La tactique du salami ou comment Wulff s’est fait peau neuve

Article publié le 20 janvier 2012
Article publié le 20 janvier 2012
A quoi auront nous droit après la tactique du salami, Monsieur le président? Quelques idées européennes à l'intention de Christian Wulff pour se tirer de cette affaire de corruption sans y laisser sa peau.

Il est difficile de ne pas donner raison à 71M Tim lorsqu'il annonce sur Twitter : « je ne peux pas prendre un journaliste qui utilise l'expression #Salamitaktik au sérieux. Désolé ». D'une certaine manière, il n'a pas tord. Récemment, la presse allemande a usé et abusé de cette expression d'origine hongroise, « szalàmitaktika», dans le contexte de l'affaire de corruption qui plane autour du président allemand Christian Wulff. Le terme fut inventé dans les années 40 par le chef du Parti civiquedes petits propriétaires et des travailleurs agraires hongrois, Zoltàn Pfeiffer, et désigne la prise du pouvoir progressive du Parti communiste (PC) par le biais de stratagèmes machiavéliques. La technique du PC consiste en effet à grignoter les plus petits partis, tranche par tranche, dans le but de les éliminer. C'est grâce à l'insistance du secrétaire général du PC hongrois, Matyas Rakosis, que la tactique s'est répandue en Europe : on parle de « tactique du salami » en France, de « salami strategy » en Grande-Bretagne ou encore de « tattica del salame » en Italie et de « taktyka salami » en Pologne.

En Allemagne, c'est le président allemand Wulff qui, lors du passage à l'an 2012, a vu les médias dévoiler, une tranche de salami après l'autre, la vérité autour de son crédit immobilier de 500 000 euros on ne peut plus avantageux. Et alors que la presse révèle de nouveaux détails croustillants, le président passe aux aveux concernant telle ou telles erreurs et tente de ne pas y laisser sa peau. Rien de plus simple.

L'ancien ministre de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg avait déjà posé les règles du jeu en 2011. Il utilisait alors une technique vraisemblablement apprise dans les livres de marketing des États-Unis, la « drip, drip, drip approach » (ou la tactique de la goutte) à laquelle il resta agrippé comme à une bouée de sauvetage pour ne pas toucher le fond.Le président allemand, contrairement à Karl-Theodor zu Guttenberg, garde tant bien que mal la tête hors de l'eau grâce à sa technique du salami. Et qui sait, peut-être est-il depuis peu un adepte de la « full-bladder-technique » (technique de la vessie pleine) du Premier ministre anglais David Cameron. Ce dernier, après avoir ingurgité plusieurs tasses de café lors du dernier sommet à Bruxelles, est courageusement resté assis tout au long de la discussion concernant l'union fiscale européenne afin de ne pas en perdre une goutte. Résultat : un véto anglais et des réactions courroucées de la part de l'Union européenne contre la chevauchée individuelle de l'île.Et la tactique de l'artichaut, alors? Une tactique dont parlent parfois les Français lorsqu'un dictateur tente de pénétrer au coeur de l'artichaut, et donc de son peuple, à l'aide d'une certaine dose de populisme.

Le président Wulff, quant à lui, n'a pas besoin de regarder aussi loin. En effet, sa stratégie de communication « tranche par tranche » lui a entretemps valu un nouveau verbe allemand : « wulffen » (wulffer). Celui qui « wulffe » tente d'intimider la presse afin qu'elle ne publie pas de nouvelles compromettantes. La méthode préférée pour ce faire : laisser des messages vocaux menaçants au rédacteur-en-chef. Cela dit, wulffer signifie ne pas vouloir que la vérité éclate au grand jour, mais ne pas mentir pour autant. Reste à espérer que les autres chefs d'État ne se mettent pas à lui piquer sa tactique du « wulffage ».

Photos : ©Henning Studte/ http://www.studte-cartoon.de/; Texte (cc)EP/flickr