La République tchèque à la présidence de l’UE : un petit qui manque d’ambition ?

Article publié le 5 janvier 2009
Article publié le 5 janvier 2009
Le premier janvier dernier, la France a passé le relaie de la présidence européenne à la Tchéquie. Vaclav Klaus, son chef d’Etat, est bien connu pour une attitude fort peu sympathique à l’égard de l’Europe. Et les commentaires vont bon train.

« Une victoire de la liberté et de la raison sur les projets artificiels des élites et la bureaucratie européenne ». C’est en ces termes que le président Vaclav Klaus avait accueilli le « non » des électeurs irlandais le 13 juin dernier, lors du référendum sur le traité de Lisbonne (qui prévoie de rationaliser les institutions d’une Europe élargie). La République tchèque devrait ratifier ce même traité lors du premier semestre de l’année 2009. Pourtant, les luttes sociales sur le front domestique risquent bien de détourner l’attention des négociations avec l’Irlande justement, et du rôle européen du nouveau président de l’Europe des 27. Car qu’il le veuille ou non, depuis le 1er janvier, Vaclav Klaus est le nouveau porte-parole de l’UE.

« En parlant aux membres du gouvernement, j’ai le sentiment qu’ils veulent simplement y survivre »

Klaus n’est pas sans influence au sein du Parti civique et démocratique (OSD) qu’il a fondé et dont il est, depuis récemment, le président d’honneur. Les membres du parti gouvernemental au parlement tchèque et au sénat avaient en effet renvoyé la patate chaude du traité de Lisbonne à la justice, qui a du trancher sur sa compatibilité avec la constitution nationale. Le traité a finalement eu le feu vert constitutionnel le 26 novembre dernier. Le premier ministre Mirek Topolanek, qui n’est pourtant pas son défenseur le plus ardent, est bien déterminé à porter ce traité jusqu’à son approbation finale. Cependant, il met aussi en garde contre les pressions trop fortes exercées pour accélérer le processus, puisqu’il n’est pas sûr momentanément de pouvoir garantir le soutien de tout le parti ODS.

(Vlastula/flickr)

Le principal parti de l’opposition, le CSSD, d’autre part, insiste lourdement pour la ratification rapide du traité de Lisbonne par voie parlementaire. Son leader Jiri Paroubek menace de rendre la vie de l’ODS impossible si ce dernier n’arrive pas à faire approuver le texte. L’ODS a subi une sévère défaite électorale en octobre dernier lors des élections régionales et du sénat et négocie une trêve des affrontements avec le CSSD pour la durée de la présidence européenne. Cependant, pour Paroubek, il est clair que si les deux partis arrivent à un point d’entente sur la question du traité, il n’est pas question d’une réconciliation : « Cela n’exclurait pas la possibilité d’initier un vote de défiance pendant la présidence », a-t-il même précisé le 12 décembre dernier. 

Une petite présidence à la « slovène » ?

(Bertelsmann Stiftung/flickr)Le président tchèque doute qu’un petit pays comme le sien puisse avoir une influence sur le cours des événements au sein de l’Union européenne. « Vous savez comme moi que personne n’a remarqué que la petite Slovénie a présidé l’UE la première moitié de l’année 2008 », a-t-il même fait remarquer lors d’un show télévisé, Sunday Match, sur la première chaîne tchèque, le 26 octobre dernier. 

La présidence slovène a été généralement considérée avec succès. Elle a permis de maintenir la paix et la stabilité dans les Balkans de l’ouest, suite à la déclaration d’indépendance du Kosovo en février. « Les petits pays peuvent réussir à faire faire des compromis au niveau européen plus facilement, puisque leur agenda national est moins chargé que celui des pays plus puissants », a estimé à ce propos le porte parole Anže Logar, en juin dernier. 

(LinksmanJD/flickr)Cependant, il existe bien un risque : la Russie par exemple, comme les autres grandes puissances mondiales, ne prendront peut être pas la petite République tchèque au sérieux. Certains pensent même que si le conflit entre la Géorgie et la Russie de l’été dernier avait eu lieu pendant la présidence tchèque, Moscou aurait refusé de négocier. Les relations entre la Russie et la Tchéquie sont entachées : le Kremlin a réagi avec colère quand Prague a signé l’accord pour le stationnement des missiles radars américains sur son sol tchèque. L’UE négocie actuellement un nouveau partenariat et un accord de coopération avec Moscou. Le Français Nicolas Sarkozy, lors du sommet EU-Russie à Nice, en novembre dernier, a supporté l’idée du président russe Dmitri Medvedev d’un système de sécurité paneuropéen. Et a ainsi condamné les plans américains. Le prochain sommet EU-Russie sera tenu sous présidence tchèque. Cependant, le gouvernement ne semble pas avoir envie de suivre le ton chaleureux choisi par Sarkozy. « 40 ans sous domination soviétique ne laisse pas de marbre », a d’ailleurs dit au New York Times, le ministre des affaires étrangères tchèque Karel Schwarzenberg. 

Enfin, de toutes évidences, reprendre la présidence européenne des mains de la France n’est pas tâche facile. « En parlant aux membres du gouvernement, j’ai le sentiment qu’ils veulent simplement y survivre », commente David Král, le président de l’Institut pour une politique européenne (Europeum) à Prague, le 11 septembre dernier. Cependant, les politiciens slovènes le disent : une motivation du feu de dieu est le principal critère de réussite. Ceux qui pensent que la Tchéquie n’est pas prête et n’a pas les épaules pour tracter l’UE ont sûrement raison. Mais ce n’est sûrement pas car le pays est trop petit, ou relativement neuf dans la saga européenne. Disons plutôt qu’il manque d’ambition.