L’agroécologie : une solution miracle ?

Article publié le 14 novembre 2012
Article publié le 14 novembre 2012
Par Jan Nils Schubert L’agrochimie est-elle un mal nécessaire pour nourrir la planète ? Se détournant d’un discours dominant souvent rabâché, des voix s’élèvent au niveau européen pour une alternative constructive au modèle actuel: l’agroécologie.

Ce fut une fin de semaine chargée pour les défenseurs européens de l’agroécologie, souvent présentée comme la solution miracle pour sortir d’une crise alimentaire qui toucherait un être humain sur huit selon les derniers chiffres de la FAO. Marie-Monique Robin, réalisatrice du documentaire "Les moissons du futur" projeté le 8 novembre par "SOS Faim", était invité à introduire un colloque organisé le lendemain par Bart Staes, député vert européen, ayant pour thème "le potentiel de l’agroécologie pour dépasser la crise alimentaire".

L’agroécologie, auquel la revue "défis sud" consacrait fin 2011 un dossier thématique, reste un concept vaste et multiforme. Désignant autant une discipline scientifique qu’un ensemble de pratiques existantes, l’idée fondamentale de cette forme alternative d’agriculture est de trouver des techniques adaptées aux écosystèmes locaux. Ainsi, du "Push-pull" kenyan au "Milpa" mexicain, en passant par l’agroforesterie au Malawi, les exemples concrets ne manquent pas. Néanmoins, il ne s'agit pas uniquement d'étudier ces derniers, mais aussi de les exporter et des les adapter à d'autres zones géographiques.

Bien que le terme soit connu depuis les années 1930, c’est un rapport signé en mars 2011 par Olivier de Schutter, rapporteur spécial à l’ONU pour le droit à l’alimentation, qui a remis l’agroécologie sur le devant de la scène internationale. « L’agroécologie peut doubler la production alimentaire en 10 ans », titrait alors le communiqué de presse enthousiaste des Nation Unies. Bien que l’affirmation fût légèrement exagérée au vue du rapport, elle fût largement relayée par des ONG environnementales. Il s’agit aussi du point de départ du reportage de Marie-Monique Robin, axé autour de la question cruciale: peut-on nourrir le monde avec l’agroécologie ?

Potion magique ou poudre de perlimpinpin…

Les scientifiques, experts et agriculteurs continuent à s’interroger sur l’agroécologie comme solution à la faim dans le monde. Les doutes subsistent et la critique plane notamment du fait la propension à généraliser des procédés ayant fonctionné dans des circonstances précises. A cela s'ajoutent l'absence de vision politique plus globale ainsi que le peu de réponse aux questions concernant l'inégalité des échanges Nord-Sud et la libéralisation progressive des marchés agricoles mondiaux.

Et au niveau européen? Il semblerait que l’absence de coopération entre les directions générales de la Commission européenne – notamment  celles du développement, de l’agriculture et de l’écologie – ainsi que les positions idéologiques soient un blocage courant au sein du Parlement. Sombre constat dressé par Charles Goerens, député européen libéral et membre de la commission au développement, qui s’exprimait à la suite de la projection du film.

Ce qui est certain, c’est que le pari des défenseurs de l’agroécologie est ambitieux. Et malgré toutes les critiques du modèle présenté, on ne peut que féliciter l’effort dans la recherche d’une alternative à un système dont les insuffisances sont connues.

(Photo Credits - Mike)