La Turquie à la croisée des chemins

Article publié le 9 novembre 2012
Article publié le 9 novembre 2012
Par Aris Kokkinos et Jan Nils Schubert Ce 6 novembre, dans le cadre des débats «Turkey Insights», le think tank EPC et la confédération TUSKON invitaient trois orateurs à débattre de la situation actuelle en Turquie, à réfléchir sur son avenir et à répondre à plusieurs questions, dont l’essentielle : quelle route à suivre pour la Turquie en ces temps difficiles?

Présidé par Amanda Paul, le débat a été l’occasion d’une réflexion globale sur le futur d’une nation en proie à diverses difficultés. Des difficultés variées, aussi nuancées que les teintes de la couleur turquoise.

, ancien député européen et haut conseiller au Centre politique de l'Université Sabancı (Istanbul), appelle à se méfier de la vision manichéenne de certains journalistes, qui ne restent que deux semaines dans le pays pour écrire leur papier. Il distingue trois éléments dans l’actualité turque. D’abord la grève de la faim de centaines de prisonniers kurdes, utilisant cette méthode pour atteindre leurs revendications: cette méthode de réalisation de revendications politiques risque cependant de paralyser les réformes accordant plus de droits à la minorité kurde. Ensuite la liberté de la presse: des journalistes sont encore emprisonnés pour leurs opinions, c’est une situation intolérable. Enfin la réforme de la Constitution : pour beaucoup d’élus, cela équivaudrait à une perte de pouvoir. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan espère devenir président en 2014. A quoi ressemblera la nouvelle structure, à un pouvoir semi-présidentiel ou à un régime présidentiel fort? Ian Lesser, directeur de la branche bruxelloise du German Marshall Fund, constate une multiplication des conférences ayant pour objet la Turquie dans le monde entier. Cela s’explique par une stratégie jusqu’ici bien adaptée. En politique étrangère, si les rapports se sont parfois détériorés avec l’Europe, ils se sont améliorés avec les USA et surtout avec le Moyen Orient. Mais depuis les bouleversements dans la région, la position de la Turquie est plus délicate. Il n’est pas sûr que la Turquie puisse préserver la dynamique actuelle. Andrew Duff, député européen et président de l’Union des Fédéralistes Européens, examine la complexité de la société turque. L’incompréhension avec l’Europe persiste, le cas de Chypre le rappelle. Sur ce dossier, le parti AKP au pouvoir a été contre-productif. Plus globalement, les relations avec l’UE sont freinées par le manque de dialogue. Une association mutuelle, plutôt qu’une adhésion, est donc préférée par de nombreux Etats membres, et peut-être par la Turquie elle-même. Une situation complexe nécessite des solutions complexes.

Plusieurs questions du public ont porté sur le sujet critique des visas, nécessaires pour les citoyens turcs pour pénétrer sur les territoires de  l’UE. Un sujet qui entraîne parfois des situations embarrassantes: le journaliste turc Etyen Mahçupyan, qui devait participer au débat, n’a pas pu rejoindre Bruxelles, n’ayant pas obtenu de visa du consulat suédois. Les voies qui s’ouvrent à la Turquie sont nombreuses, mais la route du compromis avec l’Europe pourrait être encore longue…