L’Académie des Sciences française fait un rappel à la réalité

Article publié le 9 avril 2015
Article publié le 9 avril 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Académie des Sciences a publié le 6 janvier dernier un texte, adopté à l’unanimité en séance plénière, afin d’effectuer un retour critique sur les propositions de la loi sur la transition énergétique en cours d’adoption au parlement. Il ne s’est pas trouvé beaucoup de voix au gouvernement et parmi les acteurs de la transition énergétique pour relayer l’avis de la prestigieuse institution. Le problème est que les experts de l’Académie ont fait part de leur scepticisme sur de nombreux points concernant les objectifs et les délais fixés par le texte de loi.

Probablement dans l’optique de la COP21, sommet sur le climat qui se déroulera à Paris à la fin de l’année, le gouvernement a à cœur de présenter des objectifs ambitieux pour la France, ce qui est tout à fait louable car l’urgence environnementale ne fait aucun doute. Le projet de loi qui sera très probablement adopté tel quel en juin, prévoit la division par deux de la demande globale d’énergie d’ici à 2050 et la réduction de 40% d’ici 2030 des émissions de gaz à effet de serre. Dans cette optique, la loi se fixe de porter la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie à 23% en 2020, puis à 32% en 2030.

L’Académie tient à rappeler qu’elle soutient pleinement les objectifs de réduction de la consommation des énergies carbonées. Cependant, elle met en avant les nombreuses questions à se poser au regard des mesures proposées: « A-t-on déjà les solutions pour réaliser ces transformations? Quels sont les obstacles à surmonter pour faire face à une croissance rapide des renouvelables intermittents (éolien et solaire), régler les problèmes posés par leur intégration dans le réseau et compenser leur variabilité? Connaît-on l’impact sur le système électrique dans son ensemble d’une part de l’électricité d’origine nucléaire ramenée de 75% à 50% en seulement 10 ans ? Que peut-on espérer en termes d’efficacité énergétique, et dans quels domaines?»

L’Académie des Sciences rappelle que les énergies renouvelables font toujours face à un obstacle majeur qui est la question du stockage à grande échelle de l’électricité. Ainsi, dans la situation actuelle, il faudrait recourir à des énergies fossiles pour compenser la dépendance des sources d’énergies éolienne et solaire aux conditions météorologiques. Une réduction prématurée de la part de l’énergie nucléaire conduirait inévitablement à une augmentation des énergies fossiles et donc des émissions de gaz à effet de serre.

L’institution recommande des objectifs plus réalistes et une trajectoire pragmatique en rappelant que la part importante du nucléaire dans le mix énergétique du pays permet à la France d’être à une place très favorable en termes de pollution. L’indice d’émissions de carbone par habitant et par an de la France est trois fois plus faible que celui des Etats-Unis et deux fois plus faible que celui de l’Allemagne.

Notre voisin allemand fait en effet office de laboratoire grandeur nature de la sortie du nucléaire. Le pays a décidé au lendemain de la catastrophe de Fukushima d’accélérer l’arrêt de ses réacteurs nucléaires, faisant baisser la part de cette énergie de 22 à 16% du jour au lendemain. La conséquence directe a été une hausse de 3% des émissions de CO2 car le pays a dû recourir aux énergies fossiles pour compenser les fermetures des centrales nucléaires. Et si dans le même temps, les objectifs de développement des énergies renouvelables ont été atteints avec 23% du bouquet énergétique allemand, ce n’est pas sans dommages pour le pouvoir d’achat des ménages et les finances du pays. Les consommateurs supportent directement via leurs factures énergétiques les subventions attribuées par le gouvernement fédéral au secteur des énergies vertes.

Il serait souhaitable pour la France, où la part de l’énergie nucléaire n’est pas de 22% mais de près de 75%, que l’avis de l’Académie des Sciences soit pris en compte. Si l’institution a été autant citée en 2010 lorsqu’elle avait déclaré que la responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique était une évidence, pourquoi ne le serait-elle pas aujourd’hui alors qu’elle nous met encore une fois face aux réalités.