"La vie à venir" de Claudio Capanna : sur le fil de l'existence

Article publié le 12 novembre 2016
Article publié le 12 novembre 2016

Claudio Capanna, dans sa dernière production, nous immerge dans l'avenir incertain de deux nourrissons, Léandro et Eden. Plus qu'un documentaire classique, l'expérience est angoissante, onirique, et quasi-animale. Rencontre. 

"C'est un documentaire sur des jumeaux prématurés qui naissent un hôpital, nous allons suivre leurs évolutions". Voici le pitch, résumé très simplement, de "La vie à venir". Cependant, cela serait réducteur de l'associer à cette simple perception du documentaire habituel, car au delà de la dimension informative, le film est une expérience à part entière. 

My baby love

À la fin de la projection, une question se pose : est-ce que je viens de voir un film, ou un documentaire ? Le réalisateur sème le doute, en mélangeant les genres, entre la fiction et la réalité. La mère des deux jumeaux, Laurence, semble d'une grande émotivité, limite trop, comme une actrice. Il n'en est rien. C'est ici qu'est résumé tout le talent de Capanna, il utilise les codes du cinéma d'horreur ou du thriller pour magnifier et amplifier les émotions ressenties par la mère. 

Une multitude de notions sont abordé en filigrane durant le fim. La lutte contre la mort, la puissance de l'amour maternel, ou encore la difficulté d'un confinement extrême. Autant de thèmes primaires et essentiels qui sont soulevés, l'objectif étant d'aller plus loin que la "simple" question de la prématurité. 

Rencontre avec Claudio Capanna, réalisateur du film

Cafébabel : Le film traite de la naissance, qui est d'habitude un évènement joyeux et festif. Cependant, durant les premières minutes, on est confrontés à tout un environnement de machines et d'appareils. Comment expliquer ce contraste ? 

Claudio Capanna : Une des directions artisique que je voulais donner au film était celle d'un fim d'horreur. Avec toute l'équipe, on voulait faire quelque chose de différent, notamment au niveau sonore, plonger le spectateur dans un monde un peu effrayant. Cette atmosphère inquiétante prépare le spectateur au futur combat pour la vie qui va se dérouler dans cet environnement hostile. 

Cafébabel : "La vie à venir" est aussi un film rempli de symboles, comme les scènes d'ouverture et de clôture, qui contribuent à donner une impression cinématographique au documentaire. 

C.C : C'est une des mouvances dans laquelle j'aimerais de plus en plus inscrire mes travaux. A l'heure actuelle, c'est une des tendances fortes qui émerge dans le monde du documentaire, en travaillant avec les personnages de documentaires comme si c'était des acteurs, de conjuguer leurs psychologies avec des artifices à l'écran. C'est de la manipulation, au sens positif du terme. 

Cafébabel : Justement, la mère, dans le film, a un côté madonne; et le personnel hospitalier, lui, est présenté à la fois comme inquiétant ou rassurant, comme une présence divine. 

C.C : C'est un des partis pris que je voulais exprimer. Je voulais montrer que dans une situation pareille, toute le monde, en dehors de la mère qui a un lien puissant avec ses enfants, est de trop. Il était primordial pour moi de re-centrer cette histoire sur quelque chose de basique, en revenant limite à des instincts animal. Le rôle du personnel hospitalier est particulier, car bien que se donnant au maximum pour la survie des enfants, il semble venir déranger le lien originel entre la mère et les enfants. 

Voici ici l'agenda des futures projections du film.