La Russie n'a rien à voir avec l'Occident

Article publié le 22 septembre 2014
Article publié le 22 septembre 2014

[Opinion] Il est grand temps de ne plus se faire d’illusions sur Vladimir Poutine qui ne renoncera pas à ses grands rêves de faire revivre l’Empire russe. Ses objectifs politiques sont sans limites et il ne baissera pas les bras avant de tous les réaliser.

Vladimir Poutine rêve de restaurer la Russie comme au temps de la gloire tsariste – personne ne peut en douter. Michel Heller, scientifique et conférencier à l’université de la Sorbonne, déclare même dans son ouvrage Histoire de l’Empire russe qu’il ne peut y avoir de domination russe sans l’Ukraine. Dévorer l’Ukraine permettrait non seulement à la Russie de s’assurer un accès à la Mer Noire et aux richesses minières du pays, mais également de montrer que Moscou est l’héritier légal de la Russie de Kiev (une union historique entre les nations Slaves entre les IXème et XIIIème siècle, ndlr).

« Pourquoi cela vous surprend ? », demande l’Union Européenne

Difficile de percevoir une logique dans quelque chose d’illogique. Cela explique pourquoi l’Occident échoue à  comprendre  les manœuvres de Poutine. La politique du Kremlin vise des objectifs économiques, mais c’est aussi l’ambition d’un orgueil blessé tout comme le désir d’un régime autocratique.  C’est pour cela que les dirigeants de l’UE sont obstinément aveugles aux actes alarmants de la Russie. L’aveuglement et l’absence de jugement affectent plus gravement l’Allemagne et la France, qui refusent de revenir sur les contrats de livraison d’armes qu’ils ont signés. La Grande-Bretagne et les États-Unis qui, aux côtés de la Russie (sic !), sont les garants de l’indépendance de l’Ukraine, souffrent également de cette étrange maladie.

En effet, en 1994, l’Ukraine a été contrainte de dissoudre tout son arsenal militaire en échange d’une indépendance fragile, garantie par les trois plus puissants acteurs politiques internationaux : la Russie (qui n’est alors plus qu’une ombre de l’ancienne Union soviétique), le Royaume-Uni (représentant européen), et les États-Unis (les gendarmes du monde).  L’Ukraine a-t-elle profité de cette indépendance ? Le convoi humanitaire russe qui est entré récemment sur son territoire a prouvé que le traité de 1994 n’était rien d’autre que de vaines promesses.

La Nouvelle-Russie - l’Empire ressuscité

Les Russes souhaitent reconstruire ce qu’ils appellent la Nouvelle-Russie (Novorossia) – un terme utilisé à la fin du XVIIIème siècle, qui correspond au sud-est de l’Ukraine moderne. En théorie, la Nouvelle-Russie serait indépendante, mais en pratique elle ne serait que la marionnette de Moscou. Pour citer la propagande russe, incorporer un territoire dans la grande Russie, c’est comme ramener les enfants à la maison. Cependant, la conquête aurait aussi une conséquence plus terre à terre, à savoir l’ouverture d’un passage vers Kiev pour l’armée russe. Prendre la capitale ukrainienne, c'est un objectif de longue date pour Poutine et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov

Poutine semble imaginer une Ukraine divisée en deux bandes étroites. Il délaisserait l’Ukraine occidentale ainsi que la Transcarpatie (subdivision administrative dans l'extrême-ouest de l'Ukraine, ndlr) qui ne représentent pas grand intérêt pour lui. Tout comme les tsars russes l’avaient fait avec les terres qui ne les intéressaient pas en Pologne

L’Ukraine libre est-elle possible ?

Que valent encore les promesses faites en 1994 à Budapest par la Grande-Bretagne et les États-Unis ? L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, anciennes républiques soviétiques, pourraient le découvrir plus tôt que prévu. Comme l’Ukraine, les pays baltes, sous-armés, n’ont aucune chance contre la Grande Ourse en cas d'invasion. 

Hélas, les membres de l’UE n’ont pas conscience des faits. Le berceau de la politique russe n’est pas situé en Grèce, à Rome ou dans son ancien empire, ni inventée par la Ligue hanséatique ou les philosophes français. Elle est née en Asie. La Russie a connu des influences mongoles et chinoises pendant des années. Quand la révolution anglaise a eu lieu, les colons russes ont été coupés de l’Occident, occupés à conquérir les vastes terres de Sibérie jusqu’à la côte du Pacifique. Les épreuves de la vie sibérienne ont façonné la culture russe autant que sa politique. Des centaines d’années plus tard, le même esprit autocratique que celui qui régnait en Sibérie, se confond avec le charisme et l’esprit politique qui façonnent aujourd’hui un politicien digne de confiance. Espérons que l'Europe sera autorisé à faire encore quelques grandes erreurs, car nous ne devons pas oublier que l’Ukraine sera la prochaine proie de la Grande Ourse comme l’Abkhazie, l’Ossétie et la Géorgie l’ont été. À bon entendeur salut – même l’Allemagne devrait être sur ses gardes. Qui sait, la plus petite des communautés russes d’une minuscule ville allemande pourrait tout à coup se sentir discriminée et demander de l’aide à sa chère patrie.