La situation en Iran sous le projecteur du Conseil de l’Europe

Article publié le 29 juin 2009
Article publié le 29 juin 2009
par Hamid DERROUICH Inscrit en procédure urgente, le débat du 24 juin sur la situation en Iran a été un des moments forts de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.
Le rapport rédigé par le député suédois Göran LINDBLAD (PPE) dresse en 17 points un tableau plutôt sombre de l’évolution de la situation en Iran au lendemain de l’annonce des résultats du 12 juin créditant le Président sortant Mahmoud Ahmadinejad de 66% des suffrages.

Grandes lignes

Dans son rapport, Lindblad n’a pas manqué de rappeler le passé de Hussein Moussavi et le fait qu’il est, à ne pas en douter ni l’oublier, « un enfant, lui aussi, de la révolution de Khomeiny ». Il a auparavant occupé le poste du Premier ministre et a été parmi ceux qui ont lancé, en 1987, le programme nucléaire iranien. C’est une façon à lui de dire que l’Europe ne doit pas être naïve et que sur le plan des orientations stratégiques du pays, Moussavi comme Ahmadinejad ne diffèrent que peu. En réalité, ce dont il est question aujourd’hui, c’est surtout le respect des droits de l’Homme tels qu’universellement reconnus et le soutien au désir de changement exprimé par une partie des iraniens. Le rapporteur pointe du doigt les innombrables irrégularités qui ont entaché le scrutin, le déni du droit d’expression de l’opposition, le recours à la violence et à la censure, l’étouffement de la presse et les différentes atteintes aux principes et aux droits fondamentaux.

Le rapporteur est allé jusqu’à comparer le régime iranien en place aux “anciens régimes totalitaires communistes’’.

Condamnation unanime

Tous les orateurs sont unanimes (et comment, d’ailleurs, ne pourraient-ils pas l’être?) pour condamner ce qu’ils ont majoritairement qualifié de « dérive totalitaire » du régime des Mollah. Ils sont aussi unanimes à dire que Moussavi « n’est pas le Gorbatchev de l’Iran » et que la question prioritaire est celle des droits de l’Homme.

M. Lempens (Gauche unitaire européenne), insiste sur l’importance de considérer l’Iran autrement que comme une simple source d’énergie. La question des droits de l’Homme en Iran, estime-il, doit transcender celle des intérêts économiques. Pour sa part, le député Lithuanien M. Zingeris rappelle la nature dangereuse du régime iranien, « non seulement pour les iraniens eux même, mais pour tout le monde ». Quant au Lord Tomlinson (socialiste), au delà de la condamnation, il insiste sur l’importance de maintenir « le contact avec le Parlement iranien, surtout que son Président ne s’est pas encore prononcé sur l’issue du scrutin de 12 juin ».

Le député français, M. Mignon (PPE), sort un peu du lot (un peu conformiste) en se réclamant d’un « droit d’ingérence en faveur des droits de l’Homme ».

Cela dit, au delà de la condamnation, les divergences se font sentir au niveau des modalités d’action et de soutien aux opposants iraniens. Le caractère fragmentaire de l’opposition iranienne est un obstacle en soit, car il limite les marges de manœuvre du Conseil. Par ailleurs, les orateurs divergent sur deux questions essentielles. Celle d’une part du maintien du dialogue avec les autorités iraniennes, et celle d’autre part de la dissociation de la question du nucléaire iranien du reste des questions (droits de l’Homme, traitement réservé au minorités, châtiments publics, négation de l’Holocauste et menace proférée à l’égard d’Israël…).

Au nom de Neda Soltan…et de Twitter

L’ombre de cette jeune iranienne âgée de 18 ans tuée lors d’une manifestation à Téhéran a bel et bien plané sur l’enceinte de l’Assemblée Parlementaire. On voit en elle le symbole non seulement de l’opposition en Iran, mais surtout de la liberté. À travers l’image mythifiée de la jeune iranienne, “martyre de la liberté’’, les eurodéputés soulèvent le rôle des nouvelles technologies de l’information, notamment Internet, dans la diffusion de l’information dans un Iran qui sombre de jour en jour dans un isolement inquiétant.

Résolution plutôt timide

Hormis les déclarations enflammées de tous les orateurs, force est de reconnaître que la résolution votée à une majorité écrasante (110 contre 5 pays qui se sont quand même abstenus) reste timide. Elle rappel le besoin de maintenir le dialogue avec les autorités iraniennes, le soutien à l’opposition. Elle exhorte le régime iranien à accepter la main tendue par Obama. Mais, la résolution, dans le langage diplomatique, qui est le sien est en deçà certainement des attentes, notamment celles des manifestants qui se sont rassemblés à 13h30 pour dénoncer les dérives du régime iranien sous la direction d’Ahmadinejad.

À la question, « ne trouvez-vous pas timide la résolution adoptée ce matin (24 juin) par le Conseil Européen compte tenu de la gravité de la situation en Iran ? », la porte-parole du collectif d’associations, Mme NEYDAVOODI Sepideh, rassemblé devant le Conseil en début d’après-midi répond : « on comprend ». Certainement, une façon à elle de dire qu’entre les bonnes volontés et les contraintes des réalités politiques il y a bien évidemment un décalage. À l’inverse, M. AMIRI Iraj, Président de l’association pour la promotion de la culture iranienne (APCI), se dit « déçu » de cette position réservée du Conseil. « en défendant fermement les libertés et les droits des iraniens, ce sont nos libertés et nos droits en tant qu’européens qu’on défend » et d’ajouter « le régime (iranien) en place est un danger… ».

Lien vers le rapport rédigé par Göran LINDBLAD

(Crédit photo : Conseil de l'Europe)