais les appellent « Włosi », et désignent l’Italie par « Włochy ». Selon une légende urbaine diffusée dans la « terre des champs » (Polska, Pologne, vient du polonais pole, signifiant « champ » ou « plaine »), ce surnom est un jeu de mot, « włosi » désignant les cheveux ou les poils. Les Italiens seraient donc des « włoski » en raison de leur pilosité et de leur chevelure en moyenne plus brunes et plus denses que les autres européens. Les linguistes, eux, penchent plutôt pour une explication plus prosaïque : l’origine du mot serait liée au terme « Volsci », un peuple vivant dans la région des Apennins et dans le Latium à l’époque de l’Empire romain.

Des Américains de l'ambassade américaine de Varsovie ont accepté de relever le défi de prononcer les phrases les plus difficiles en polonais. Fou rire.

Un des peuples européens à bénéficier d’un grand nombre de dénominations de la part de ses voisins est sans aucun doute le peuple allemand. Deutschland voudrait dire « terre des peuples » (« terre », dans les langues germaniques contemporaines comme l’anglais ou l’allemand, se traduit encore par land). Les Espagnols appellent les Allemands « Alemanòs » (même racine qu’en français donc), qui vient des Alamans, tribu germanique peuplant autrefois l’Allemagne actuelle. L’italien et l’anglais font quant à eux clairement référence à une autre population : les Germains. « Alamans » signifie « tous les hommes » en allemand, et ce encore aujourd’hui, «tous » et « homme » se disent respectivement « alle » et « Mann ».

Muets ou bègues ?

Les Polonais et les Slaves de manière générale, ont également crée un surnom original destiné aux Allemands : « niemcy », un adjectif polonais signifiant « muet ». En effet, la langue de Goethe, radicalement différente des langues slaves, était totalement incompréhensible pour ces populations. Cependant, plusieurs interprétations sont possibles. « Niemcy » pourrait tout simplement dériver du fleuve Niémen, qui coule entre la Biélorussie et la Lituanie, ou encore de l’expression « nie-my » : « pas nous ».

Arrogants, vous dites ? Certes, mais l’ethnocentrisme ne date pas d’hier, puisqu'il existait déjà en Grèce antique, où les Grecs appelaient βάρβαρος (barbaros) toute personne ne partageant pas la culture et la langue helléniques. « Barbare » est né de l’onomatopée bar-bar, correspondant, selon les Grecs, aux phonèmes inintelligibles prononcés par les étrangers.  Non seulement le terme a été adopté dans la majorité des langues européennes par le biais du latin, mais il est désormais connoté négativement en raison d’une extension de sens. C’est pourquoi « barbare » désigne aujourd’hui un individu rustre et bestial.

Skwerl, par Brian & Karl. Comment la langue anglaise est-elle perçue par une oreille peu habituée? Ce court-métrage a recours à un langage insensé, où des mots empruntés à l’anglais s’emmêlent afin de donner une idée de comment les Européens entendent la langue de Shakespeare. Des « barbares » des temps modernes?

Pain et macaronis

Aujourd'hui encore, on ne compte plus les termes neutres et dépréciatifs pour définir « nous » et « les autres », et ceux-ci ne cessent de fleurir et d’évoluer. Les Italiens appellent par exemple les Allemands « les crucchi », un surnom certes péjoratif mais à l’étymologie intéressante. Ce terme vient de kruh, « pain » en croate, aliment que les prisonniers autrichiens de nationalité croate et slovène réclamaient avec insistance aux soldats italiens durant la Première Guerre mondiale. Ce surnom s’est tout simplement appliqué par la suite aux peuples de langue allemande.

Très souvent nous insultons « les autres » au moyen de substantifs se référant aux spécialités culinaires ou aux tenues traditionnelles, afin de marquer la distance entre leur culture et la nôtre. Les Italiens seront ainsi surnommés « macaronis » par les Français. Par ailleurs, on a tendance à souligner les différences d’accents et à se moquer des dialectes : le « rital » correspondra à l’immigré italien qui peine à prononcer correctement le « r » à la française. Et pourtant, c’est bien grâce à la diversité culturelle que l’on prend conscience de nous-même et que l’on forge son identité.