La violation des droits de l’homme au quotidien

Article publié le 7 avril 2003
Publié par la communauté
Article publié le 7 avril 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Pas besoin de rechercher l'exotisme pour constater des manquements aux droits de l'homme. Partout où indifférence et résignation sont à l'oeuvre, il faut se penser en individus poltiques.

Chaque jour qui s’écoule, ce sont 24 heures de violations des droits de l’homme qui recommencent dans le monde entier. Ces violations n’ont pas seulement lieu dans de lointains pays totalitaires, elles sont aussi monnaie courante dans les Etats dits démocratiques, les organismes internationaux despotiques et de pacotille, la communauté internationale soucieuse de ses seuls intérêts, la société impassible qui nous entoure, et même dans nos propres vies.

Reprenons par le commencement : depuis la fin de la Guerre Froide, l’ordre international est dirigé par un pays qui s’est vu impliqué dans des coups d’état militaires qui ont renversé des gouvernements élus démocratiquement – les ombres que le 11 septembre 1973 jeta sur le Chili pèsent encore sur ce pays. Un pays où le président autorise l’incarcération et la mort d’êtres humains sans qu’elles soient précédées d’un jugement équitable – les prisonniers de Guantanamo ne font déjà plus la une de nos journaux et sont devenus pour la communauté internationale un simple « dommage collatéral nécessaire pour garantir la sécurité ». Un pays qui, après Israël, enfreint le plus grand nombre de résolutions de l’ONU. Un pays qui se trouve être le seul Etat au monde à avoir utilisé la bombe atomique lors d’un conflit... Quant à la communauté internationale, elle garde le silence devant certains massacres comme ceux perpétués par la Russie en Tchétchènie, par Israël contre les Palestiniens – l’histoire se répète et les israéliens font subir aux palestiniens les mêmes atrocités que les Nazis exercèrent sur eux –, les Turcs sur les Kurdes et la Chine sur sa propre population. Dans un tel contexte, il est nécessaire de préciser que tout pays qui s’érige comme défenseur des droits de l’homme sur le plan international ne peut le faire au mieux que d’une manière cynique, intéressée ou irréaliste.

Légions de disciples et d’acheteurs

Les Nations Unies n’ont pas réussi à être un meilleur garant des droits de l’homme. Paralysée par ses institutions elles-mêmes et son processus de prise de décision antidémocratique, l’organisation s’est montrées totalement inefficace dans la résolution de conflits comme celui du Sahara Occidental – l’occupation marocaine dure depuis plus de 25 ans et près de 200 000 sahraouis ont supporté toutes ces années en vivant en plein désert dans les camps de réfugiés de Tindouf. L’augmentation des grandes poches de pauvreté, les listes à rallonge de chômeurs, la manipulation des moyens de communication, la spéculation immobilière et financière, la corruption politique, le traitement de faveur réservé par la justice aux classes sociales qui peuvent se payer les meilleurs avocats... sont en eux-mêmes de graves violations des droits de l’homme auxquelles la société occidentale a fini par s’habituer et même dans leur ensemble à justifier.

La démagogie est très bien implantée dans notre société. Nous achetons et donnons une haute valeur ajoutée à des produits fabriqués par une main d’œuvre enfantine ou payée un salaire de misère. Nous remplissons nos maisons de meubles fabriqués avec du bois tâché par le sang des aborigènes. Nous offrons à nos enfants des gourmandises produites au travers de l’exploitation humaine et de pratiques entrepreneuriales immorales. Nous coexistons quotidiennement et sans aucun remord avec des grandes marques qui obligent leurs employées à ne pas venir au travail pendant leurs jours de menstruation – et ce sans aucun type de rémunération en échange.

