La Roumanie dans le vent

Article publié le 18 juin 2008
Article publié le 18 juin 2008

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’énergie éolienne fournit déjà 6 % de la consommation d’électricité en Allemagne, 9 % en Espagne et près d’un cinquième de la consommation totale du Danemark. Le vent souffle aussi en Roumanie, qui tente depuis 4 ans d’entrer sur ce nouveau marché prometteur.

Contrairement aux idées reçues, la Roumanie n’est pas novice dans le domaine des énergies alternatives. Au fil des fleuves et des rivières, son vaste réseau fluvial diversifié a en effet permis la construction de nombreux sites hydroélectriques. Sur la rivière Olt, par exemple, plus de trente centrales sont en activité. La plus grande d’entre elles et la plus productive, gérée en partenariat avec la Serbie, se situe aux « Portile de fier » (Les portes de fer) sur les rives du Danube.

(Photo: Florin Lipan)Cet ouvrage fournit près 34 % de la production d’électricité des deux pays. Néanmoins, il y a encore quelques années, dans le paysage roumain, les parcs d’éoliennes brillaient par leur absence. Bien que les régions les plus propices à ce type d’énergie se trouvent sur les bords de la Mer Noire ou plus au Nord, en altitude, dans les Carpates (comme le laissent entendre les experts de la Météorologie nationale), c’est à l’intérieur du pays, près de la ville de Ploiesti que la première station opérationnelle a été ouverte.

Coup d’essai expérimental

En jetant, un bref coup d’œil sur les quatre éoliennes à proximité de la pittoresque bourgade de Tureni, le conducteur du bus semble à peine étonné. « L’Europe est devenue une réalité pour nous. A la fin, il nous faut suivre le mouvement. » Composée en majeure partie de Roumains et de Hongrois, Tureni est une petite commune située à 20 kilomètres environ de Cluj-Napoca, le chef-lieu du Judet (Division territoriale roumaine). En entrant dans le village, la pauvreté générale qui y règne est la première chose qui vous saute aux yeux. A tout prendre, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’avant les éoliennes, la population aurait surtout besoin de rues pavées et de canalisations d’égouts.

L’agriculture demeure la principale activité de la région comme le montre avec éloquence l’état de saleté des routes. Ici, le cheval est toujours utilisé comme moyen de transport. Malgré tout, face aux visiteurs, les habitants, non sans fierté, s’affichent comme d’ardents défenseurs des éoliennes. Les turbines qui se dressent sur une colline adjacente au village ne sont pourtant accessibles que par une route pleine de gadoue.

Loin des alpages

(Photo:Florin Lipan)

Il y a neuf mois maintenant que le parc a été mis en service par d’eMarket SRL un groupe d’investisseurs locaux. Depuis cette date, seule une des quatre turbines est tombée en panne, en raison d’un dysfonctionnement. Mais les trois autres attendent encore les autorisations administratives nécessaires (paperasserie oblige), pour être enfin raccordées au réseau national de distribution et pouvoir ainsi commencer à fournir de l’électricité.

Pour sa part, dans un entretien accordé à l’Agenda Clujeana, Marius Sanda, le chef du Centre de météorologie régionale de la ville de Cluj estime que dans la région, l’énergie éolienne ne peut être rentable que le long des chaînes de montagne. Or, Tureni ne se situe pas vraiment dans les alpages. Néanmoins, le quotidien Informatio de Cluj annonce qu’Octavian Manasireanu, un investisseur local a décidé de faire faire un bond à la production de son petit parc d’éoliennes en passant d’une modeste capacité de 0,3 MWh à une puissance plus substantielle de 2,5 MWh. « Nous avons déjà monté le projet. Nous attendons maintenant les autorisations légales dont nous avons besoin et espérons voir toutes les turbines en action d’ici un à deux ans… »

(Photo: Florin Lipan)Mais, les villageois ne paraissent pas impressionnés par ces nouvelles installations. « Ce ne sont pas ces quatre éoliennes qui vont alléger nos factures d’électricité », me confie un ancien. « Nous n’en profiterons pas. Du moins pas de notre vivant…», reconnait un autre villageois. Bien que ce soit avant tout le profit qui motive les investisseurs, les gens sont conscients des bienfaits de l’énergie éolienne et aimeraient vraiment passer à ces énergies de remplacement. Georghe Surd, le maire du village, est sincère et reste très honnête face à la réalité d’une telle situation. Sa commune ne s’est pas engagée dans le projet. Les turbines ne sont là qu’à titre expérimental. « Avez-vous vu quelque part un point de stockage ? Il n’y en a pas. »

Une région plus prometteuse

A 50 kilomètres de là, près de Marisel, plus haut dans les Carpathes occidentales, souffle un vent de changement beaucoup plus prometteur. Une compagnie locale (Ramina.eol SRL) en partenariat avec E.O N Energie et le constructeur d’éoliennes Nordex a investi 61,2 millions d’euros dans l’installation de l’un des plus grands parcs d’éoliennes du pays. Le projet vise à produire 45 MWh grâce au travail de 18 turbines d’une capacité de 2,5 MWh par unité.

(Photo:Florin Lipan)C’est au plus tôt en 2010 que le parc deviendra pleinement opérationnel. Toader Gherman, un représentant de la société Ramina.eol présente ce projet sur son site : « Depuis longtemps, nous croyons en l’avenir des énergies douces et anticipons leur développement en cherchant les endroits appropriés à leur mise en place. En tenant compte du coût des investissements que de tels projets supposent, il n’est pas permis de faire des choix à la légère. »

En jetant son dévolu sur un lieu aussi isolé que Marisel, les investisseurs du projet ont du nouer de solides liens avec la communauté locale. Environ 11 % des recettes seront reversés à la commune et le contrat stipule que les investisseurs s’engagent aussi à moderniser la route qui mène au parc d’éoliennes, à rénover et à équiper l’école du village, la crèche et le dispensaire médical, à construire un centre culturel et même un écomusée de l’éolienne. Ainsi, pour que le projet puisse voir le jour, la commune de Marisel a fini par céder 100 hectares de son territoire pour une durée de 49 ans. Après un si généreux engagement, un vent de prospérité durable va pouvoir enfin commencer à souffler là-haut sur les pentes des Carpates.