L’agriculture est juste une lueur d’espoir…

Article publié le 9 juin 2017
Article publié le 9 juin 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Ukraine fait aujourd’hui face à un double recul. Le premier, concerne les problèmes de longue date engendrés par le conflit militaire à l’est, et le second concerne sa position sur le marché mondialisé. Ces problèmes sont causés par l’échec systémique à promouvoir un environnement sain qui offrirait une égalité des chances pour tous. 

L’Ukraine fait aujourd’hui face à un double recul. Le premier, concerne les problèmes de longue date engendrés par le conflit militaire à l’est, et le second concerne sa position sur le marché mondialisé. Ces problèmes sont causés par l’échec systémique à promouvoir un environnement sain qui offrirait une égalité des chances pour tous.

Cet échec est dû à une combinaison de facteurs tels que la corruption généralisée, un système de propriété aussi inefficace que celui de la protection des investissements et une politique environnementale imprévisible. Cette dernière a permis la croissance de grandes entités financières et d’affaires verticalement intégrées, connues pour être de grands groupes oligarchiques industriels et financiers. C’est l’exemple même de ce qui limite l’égalité des chances.

Selon le plan 2012-2016 de Stratégie de coordination du développement du pays de l’Agence des États-Unis pour le développement international, le problème économique fondamental de l’Ukraine est que tous les secteurs économiques sont dirigés par ces groupes oligarchiques. Ces derniers se concentrent sur l’acquisition et le contrôle d’activité technologiquement simple. C’est ainsi qu’ils ont réussi à prendre le contrôle de la demande globale des produits de bases comme les engrais, le fer, l’huile de tournesol et le maïs. Par exemple, les zones rurales d’Ukraine sont tombées sous le contrôle de ces groupes agro-alimentaires oligarchiques qui ont créés des holdings agroalimentaires dont certaines de plus 500.000ha, avant la Révolution Ukrainienne de Février 2014 (Révolution de la Dignité).

Ces holdings ont utilisé leur influence économique pour bloquer des réformes clefs comme celles pour le développement d’un marché des terres agricoles. Elles se sont aussi assurées que la taxe Ukrainienne sur les entreprises agricoles reste fortement favorable aux grosses entreprises. Selon les estimations des experts, cela a mené à une prise de contrôle par ses entreprises de 40% des terres cultivables, à la domination des exportations de blé, de maïs, d’orge, d’huile et de farine de tournesol, de soja et de colza.

Ils ont aussi pris le monopole du marché d’exportation de volaille domestique en Ukraine. Cela s’est fait en conjonction avec le contrôle des multinationales qui négocient les grains et les infrastructures servant pour l’export. Cela a entrainé une domination du marché de l’alimentation industrielle, de l’alimentation de gros et de la vente au détail, limitant les accès au crédit.

Le déclin de la demande globale a tranché avec la croissance de la répression politique et de la corruption. Quand la demande a diminué en 2013, le gouvernement a choisi de protéger les intérêts des oligarques plutôt que de mettre en place les réformes afin de continuer le processus d’intégration au sein de l’UE. Cela a mené à l’explosion politique et sociale qui s’est cristallisée dans la révolution de février 2014. Cette révolution a été l’occasion opportune de transformer le système politique et économique, au prix de nombreuses vies innocentes.

Un système qui favorise une poignée de gens et discrimine les autres a besoin de changement. Des changements qui devraient menés à l’égalité des chances. Mais ces changements doivent être effectués sur une courte période. Ne pas aller dans le sens de ces changements serait un repli économique, une obstruction politique et une invasion territoriale. La défaite en interne de la lutte contre la corruption et contre la mauvaise gestion du gouvernement serait aussi fatale au développement de l’Ukraine que la défaite face à un ennemi externe.

Selon la Banque Nationale Ukrainienne, le PIB de l’Ukraine a chuté de 6.8% en 2014 et 14.6% dans les neufs premiers mois de 2015 (Rapport sur l’inflation de Septembre 2015 et Rapport Annuel de 2014). La hausse des prix à la consommation et l’inflation sont de 52.8% et 31% respectivement en 2015, correspondant à la répercussion des augmentations de 56.3% et 30.7% en 2014. La dette externe depuis le début de la guerre à augmenter de 30.6% ;  tandis qu’au moment du rapport il y avait eu une dévaluation de 185% depuis le début du conflit.

Steven Whoehrel dans son article « Ukraine : Problématiques actuelles et politiques des Etats-Unis », (Congressional Research service du 8 Juillet 2014) mentionnait qu’économiquement, Le PIB par habitants du pays représente 21% de la moyenne de l’UE, et moins de la moitié de celui de la Russie. L’investissement direct étranger par habitant représente aussi moins de la moitié de celui de la Russie, et un quart de celui de la Pologne. La seule lueur d’espoir de ce sombre tableau économique est l’agriculture, qui a atteint des records de croissance en valeur et en volume de production en 2014 de 3.5%, et de 2% dans les neufs premiers mois de 2015.

