La sensualité passe par le son

Article publié le 27 juin 2011
Article publié le 27 juin 2011
Par Patricia Fridrich Parfois, c’est la musique qui fait le film. Sans paroles, juste l’unité entre son et image, un peu comme dans les vieux films muets où le seul effet spécial consistait dans l’accompagnement par un pianiste, placé à l’avant-plan de l’écran. C’est un peu cette constellation qui est répétée au concert des Tindersticks, à l’occasion du Brussels Film Festival.
Le groupe britannique est venu à Bozar pour présenter les bandes originales qu’il a réalisées pour les films Nénette et Boni, Trouble Every Day (2001), L’Intrus (2004), 35 Rhums (2008) et White Material (2010) de Claire Denis.

Installés sur la scène, les huit musiciens ont apporté une vaste gamme d’instruments : ceux d’un groupe moderne - batterie, piano et guitare électrique – mais aussi les instruments classiques à cordes, la flûte traversière, la trompette, le xylophone et le mélodica. Au fur et à mesure des différentes séquences de film projetées, ils vont tous les utiliser : pour faire sentir le vent dans les cheveux, les rideaux ou les arbres, pour imiter les mouvements de l’eau et pour suivre le chemin d’un RER qui voyage vers la nuit.

Tout comme la musique, l’œil suit les images. On voit Nénette plongée dans une piscine, ses cheveux noirs allants dans tous les sens, son regard absent, pendant qu’une voix de femme, fâchée, l’appelle de loin. On voit son frère Boni vivre ses fantaisies érotiques pour la femme du boulanger. On voit des doigts s’enfoncer dans la crème d’un gâteau, quelqu’un qui manipule une pâte, un joli décolleté qui se penche pour arranger des friandises dans une vitrine.

C’est la sensualité qui domine cet ensemble de son et image. Comme dans une autre scène, tirée du film « Trouble every day », où un couple s’embrasse pendant toute la durée de la chanson. Ou plus tard, quand les bouches des deux amoureux cherchent à se trouver à travers une porte barrée. Fou de désir, l’homme arrache les planches qui le séparent de la femme. Cela va mal se terminer, tourner dans un bain de sang, mais pas comme on l’imagine… Le public est partagé entre dégoût et enthousiasme pour ce premier film « gore » de la réalisatrice française.

Pour ces moments de choc, la musique se tait, nous laisse le temps de respirer. Dans « White Material » elle fait pareil. Aux sons de la flûte traversière, le danger s’annonce tout doucement dans un bois africain… Bientôt, il y aura du meurtre et du pillage; bientôt, l’héroïne du film (Isabelle Huppert) va sombrer dans le désespoir. Qu’est-il arrivé à son fils ? On a vu de jeunes guérilleros le poursuivre, l’attraper par les cheveux. Puis, silence, coupe. Ce ne sont pas des scènes faciles à voir. Elles nous dérangent autant qu’elles nous fascinent.

Peu avant la fin du concert, le chanteur du groupe, Stuart A. Staples, prend la parole pour saluer et remercier Claire Denis. Elle s’est discrètement glissée parmi le public – peut-être pour contempler avec les yeux d’un spectateur le résultat de cette longue et très fructueuse coopération.