La révolution et la 3D, encore et toujours ?

Article publié le 20 mars 2009
Article publié le 20 mars 2009
L'Amérique du Nord est traversée par une vague très coûteuse de superproductions en 3D, alors que le Vieux continent tricote des films « d’animation participatif »… A l'occasion de la sortie de Monstres contre Aliens le 27 mars, jetons un œil aux nouveautés du cinéma numérique actuel.

Cameron, Katzenberg, Spielberg. Voilà quelques noms inscrits au Panthéon hollywoodien annonçant l’avènement de la 3D comme une révolution, semblable au passage du cinéma muet au cinéma sonore. Certes, le cinéma en trois dimensions nous rappelle les lunettes en plastique rouge et bleu style Futuroscope, symboles d’un changement d’époque annoncé il y a quelques années, mais en somme décevant. Pourtant cette fois, au dire des experts, ça pourrait être la bonne. Au prochain festival de Cannes, en mai 2009, le nouveau film de Pixar, Là-haut, lancera les hostilités cinématographiques. Tout le gratin en robes de soirée et lunettes 3D.

Pour un film porno en 3D

La 3D plaît beaucoup aux majors, les cinq compagnies de production les plus importantes à Hollywood, qui y ont investi de grosses sommes d'argent. Le film Avatar de James Cameron, dont la sortie est prévue en décembre 2009, ne coûtera pas moins de 200 millions de dollars. Parmi les autres superproductions annoncées, on retrouve Monstres contre Aliens, Shreck 4, Madagascar 3, Ice Age 3, Final Fantasy 4, Tron 2.0, Pirates des Caraïbes 4, et Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton.

(Futur Film Festival)

Pour les maisons de production, la 3D représente la frontière technologique la plus avancée pour combattre les pirates qui ne peuvent techniquement pas copier ces films. En plus, la 3D permet de réduire les coûts de distribution, de sortie et de stockage des exemplaires. L’innovation promet également une modernisation des salles qui se convertiront en pôles multimédia pour la projection d’événements sportifs et de concerts en 3D. Viendront ensuite des home cinéma 3D, avec la possibilité d'en arriver à des systèmes de projection holographique. Si nous tenons compte du fait que l’industrie du porno se bouscule, et que la société Luxottica travaille actuellement sur des lunettes de soleil avec lentilles adaptées au cinéma 3D, le « cercle vicieux » est enclenché.

Pauvres, mais créatifs

Selon le futurologue Bruce Sterling (considéré comme l’un des pères du cyberpunk, ndlr), pirater un film pourrait nous coûter très cher dans un monde numérique dans lequel les investisseurs, notamment américains, jouent de grosses sommes d'argent et ont le porte-monnaie disuasif. Sterling soutient même l’existence d’un scénario alternatif : un cinéma de haute technologie mais un peu anarchique grâce aux possibilités d’une mise en réseau. L’effet Youtube appliqué à la semaine des Arts où tout le monde, avec un peu d’argent, peut s’improviser réalisateur. Le cinéma 2.0, participatif, développé au moyen de logiciels libres, avec story-board collectifs et certaines étapes de la production confiées à des volontaires, vous projette dans une communauté de passionnés qui en connaissent un rayon.

Il y a ensuite le chemin entrepris par la fondation Blender du Hollandais Ton Roosendaal qui a créé un logicel Open Source pour la modélisation en trois dimensions. Avec déjà deux courts-métrages à son actif, Elephants Dream et plus récemment Big Buck Bunny, la fondation Blender s’est vu décerner le trophée des deux premiers festivals d’animation hollandais en 2008. L’histoire de Blender est assez étonnante : né en tant que produit commercial à la suite de la faillite de la société qui l’avait développé, il renait de ses cendres sous la forme d’un programme libre, disponible pour tous et modifiable gratuitement.

Selon Enrico Valenza, qui a conçu Big Buck Bunny, le potentiel de la modélisation en 3D de Blender est très similaire à celle qu’offre Autodesk Maya, le programme utilisé en grande partie pour des films tels que Le Seigneur des Anneaux et Spiderman. A la différence que derrière les projets de la fondation Blender ne se trouvent pas des masses de dollars, mais bien une communauté d’utilisateurs qui travaillent comme une vraie société de production. C’est un peu la voie européenne du cinéma de haute technologie qui est pauvre, mais créatif.