La révolution macédonienne sous toutes ses couleurs

Article publié le 6 septembre 2016
Article publié le 6 septembre 2016

[OPINION] Ces derniers mois, Skopje, la capitale de la Macédoine, se voit recouverte de couleurs criardes alors que des milliers de personnes manifestent quotidiennement dans ses rues et dans d'autres villes à travers tout le pays. 

Pour la toute première fois depuis 1991, date qui marqua l'indépendance de la Macédoine de l'ex-Yougoslavie, nous assistons à des manifestations de citoyens macédoniens de tous sexes, de tous âges et de toutes ethnies confondus, défilant dans les rues de Skopje entre autres, motivés par une entente commune. Par ces manifestations, ce sont autant de personnes qui créent une atmosphère euphorisante et un désir de changement positif.

Révéler les couleurs à travers le prisme

Les manifestations ont éclaté le 12 avril 2016, après que le président du pays, Gjorge Ivanov, ait annoncé que plus de 50 officiels impliqués dans un scandale de mises sur écoute seraient officiellement graciés, mais également que l'enquête en cours sur ces écoutes téléphoniques présumées illégales instiguée par le gouvernement lui-même serait suspendue.

Cette décision a marqué la fin des investigations cruciales du ministère public spécial chargé de l'enquête, enquête qui lui a permis d'examiner des scandales de corruption et des activités criminelles commis par des élites politiques au pouvoir. Le ministère public étant considéré comme l'unique lueur d’espoir pour le futur du pays, il était de la plus haute importance de préserver cet organe en tant qu'institution compétente et de continuer le combat en faveur de la démocratie et de la bonne application de la loi.

Au fil du temps, les manifestations se sont progressivement muées en un mouvement révolutionnaire dont le but était de mettre en lumière et de réviser les notions d'indépendance, d'action citoyenne et de responsabilité collective dans l'esprit d'une majorité de Macédoniens. Tout mouvement initié par les citoyens comportent ses propres périodes charnières : celui en cours en Macédoine est marqué par l'utilisation d'un panache de couleurs qui éclabousse les murs des villes, ou de taches de paintball sur les monuments, statues et immeubles érigés pendant le projet Skopje 2014, un plan de réhabilitation à l'échelle urbaine géré par le gouvernement et qui a provoqué la controverse du fait de son coût excessif.

Le dégoût et la colère manifestés par les contestataires sont consécutifs d'une décennie de gouvernance par l'aile droite ultranationaliste. Ces protestations sont le moyen d’exiger une refonte de la société macédonienne. L’activisme quotidien s’est accru au point de devenir un phénomène d’un niveau jamais atteint jusqu’ici dans ce pays d’ex-Yougoslavie dont les citoyens n’ont que peu de pratique. D’où l’avènement de la Révolution des Couleurs.

Un mouvement initié par les jeunes mais ouvert à tous

Au final, cette révolution n’avait pas seulement une unique raison d’être, mais une dizaine d’enjeux politiques et sociaux qui ont atteint un paroxysme en termes de mécontentement  cumulé ces deux dernières décennies. On peut citer les inégalités sociales galopantes, le système judiciaire sélectif et les emprisonnements politiques, l’émigration des jeunes incontrôlables, la liberté de parole et d'expression bâillonnée, les dépenses publiques déraisonnables, le tout couronné de soupçons de fraude électorale par le parti au pouvoir. Une chose est certaine, il est essentiel que ces valeurs en nettes dégradations laissent place à une nouvelle ère.

Les jeunes macédoniens, lycéens et étudiants confondus, sont le porte-voix de cette révolution, mais ils ne sont pas seuls dans leur combat. Ils bénéficient du soutien inconditionnel de leurs familles, d’artistes, de professeurs d’université, d’experts, d’ONG, de militants, des communautés d’expatriés macédoniens et de citoyens lambda qui en ont assez de cette décennie d’un régime despotique.

Toutefois, en 2015, les étudiants étaient seuls à l'initiative d'un changement longtemps espéré en créant des zones autonomes sur les campus du pays et en osant critiquer les échecs des réformes dans l’enseignement supérieur.

La fin d’une utopie ?

Quel plaisir de voir les Macédoniens, tout particulièrement les jeunes, affirmer leurs convictions et leurs idéaux, donner de la voix au nom de la société civile, contre les divergences qui se sont accumulées dans le pays au cours de la période transitoire.

La jeunesse montre de manière sensible qu’elle a des opinions progressistes pour l’avenir de la Macédoine : sa vision est empreinte de sagesse et de bon sens afin de résoudre les enjeux majeurs, son savoir et ses méthodes peuvent se traduire par une mise en pratique réelle et sa détermination peut mener le peuple vers l’avènement d’une société plus juste et meilleure. Si l’avenir est entre les mains de la jeunesse qui croit en la beauté de ses rêves, alors la jeunesse macédonienne peut aisément s’identifier à ce message.