La scène florissante de l'art contemporain de Shanghai, indicateur urbain du développement du « Soft Power » chinois

Article publié le 30 novembre 2017
Article publié le 30 novembre 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Alors que la ville de Shanghai est en passe de devenir l’endroit privilégié des foires d’art, des galeries et des musées de renommée internationale, à l’instar du Centre Pompidou en France dont l’ouverture d’une antenne dans le quartier artistique émergeant du West Bund est prévue pour 2019, le soft power chinois se développe lui aussi. 

On peut comparer la scène artistique et culturelle florissante de Shanghai (dont l'ouverture en 2018 du West Bund Art Museum, conçu par le célèbre architecte David Chipperfeld, contribue, selon Lisa Movius, à une expansion accrue des musées d’art) aux années grisantes qui ont marqué la ville de New-York alors qu’elle imposait sa marque sur l’échiquier international de la création culturelle et de la consommation d’art pendant et après la première moitié du 20ème siècle. Ce regain de développement de la scène culturelle locale de Shanghai, qui a connu une accélération ces cinq dernières années, peut s'expliquer par une dynamique de recentrage de l’Asie sur ses relations internationales, comme nous le montre Francis Alÿs dans sa carte du monde dans laquelle il représente un réseau de flux de transports reliant Shanghai, Seoul, Hong Kong et Singapour avec le reste du monde globalisé.

En d’autres termes, on présume que l’essor de la scène de l'art contemporain à Shanghai s’intègre dans une politique de soft power chinois à un moment où l’aide internationale que fournit la Chine est devenue l’une des sources d’assistance aux pays en développement la plus importante et la plus efficace du monde, tandis que les pays occidentaux peinent à fournir des fonds suffisants pour les organisations caritatives. A l’instar de la carte des connexions des transport régionaux d’Alÿs, l’aide que fournit la Chine favorise le renforcement des liens Sud-Sud, s’abstient de toute forme interventionniste, met l’accent sur les relations bilatérales et se présente sous des formes multiples et variées, comme nous l’indiquent Ron Matthews, Xiaojuan Ping et Li Ling. A l'image de la culture populaire et de ses superproductions cinématographiques, le grand art peut être considéré comme un élément constitutif d’un soft power généralement établi à  l’aide de flux d’investissements, à l’exemple des liquidités injectées par des groupes de médias chinois dans la Paramount Pictures, dont le montant a été estimé à 1 milliard de dollars d’après le rapport d’Eleanor Albert.

De même, les expositions d’art internationales peuvent fortifier la présence culturelle qu’un pays projette à l’international, à l’exemple de l’exposition allemande Deutschland 8 : German Art in China qui s’est déroulée durant les mois de septembre et d'octobre 2017 dans différents lieux de Pékin avec le soutien de la fondation Stiftung für Kunst und Kultur. Pendant les périodes de tensions mondiales en particulier, les musées d’art, les instituts culturels et les organismes à but non-lucratif deviennent des lieux où il convient de réfléchir à la transformation des relations culturelles internationales, comme le suggère Catherine Hickley. Par exemple, les pays ou les blocs régionaux peuvent exercer leur soft power en présentant des œuvres d’art, en élargissant leur aide internationale et en amplifiant l’envergure internationale de leurs centres métropolitains, comme l'évoque Artem Patalakh dans son article sur le pouvoir culturel de l’Union Européenne. L’Organisation de coopération de Shanghai semble également promouvoir le soft power chinois en poursuivant des objectifs pragmatiques dans ses activités internationales, comme le montre l’étude sur la stratégie de la Chine en Asie Centrale de Valérie Niquet.

Dans cette optique, l’essor d’institutions, d’événements et de musées d’art contemporains à Shanghai reflète la modernisation de la culture chinoise dans le sillage du développement économique de la Chine; un essor également susceptible d’entraîner l'expansion internationale de son soft power, comme l’argumentent Xing Yu Zhu et Abdul Razaque Chhachhar dans leur étude ethnographique de la modernisation de la politique chinoise vers le confucianisme.

Crédit image : Biennale de Shanghai, 15 Octobre 2008 | © Gary Stevens.

Cet article a d’abord été publié dans Open Culture, 25/11/2017, https://oc.hypotheses.org/656.