La révolution de jasmin : un rendez-vous raté pour le Parlement et pour les socialistes européens ?

Article publié le 21 janvier 2011
Article publié le 21 janvier 2011
Par Tania Gisselbrecht La Révolution de Jasmin s’est invitée à l’ordre du jour de la première session de 2011 du Parlement européen (lundi 17 janvier). Si l’évènement a suscité une vague d’enthousiasme, notamment à travers le monde arabe, il aura aussi démontré, une fois de plus, les difficultés que l’Union européenne éprouve pour exister sur la scène internationale.
On attendait du Parlement européen qu’il pousse la Commission à se positionner de manière un peu plus ambitieuse, comme cela avait été le cas après l’expulsion de Roms par la France. A cette occasion, l’intérêt des observateurs s’est aussi rapidement déplacé vers groupe Socialiste et Démocrate. CaféBabel participe au décryptage.

Le groupe des Verts avait proposé d’ inscrire à l’ordre du jour de la session un débat sur la révolution tunisienne en présence de la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères. Mise au vote, cette motion n’a pas recueilli le nombre de voix nécessaire, privant les députés de la possibilité d’adopter une résolution. Curieusement, ce sont les voix du groupe S&D qui ont fait défaut.

L’attitude des Socialistes a laissé bien des observateurs perplexes. Dès mardi soir, Jean Quatremer publiait sur son blog un post relatant les évènements de la journée. Il s’étonnait du fait que les socialistes aient pu joindre leurs voix à celles du PPE et concluait à « l’honneur perdu des socialistes européens ».

Autre facteur de confusion, l’attitude de Martin Schultz, président du groupe S&D quittant l’hémicycle alors que le Président Buzek s’apprêtait à faire une déclaration sur la Tunisie et à appeler ses collègues à observer une minute de silence en faveur des victimes du soulèvement tunisien. Prié nominativement et à deux reprises, de rejoindre sa place, celui-ci n’a pas daigné obtempérer.

CaféBabel a interrogé Hannes Swoboda, vice-Président du groupe S&D sur les raisons justifiant le vote du groupe. Réfutant toutes divisions internes, il nous a expliqué que le vote de lundi était l’expression d’une ligne claire au sein du groupe. Les députés socialistes avaient simplement estimé prématuré de se prononcer. Selon eux, l’heure n’était pas aux remarques d’ordre général. Il est nécessaire d’observer l’évolution de la situation avant de pouvoir se prononcer de manière définitive sur la tournure que prendront les évènements, suite aux premières mesures du gouvernement de transition. La situation fera l’objet d’un vote lors de la prochaine session, a ajouté le député Swoboda. A cette date, les députés auront également eu l’occasion d’en débattre avec la Haute représentante (rencontre prévue le 2 février). N’est-il pas contradictoire de justifier ainsi la position du groupe socialiste tout en déplorant les prises de position timorées de la Commission et du Parlement depuis le début des émeutes qui ont secoué la Tunisie ? Face à la timidité de l’exécutif européen, à la réaction tardive de la présidence du parlement, une résolution même symbolique n’aurait-elle pas constitué un signal fort de l’engagement de l’Union en faveur de la démocratie ? Pour Hannes Swoboda personne ne doute de l’engagement de l’UE en faveur du processus démocratique. Il faut selon lui garder à l’esprit que c’est le courage et la détermination du peuple tunisien qui est à l’origine de cette révolution. Il ne faudrait pas créer l’image d’une Europe capable d’influencer ce processus.

Mercredi, la délégation socialiste française, dirigée par Catherine Trautmann a publié un communiqué de presse par lequel elle semble se démarquer de la position officielle du groupe S&D. « L'absence de parole forte dont fait preuve le Parlement européen à ce jour amène les socialistes français à lancer un appel à la responsabilité de l'Union européenne dans le soutien à la démocratie en Tunisie. Nous souhaitons que l’Union européenne utilise sans délais tous les moyens dont elle dispose pour exprimer sa solidarité avec le processus en marche et promouvoir l’Etat de droit et les libertés politiques. » Les socialistes français se prononcent, notamment, pour une aide financière à la transition démocratique. « La Commission européenne doit octroyer à la Tunisie une enveloppe financière exceptionnelle consacrée à l'assistance juridique, le soutien à la société civile et à la liberté de la presse. »

Catherine Trautmann précise que « Ce qui importe pour la Délégation socialiste française, au regard de ce que représente la Tunisie pour le Maghreb, et après l’échec du projet euro- Méditerranée, c’est que le Parlement européen et l’Union européenne ne manquent pas cette occasion ».

Même si le contenu de ce communiqué n’accrédite pas de manière explicite l’hypothèse de dissensions internes au sein du groupe parlementaire européen, la volonté des socialistes français de se distinguer tend à prouver que l’attitude « wait and see » du Parlement, dénoncée par les groupes Verts, la Gauche unitaire européenne et l’Alliance des libérales et des démocrates pour l'Europe, n’est pas une position naturelle et évidente pour tous les socialistes européens.