La sénatrice Temmerman et la crise belge: « Les gens craignent plus l’absence de sexe! »

Article publié le 14 février 2011
Article publié le 14 février 2011
La Belgique, pays du nord tranquille, avec sa bière parfaite, ses chocolateries de luxe et ses bâtiments institutionnels, va bientôt surpasser l’Irak avec le vide gouvernemental le plus long de l’histoire récente. Après huit mois d’angoisse et de négociations interminables, une sénatrice social-démocrate flamande en appelle aux instincts : « Fini le sexe jusqu’à ce qu’on trouve un accord ! ».
Interview exclusive de Marleen Temmerman.

La Belgique a le dos au mur: l’absence de gouvernement et le danger de sécession sont les principales clés d’un drame politique qui peut entrer dans l’Histoire. Malgré l’envergure du problème, on ressent un grand sens de l’humour à l’autre bout du fil. Dès la première réponse, la sénatrice socialiste, Marleen Temmerman, balaye tout le caractère officiel. Nous avons découvert le pourquoi et le comment de sa proposition loufoque grâce à trois questions.

cafebabel.com: Pensez-vous que les femmes belges respecteront la grève proposée ?

Marleen Temmerman : J’espère bien que non ! Ce n’est qu’une plaisanterie pour les médias. Cela fait huit mois que la Belgique n’a pas de gouvernement et beaucoup de choses ont été essayées : différents intermédiaires, différentes stratégies, des manifestations… Que pouvons-nous faire de plus ? De temps en temps, nous avons besoin d’un peu d’humour et de laisser le cynisme de côté; il y a environ un mois, j’ai donc parlé de mon idée à mes collaborateurs. Nous avons tellement ri que plusieurs d’entre eux ont proposé de rendre cela public. J’ai donc écrit une colonne dans un journal et les répercussions se sont étendues aux médias internationaux ! Nous n’aurions jamais imaginé que cela prendrait une telle ampleur.

cafebabel.com : Et comment l’idée vous est-elle venue ?

A voir sur cafebabel.com : les visages de l'unité défilent à Bruxelles

Marleen Temmerman : J’ai eu cette idée parce que j’ai travaillé de nombreuses années au Kenya. Là-bas, il y a eu une paralysie politique terrible entre 2008 et 2009. Quelqu’un a donc eu l’idée de proposer à la radio et à la télévision une grève du sexe pour forcer les politiques à parvenir à un accord. Ce qui, au début, n’était qu’une simple plaisanterie, s’est propagé dans tout le pays : beaucoup de femmes, fiancées, épouses et même prostituées, se sont mises en colère et en ont eu assez de la situation. Elles ont donc utilisé l’absence de sexe pour les hommes pendant une semaine comme moyen de pression.

cafebabel.com : Croyez-vous que les pulsions sexuelles aient un rapport avec la passion politique ?

Marleen Temmerman : Non, je ne crois pas, tout du moins pas dans nos pays. C’est peut-être le cas ailleurs. Si tu veux enquêter sur le phénomène, il y a une campagne qui est apparue sur facebook pour voir jusqu’à quel point le sexe peut détendre les politiques. La grève sexuelle n’est ni plus ni moins qu’une plaisanterie, une plaisanterie thérapeutique ! Comme ça, les gens parlent de ce qu’il se passe en Belgique et en plaisantent sur internet. Le mois dernier, l’acteur Benoît Poelvoorde a proposé aux Belges de se laisser pousser la barbe jusqu’à ce que les forces politiques créent un gouvernement. Son idée a eu de bonnes répercussions nationales et aussi internationales, mais rien de comparable à la grève du sexe. Cela prouve que les gens craignent plus l’absence de sexe que de se laisser pousser la barbe…

Photo: Une : (cc)MHorama/Flickr - ©Nikolas Konstantin; © Guy Goossens/courtoisie de Marleen Temmerman