Selon les chiffres de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) de novembre 2001, « environ 12 millions d’enfants de moins de 14 ans travaillent dans les entreprises du Tiers Monde dites « entreprises de la sueur » (sweatshop) qui produisent les vêtements, les jouets ou les ordinateurs qu’achète l’Occident ». Des marques comme Adidas, Nike, Levi’s, Disney, Chicco, Samsung, Siemens ou Nestlé ont été accusées de graves délits, notamment : exploitation des enfants en particulier et des travailleurs en général, harcèlement sexuel, discriminations, dégradation de l’environnement... Malgré tout cela, ces grandes firmes n’ont connu aucun type de sanctions sur leur chiffre d’affaire. Au contraire, elles ont pour effigies des grandes stars du football, ce qui crée des légions de disciples et acheteurs.

Les dernières affaires Disney et Nestlé sont particulièrement scandaleuses. En 2001 a éclaté au grand jour que certaines filiales de la grande multinationale du loisir utilisaient une main d’œuvre féminine mineure et aux salaires qui se situaient en dessous du niveau minimum exigé par la loi. L’attitude récente de Nestlé envers l’Ethiopie n’est pas moins honteuse. La multinationale réclamait à ce pays six millions de dollars de dommages et intérêts pour une société nationalisée il y a 27 ans et achetée plus tard par Nestlé. Elle a réduit finalement sa demande à 1,5 millions de dollars, l’affaire ayant été rendue publique et altérant son image.

Dommages collatéraux de la société capitaliste

Mais sans aucun doute, un des droits de l’homme qui chaque jour est violé avec la plus grande assiduité, est le « droit à l’autre d’exister » ou encore le droit de ne pas être enterré vivant. En effet, la société occidentale et le capitalisme impitoyable sont en train de se rendre coupable d’un nombre important de « morts bien vivants », c’est-à-dire des personnes de cinquante ans à qui l’on fait croire qu’elles ne sont plus utiles. Que le droit au travail ce ne sont que des nos mots consignés par écrit mais sans force réelle (on ne peut demander des comptes à personnes), et qu’elles n’ont plus qu’à espérer une mort lente. Lente et douloureuse. Ces gens-là appartiennent désormais à la catégorie des « dommages collatéraux ». Ils sont touchés par les restructurations « sans douleur » du personnel. Restructurations nécessaires au bien de l’entreprise – peu importe si celle-ci connaît des bénéfices constants –, au bien de la collectivité, au bien de l’économie nationale, au bien de l’Etat (on oublie souvent que l’Etat a été créé pour servir ses citoyens et non le contraire).

Assommé par un tel discours, résigné, impuissant, sans force, tourmenté, l’être humain – le chômeur – finit par douter « pour lui même » d’un des droits les plus basiques, celui de la dignité humaine. Il le remet en cause, car même si au début il se révolte contre ce discours, ne l’accepte pas et essaie de réagir, il lui apparaît rapidement dans le regard de ses voisins, des anciens compagnons de travail, des amis, de sa propre famille qu’il ne peut plus entretenir, et même des journalistes, que tout cela est bien réel – et quand plusieurs personnes lui racontent et lui répètent le même mensonge, cela finit par devenir pour lui une « vérité ».

Face à cette situation aussi désespérée, on peut penser qu’il n’existe pas de solution. Peut-être que oui, peut-être que non. Tout peut changer. Mais d’abord, il s’agit de commencer par se changer soi-même. S’interroger, tout repenser (même si cela signifie l’abandon de notre état de passivité agréable et confortable), ses propres attitudes comme celles des autres. Dénoncer et condamner les injustices, réclamer le droit pour tous d’avoir un travail, refuser le pouvoir aux politiques corrompus…

La citoyenneté européenne qui est en train de vivre un moment historique dans la construction européenne, connaît une grande occasion d’imprégner de cet état d’esprit les institutions communautaires et la société civile européenne. Etre des citoyens mobilisés, anticonformistes, destructifs/constructifs, qui s’interrogent et interrogent. En définitive des personnes « politiques », à ne pas confondre avec des êtres « partisans ». Ceci n’est qu’un début bien sûr mais tout le reste suivra.