Cela en dépit de la perte d’atouts majeurs en Crimée, et dans les régions de Donetsk et Luhansk. Mais l’administration des terres en Ukraine reste bureaucratique et opaque. Pour les citoyens, le système d’administration des terres est déroutant, contraignant et permet la corruption à de nombreux niveaux. Des transactions qui paraissent simples sont déroutantes et inefficace comme le référencement d’un bail ou d’un héritage. Un exemple flagrant de cette inefficacité est le double système d’enregistrement, qui comprend un cadastre (géré par le service d’état de l’Ukraine pour la géodésie, la cartographie et le Cadastre) et un système d’enregistrement des droits de propriété pour l’immobilier (géré par le ministère de la Justice).

Le but de la réforme politique en Ukraine est de renforcer la gouvernance locale, d’aller vers plus de démocratie, d’améliorer les conditions de développement des communautés et de promouvoir la stabilité. Dans le même temps, le but est d’augmenter le soutien aux citoyens et leur participation dans les activités de la société civile. De plus, le secteur réel de l’économie fait face à des défis et obtient des opportunités grâce à l’accord de libre-échange approfondi et exhaustif (DCFTA) un point clef de l’accord d’association de l’UE ratifié en Septembre 2014 par les parlements Européen et Ukrainien. Cet accord engage l’UE et l’Ukraine à établir progressivement une zone de libre-échange sur une période transitionnelle de dix ans maximum. L’Ukraine s’est engagée à prendre les mesures nécessaires pour progressivement se conformer aux règles techniques de l’UE, aux procédures de standardisation, de météorologie, d’accréditation, d’évaluation de conformité et aussi au système de supervision de marché public. Ils se sont aussi engagés à implémenter les principes et les pratiques inscrites dans les règlements et les directives de l’UE. Cela va demander non seulement des changements drastiques législatifs et procéduraux, mais aussi des changements significatifs dans l’environnement social général, surtout dans les zones rurales.

Les zones rurales d’Ukraine souffrent d’un fort taux de chômage, de la pauvreté et de peu d’infrastructures logistiques et sociales. Le niveau de salaire dans l’agriculture et le secteur rural reste un des plus bas de l’économie nationale ( 69% de la moyenne nationale). Il n’y a que 661 400 personnes employées officiellement dans l’agriculture, les secteurs de la foret et de la pêche ; ce sont les emplois non déclarés qui prévalent.

34.8% des ménages qui vivent de revenus provenant du secteur rural dépendent des aides sociales. Cette dépendance est inférieure d’un quart que pour les ménages non ruraux. Le pourcentage de revenu qui provient de l’agriculture dans le total des revenus du secteur rural n’a cessé de chuter (29.9% en  2000, 10.6% en 2013). 23% des ménages vivant du secteur rural ont un  revenu par habitant qui est en dessous du seuil de pauvreté (c’est 10,2% dans les villes). Le niveau de pauvreté des zones rurales est 1,7 fois supérieur à celui des zones urbaines. En termes de conditions de vie, le pourcentage de ménages pauvres dans les zones rurales est de 39% (contre 19% dans les zones urbaines).

La plupart des ruraux n’ont pas d’accès à des services de haute qualité pour la santé ou l’éducation. Seulement 26% des enfants des zones rurales vont à l’école maternelle. Les diplômés des écoles secondaires des zones rurales ont des résultats bien inférieurs à des tests externes indépendants que leurs homologues urbains (de 15% à 20% inférieur selon le sujet). De plus, le taux de mortalité dans les zones rurales est bien plus élevé que dans les villes – jusqu’à 40% certaines années. Selon les experts, dans de nombreux cas, les ruraux décèdent prématurément du fait de la pauvreté, du manque d’accès à des visites de contrôle régulières, et de la qualité médiocre de la médecine prodiguée. Les perturbations de la vie familiale, le peu d’attention portée aux enfants, le fort taux d’alcoolisme et de toxicomanie et l’inadaptation sociale sont souvent observés dans ces zones rurales.

Il y a encore un fossé entre le volume de logements construits, la qualité de l’hébergement et les services dans les villages localisés dans les banlieues, les zones d’activités et les zone reculées rurales. Seulement 31.5% des logements ruraux sont connectés aux réseaux d’eau potable. Des conditions de vie difficiles entrainent le désespoir et un manque de confiance des membres des communautés rurales. Actuellement il n’y a presque pas d’approches participatives et d’initiatives locales pour la résolution des problèmes ruraux. Tous ces facteurs contribuent à l’exode rural, spécifiquement pour les populations jeunes. D’où un déclin de la population rurale de 33% en 2001 à 31% en 2015, qui continuent à décroitre à un taux de 0.6% par an.

Les anciennes composantes des politiques publique Ukrainienne de soutien aux zones rurales étaient principalement focalisées sur l’aide aux entreprises d’état, l’aide agricole et le développement des infrastructures. Les interventions n’allaient dans le sens de la promotion d’un véritable développement rural. La nouvelle stratégie de développement de l’Agriculture et de la ruralité le reconnait explicitement. Cette nouvelle stratégie propose l’introduction d’un cadre réglementaire spécifiquement dédié au développement de l’agriculture et des zones rurales, en les rendant plus compétitives. Le processus de compétitivité est essentiellement défini par un meilleur ciblage des ressources publiques et des bailleurs de fonds pour une meilleure mobilisation des atouts locaux et des ressources locales. Cela signifie l’implication de l’Etat, des citoyens, de la société civile et des entreprises