Langues : la Suède tente la neutralité des genres

Article publié le 13 avril 2015
Article publié le 13 avril 2015

Les rédacteurs du dictionnaire suédois, le SAOL (Svenska Akademiens ordlista), ont récemment annoncé l’ajout du pronom neutre « Hen » à l’édition 2015. Si les Suédois se montrent globalement ouverts à cette idée, l’impact de ce nouveau mot suscite néanmoins quelques inquiétudes.

Pour la journaliste suédoise Nathalie Rothschild, le pays est sur la mauvaise pente. Dans un article paru sur Slate en 2012, elle laisse entendre que la Suède est sur le point d’abolir toutes les distinctions liées aux genres, « hen » constituant la dernière étape en ce sens : « De nombreuses personnes font pression pour que la Suède dépasse l’égalité des genres et devienne totalement neutre. Dans cette optique, les pouvoirs publics et la société ne devraient plus tolérer aucune distinction entre les sexes ».

La journaliste cite plusieurs tendances, comme l’apparition de toilettes destinées indifféremment aux personnes des deux sexes ou l’organisation d’affreux tournois de bowling mixtes, pour démontrer que la distinction conventionnelle entre les hommes et les femmes risque de totalement disparaître de Suède.

Une nouvelle carte en main

S’agit-il d’une forme indirecte d’ingénierie sociale visant à instaurer la neutralité des genres au sein de la société ? Ou bien la Suède deviendrait-elle tout simplement plus tolérante envers les personnes se réclamant d’un troisième genre ? Le débat remonte à la parution d’un livre pour enfants, Kivi och Monsterhund (Kivi et le chien monstrueux), dans lequel le pronom neutre « hen » est utilisé à la place de l’équivalent de « il » ou « elle ». L’auteur, Jesper Lundqvist, dissipe les craintes des conservateurs : « Certains pensent que l’objectif est de supprimer les pronoms « hon » (elle) et « han » (il), mais pas du tout. Il s’agit plutôt de disposer d’une nouvelle carte en main pour choisir le pronom qui semble le plus approprié. » En français, cela reviendrait à mettre en avant ou à généraliser l’emploi d’un terme neutre comme « l’enfant » au lieu de « il » ou « elle ».

« Le mot en lui-même est utile lorsqu’il est employé dans un contexte approprié », explique Niklas Jakobsson, journaliste suédois vivant à Amsterdam. Personnellement, je l’utilise lorsque je ne suis pas sûr du sexe de la personne ou quand je ne souhaite pas révéler le sexe de l’autre pour une raison lambda. Mais j’ai constaté que les médias l’employaient parfois à tort, pour commenter une image floutée à l’écran, en disant quelque chose comme "Hen sera..." pour faire le buzz. » Il ajoute : « En tant qu’individus, nous ne devrions pas nous définir par notre genre, donc à ce niveau je pense que le terme en lui-même est positif. Mais pour autant, les gens devraient avoir la possibilité de choisir le genre auquel ils veulent s’identifier. "Hen" ne devrait donc être utilisé que s’il s’agit bien de la préférence de l’autre. »

Évidemment, la langue n’est qu’un des moyens visant à promouvoir une plus grande égalité homme-femme et l’acceptation de tous. Par exemple, il existe également un pronom neutre en turc, « o », qui recouvre à la fois les sens de « il » et « elle » en français. Le Bangladesh reconnaît aussi depuis peu l’existence d’un troisième genre, « Hijra ».

Pourtant, personne n’affirmerait que ces pays sont parmi les plus égalitaires. En effet, la Turquie et le Bangladesh figurent respectivement aux 125e et 68e rangs dans le classement du rapport 2014 sur l'égalité des genres par le Forum économique mondial, tandis que la Suède est 4e, juste derrière ses voisins scandinaves l’Islande, la Finlande et la Norvège.

Comme dirait Jesper Lundqvist, la langue est simplement un outil de plus pour nous permettre de rendre la société plus ouverte et de favoriser l’égalité des genres. Ce à quoi je réponds : « hen har rätt ».