La voix de l’Europe: un cri sourd dans le désert

Article publié le 20 janvier 2009
Article publié le 20 janvier 2009
Vicente Palacio: « Même les ONG et les entreprises font de la politique étrangère » Il existe un consensus sur le fait que l’Europe doit avoir sa propre politique extérieure.
La preuve c’est qu’elle finance 40% de l’ONU, participe avec une voix unique à l’Organisation Mondiale du Commerce, c’est le premier donateur au monde d’aide au développement, et semble vouloir une politique énergétique commune. » Voici l’opinion de l’espagnol Vicente Palacio, chercheur en affaires étrangères chez la Fundación Alternativas, et sous-directeur de l’Observatoire espagnol de Politique Extérieure (OPEX).

La voix de l’Europe est un cri sourd dans le désert des affaires internationales qui touchent sa sécurité et son équilibre géostratégique. Et la crise économique, et la recrudescence de conflits larvés de basse intensité en Géorgie ou Gaza, semblent déboucher sur le paradoxe d’un Traité de Lisbonne –qui prévoit une politique extérieure européenne autonome et un corps diplomatique de l’Union- comme grand gagnant. Selon les chiffres du German Marshall Fund, 80% des européens veulent que l’Europe compte sur le domaine des affaires internationales.

Face à l’opportunité offerte par les crises récentes, l’UE se retrouve sous une présidence semestrielle qui ne croit pas à l’intégration européenne et dans le Traité de Lisbonne. Par contre, pour Vicente Palacio « la perspective n’est pas mauvaise, car il y a un consensus autour de l’opportunité d’impulser des politiques communes en Europe ». Selon lui, « aujourd’hui la politique extérieure c’est presque tout : même les ONG et les entreprises font de la politique extérieure ».

Mark Leonard, du European Council on Foreign Relations (ECFR), depuis le Royaume Uni, pense que l’Europe est en train de changer le monde avec son soft power (pouvoir doux) sans nécessité de hard power (pouvoir dur basé sur la dissuasion militaire: êtes-vous d’accord ?

Il est vrai que le soft power a doté la diplomatie européenne d’un certain swing, mais c’est insuffisant : malheureusement, le concept de dissuasion est encore d’actualité. Un exemple : l’Union Européenne voulait freiner la guerre dans l’ex Yougoslavie et à la fin elle avait dû demander de l’aide aux États-Unis.

L’Europe a-t-elle besoin d’une forcé militaire propre ?

Oui, parce que c’est faux que l’OTAN garantisse la sécurité en Europe. Il y a des menaces qu’on ne combat pas seulement avec des moyens militaires. Qui plus est, marcher toujours de la main des États Unis ou de l’OTAN implique que quand les États-Unis se trompent, l’UE doit payer la facture. L’UE doit redéfinir sa relation avec l’OTAN. L’OTAN est une relique de la Guerre Froide malgré les tentatives de la mettre à jour avec de nouveaux partenaires. Si la France est enfin entrée dans la structure militaire de l’OTAN c’est en réalité pour que le Royaume Uni et les États-Unis lui laissent entamer son processus de réforme européenne le plus vite possible : très bonne idée celle de Sarkozy sur la complémentarité entre l’OTAN et l’UE ! 

D’un autre côté, l’Europe de la défense n’est pas un problème d’ordre économique, mais politique. Les coopérations structurées permanentes prévues par le Traité de Lisbonne permettront d’avancer dans cette direction. Il ne faudra pas augmenter les budgets de la Défense. Le grand obstacle dans tout cela c’est le Royaume Uni, allié historique des États Unis. On peut commencer la Politique Extérieure de Sécurité et de Défense sans le Royaume Uni, mais on ne peut pas la développer sans le Royaume Uni.

Le choix du Haut Représentant pour la Politique Extérieure doit-il être conditionné à la majorité politique issue des prochaines élections européennes en juin 2009 ?

Je suis de l’avis que dans les institutions européennes il doit avoir un équilibre entre petits et grands pays, entre membres vétérans et plus récents.

Vous pensez à quelqu’un de spécial qui pourrait réunir les conditions pour occuper ce poste de responsable de la politique extérieure européenne après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne ?

Jean Claude Juncker ou Felipe González pourraient très bien faire, mais aussi l’écologiste allemand Joschka Fischer si jamais le débat sur le Traité de Lisbonne durcit et que l’Allemagne voulait s’imposer.

Quel serait le sujet de politique extérieure qui devrait être présent pendant la campagne électorale de juin 2009 ?

Sans aucun doute l’énergie.

Pensez-vous que l’Ukraine est l’otage de la Russie dans son essai de se rapprocher de l’UE en vue d’une possible adhésion ?

Non. Les relations avec la Russie son la clé pour accélérer la démocratisation de l’espace postsoviétique. On ne peut pas négocier de processus démocratique en Ukraine sans tenir compte de la Russie. Il faut se mettre d’accord avec la Russie en matière énergétique pour pouvoir plus tard développer un dialogue avec l’Ukraine : le pays est réellement divisé en deux et l’UE ne peut pas prendre parti pour un des deux camps.