« La Turquie, le grand ménage » : les commerces térrassés par les autorités

Article publié le 11 octobre 2011
Article publié le 11 octobre 2011
Mais quelle mouche a bien pu piquer le pays ? Depuis plus d’un mois, ça balaye à tour de bras : dans le football, dans l’armée et dans les rues d’Istanbul. De quelle « crasse » cherche-t-on à se débarrasser ? Qui manie vraiment le balai ? Questions pas si anodines… N’est pas Monsieur Propre qui veut... Suite au grand époussetage des autorités turques, cafebabel.
com publie en trois épisodes la série « La Turquie, le grand ménage ». Troisième filtrage : les rues.

Première semaine d’août. Les rues adjacentes à Istiklal Caddesi, la principale artère commerçante de la ville, sont le théâtre d’une étonnante opération de nettoyage. Qui a déambulé dans les méandres de ces ruelles, royaume des cafés et autres bars, sait que, le soir venu, certaines d’entre elles sont presque impraticables. Au piéton de se frayer, tant bien que mal, un passage entre les tables et chaises qui envahissent le pavé. En décidant de limiter l’emprise de ces « terrasses » sur la voie publique, la municipalité a déclenché un curieux jeu du chat et de la souris.

Coup de balai dans les rues d’Istanbul

Comme, en Turquie, tout prend une coloration politique, la mesure divise bien évidemment l’opinion. Certains sont prompts à dénoncer une démarche qui viserait in fine à interdire la consommation d’alcool en public. Il est vrai que le lancement de l’opération par la municipalité a coïncidé avec le début du ramadan. Pourtant, chacun pouvait constater que des cafés ne servant pas d’alcool ont aussi été visés. Ceux qui envisagent ce coup de balai d’un œil favorable considèrent que les commerçants ont outrepassé leurs droits. Non respect des limites fixées à l’occupation du domaine public et non paiement des licences d’exploitation. Voilà tout simplement ce que la municipalité chercherait à réguler.

Il était un temps où...Mais les commerçants ne l’entendent pas de cette oreille. Entre deux manifestations improvisées, la rébellion s’organise. Le matin, les agents de la ville appuyés par les forces de l’ordre quadrillent le quartier sous l’œil incrédule des stambouliotes. Fermant la marche, les véhicules du service de propreté se chargent de faire disparaître la moindre trace d’occupation du domaine public. Au coucher du soleil, tables et chaises font leur réapparition. Un retour à la normale parfois de courte durée ! Imaginez-vous attablé à la terrasse d’un restaurant. A peine vous a-t-on servi votre courgette farcie que le plat est emporté sans explication par un serveur qui vous invite à le suivre … à l’intérieur. Dans les minutes qui suivent, vous assistez, médusé, à un ballet de tables et de chaises qui disparaissent de la chaussée au fur et à mesure du départ forcé des convives. « La municipalité, la municipalité arrive ! » nous explique-t-on finalement. Des rondes sont en effet organisées pour vérifier que les opérations de nettoyage menées dans la matinée portent leurs fruits. On confirme. Quand on chasse la poussière par la porte, elle revient par la fenêtre !

Cet article est le dernier d'une série de trois. Le premier était consacré au football, le deuxième à l'armée.

Photos : Une (cc)christian.senger/flickr; Texte : giannisl/flickr, erindipity/flickr