La vache Yvonne au barbecue, sur les cendres de Jeanne d'Arc

Article publié le 7 septembre 2011
Article publié le 7 septembre 2011
Échappée de l’abattoir, elle a erré héroïquement pendant 98 jours dans la campagne bavaroise, se faisant ainsi le porte-parole d’un message de paix et de justice. Elle, c’est la Yvonne la vache hérétique, maline, têtue et destinée au « bûcher », comme une certaine pucelle d’Orléans.

Bifteck, longe, filet, côtelettes et vin rouge à volonté: qui parmi nous y renoncerait, surtout pendant les vacances estivales si méritées ? Ne jamais dire jamais. Cette année, en effet, il aurait été un peu plus difficile de se lécher les babines avec satisfaction après un barbecue de fin d’été. Pourquoi ? Parce que nous aurions couru le risque de retrouver dans notre assiette le fessier de Jeanne d’Arc !

Un vache à lait…pour le Bild

Mais n’allons pas si vite. Dans toute histoire qui se respecte les héros finissent toujours par gagner et Yvonne, la vache la plus célèbre d’Allemagne, en est l’exemple …vivant, du moins pour le moment. N’étant plus capable de produire du lait ni de donner naissance à des veaux, ce splendide bovin teuton était désormais destiné à l’abattoir, et donc à terminer entre nos dents, presque comme si la même chose devait arriver aux femmes à la ménopause. Exactement comme elles, cette vache de six ans avait passé sa vie à manger léger, à procréer, à allaiter ses propres enfants, et, comme si cela ne suffisait pas, à produire du lait pour les enfants des autres. Et puis, une fois devenue « inutile » pour la société masculine, elle s’est retrouvée à un doigt de devenir un steak saignant.

« Ah non, moi je n’y vais pas ! » doit avoir pensé Yvonne après avoir deviné que son patron était sur le point de prendre la route de l’abattoir. Et ainsi, en mai dernier, elle s’est enfuie de son élevage de Aschau am Inn (village de Haute-Bavière, ndlr), fermement décidée à jouir de sa propre liberté sur les terres de la Bavière. En quelques heures à peine, des centaines de chasseurs et d’écologistes se sont mobilisés, donnant ainsi vie à une énorme chasse au trésor. Les premiers avec l’intention de la capturer ou de la tuer (les autorités la considérant comme un danger public après qu’elle soit rentrée dans une voiture de police) les autres avec l’intention de la sauver, et tous beaucoup plus certainement avec celle de récupérer les dix milles euros de récompense mis en jeu par le quotidien Bild, chroniqueur attentif de ce populaire feuilleton estival. Toujours est-il qu’en plus de trois mois, personne n’a réussi à la capturer, le mérite revenant à ses capacités sportives et à son intelligence hors du commun, grâce à laquelle elle a réussi à modifier ses habitudes, se contraignant à se nourrir la nuit et à se déplacer rapidement le jour.

« Cours Yvonne, cours »

Les tentatives d’appâts de sa coloc’ d’étables, Waltraut, ou d’utilisation d’un de ses propres petits veaux se sont révélées inutiles. Encore pire fut celle du taureau Ernst, profil typique du « tombeur de femmes » aux attributs « interdits aux mineurs » mis en circulation dans l’intention de provoquer chez la vache une énième nostalgie de tempête hormonale. Mais Yvonne semble être une femme indépendante, et disons le carrément, un peu féministe. L’idée de se lier à un autre homme qui pourrait limiter sa liberté tant méritée ne lui est pas vraiment venue à l’esprit. Et s’il est vrai que pour faire la révolution, il y a besoin de quelqu’un pour donner l’exemple, pourquoi ne pas parier sur le fait que tant d’autres vaches pourraient suivre ses traces, elles aussi prêtes à se lancer vers l’émancipation ?

Selon l’agence de presse Agi, il y a quelques jours à Thuringe quatre vaches se sont elles aussi échappées d’un élevage, tandis qu’il y a un mois en Franconie tout un troupeau s’est enfui d’un bois, composé de quatre vaches, quatre veaux et un taureau. Le premier signal que le message hérétique commence à faire des adeptes ? Une chose est certaine, c’est que les fans d’Yvonne se comptent déjà par milliers sur le net. Ils sont en effet plus de 27 000 à partager sur la page Facebook dédiée au bovin, le slogan « Cours Yvonne, cours ! »

Entretemps, après l’annonce que la chasse à la « Problemkuh » (vache problématique) serait interrompue au moins jusqu’à la fin du mois d’octobre, lorsque le maïs sera prêt à être récolté et notre héroïne aurait plus de mal à se cacher, Yvonne a été difficilement capturée dans les prés d’un village près de Ampfing (toujours en Bavière, ndlr). En plus du nombre abondant de sédatifs utilisés, il a nécessité des dizaines d’hommes et l’aide d’un tracteur pour l’acheminer jusqu’à l’intérieur d’un camion. Heureusement un défenseur des animaux de la région va s’en occuper. Pour la sauver de la mort, il l’a acheté elle, ainsi que ses sœurs et ses enfants.

Le risque de mordre dans une nouvelle Jeanne d’Arc cuite au barbecue semble donc avoir disparu !

Recette: Jeanne d’Arc au barbecue

Ingrédients:

-Une jeune vierge de 19 ans (région d’origine: Lorraine)

-Du bois à volonté

-Une longue robe blanche-Des chaînes

-Deux petits rameaux secs

Préparation:

Envelopper la vierge encore vivante dans une longue robe blanche et l’attacher soigneusement à l’aide des chaînes à un poteau à la base duquel sera positionné un abondant tas de bois. Faire cuire à feu très vif, en positionnant les deux rameaux en forme de croix latine. Déguster avec une garniture de remords.

Photo: (cc) Funky Chickens/flickr