La Vague : l’école de la dictature

Article publié le 27 janvier 2009
Article publié le 27 janvier 2009
Dans une salle de classe, un prof tente de recréer les conditions d’une dictature. Se rebeller ou rentrer dans les rangs pour se sentir moins seul : l’expérience a fait sensation dans les salles de ciné allemandes.

La caméra balaie la scène, le professeur Rainer Wenger (interprété par l’acteur Jürgen Vogel) lui tourne le dos au premier plan. Il se tient debout, devant ses élèves tous habillés de blanc. Comme un seul homme, ils se distinguent à peine les uns des autres le saluant dans une vague. On pense à une organisation de jeunesse d’une dictature par exemple, et la similitude est volontaire. Le film Die Welle (La Vague) doit son titre au roman américain de Morton Rhue. Il raconte l’histoire d’un enseignant de lycée qui tente de savoir si une dictature est encore possible aujourd’hui grâce à une petite expérience sociologique.

« Paris fucking Hilton »

Quelques scènes plus tôt, le professeur est à la même place devant, cette fois, une faune anarchique de lycéens où se mêlent punks, babas cools ou rappeurs. Ils ne sont pas tous intelligents, ils ne réussissent pas tous, pas même en amour, mais ils ont tous une personnalité bien à eux avec leurs désirs, leurs problèmes et leurs opinions. Ils se sont tous inscrits à un cours sur l’autocratie que dispense leur coqueluche, Rainer Wenger. Lui, il incarne l’exact opposé de l’enseignant-type. Il a habité pendant cinq ans dans les squats de Kreuzberg à Berlin. Il a passé son bac en cours du soir. Il a collé un autocollant « Fuck Bush » sur sa boîte aux lettres devant la péniche alternative où il habite. De toute évidence, il s’est battu pour des causes sociales. Des idéaux qu’il ne partage pas nécessairement avec ses élèves.

Eux, ont d’autres problèmes dans une société où les mots les plus recherchés sur Internet sont « Paris fucking Hilton », où chaque individu ne pense qu’à assouvir son propre plaisir. Ces jeunes-là se demandent bien pourquoi l’on pourrait encore se rebeller en ce bas monde et ils se réjouissent quand quelqu’un les débarrasse des innombrables décisions qu’ils doivent prendre dès l’école. Et chez eux, le sens du collectif est presque inexistant. Impossible, par exemple, de se mettre d’accord sur un texte pendant la répétition de théâtre.

Pouvoir par la discipline !

Une vraie chienlit mais pas une dictature qui, selon eux, est inconcevable aujourd’hui en Allemagne : « Nous sommes beaucoup trop libres pour ça », estiment-ils. En entendant cela, Rainer Wenger imagine une petite expérimentation de groupe qui aborde précisément cette question. Chaque jour, il introduit dans sa classe un élément caractéristique d’une dictature, comme l’uniforme, le salut, un nom de mouvement, une figure-phare désignée par les élèves eux-mêmes...

Et la dynamique de groupe démarre : certains élèves sont exclus, d’autres pas très assurés font soudain preuve d’audace une fois portés par le groupe : « Pouvoir par la discipline ! Pouvoir par la communauté ! Pouvoir par l'action ! » Voilà la devise, le triptyque auquel tous doivent se raccrocher. Cette solidarité fait jaillir une énergie là où les corps étaient avachis hier. Les élèves sont heureux de ce sens nouveau donné à leur vie car le projet leur permet d’oublier leurs petits problèmes personnels. Seule une fille, Caro, se révolte.

L’intrigue se poursuit sans laisser de côté les sous-cultures des jeunes. Le logo de la « Vague » est dessiné partout dans la ville. Ils dansent sur le hip-hop que braille les autoradios des voitures cabossées pendant une soirée « Vague ». Ils se kiffent, dealent ou boivent. Le film défile à coup de séquences rapides et certaines scènes tournées caméra à la main sont presque sorties d’un clip de MTV. S’ils se laissent subjuguer par le mouvement, les jeunes gardent une personnalité anarchiste et non autoritaire, certes. Pourtant, la « Vague » s’est solidement emparée de l’identité de certains élèves. La preuve par l’exemple.

Die Welle sortira le 9 mars 2009 en France.