La rencontre Leterme - Barroso : la Présidence tournante belge à la sauce lisboète

Article publié le 28 mai 2010
Article publié le 28 mai 2010
Par Julien Thomas Ce mercredi 26 mai 2010, le premier ministre belge Yves Leterme a rencontré le président de l’exécutif européen, Jose Manuel Barroso. L’objectif officiel de la rencontre était de discuter de l’avancement de la préparation belge. Compte-rendu d’une quasi-passation de pouvoir historique entre deux hommes, et surtout entre la présidence tournante et les autres exécutifs européens.

Un gouvernement en affaires courantes n’affaiblira pas une Présidence belge

D’entrée de jeu, Barroso se félicite évidemment de la réussite de la rencontre. Ecartant toute inquiétude à l’idée d’une présidence tournante menée par une Belgique en pleine période électorale, il rappelle d’ailleurs que le pays prend les rennes de la présidence tournante pour la douzième fois. Et que donc en matière d’expérience et de fonctionnaires qualifiés, aucune n’ombre pointe à l’horizon. Le Premier ministre belge précisera qu’en outre « la Belgique a déjà exercé une telle présidence en 1981 en période électorale ». Certes mais l’existence même du petit pays ne paraissait pas en jeu à l’époque.

Les deux dirigeants rappellent aussi le fort consensus sur l’Europe au sein des partis politiques belges. Pour une fois qu’une idée emporte l’adhésion dans tout le lanterneau belge… Yves Leterme explique aussi que les entités fédérées , par leurs compétences, porteront aussi le projet belge : c’est par exemple la ministre flamande de l’environnement qui présidera le prochain conseil de l’environnement

Une Présidence effacée, telle est l’interprétation belge.

L’horloge indique 14h35 quand Yves Leterme et Manuel Barroso se présentent devant le parterre de journalistes. Le contraste entre les deux hommes saute immédiatement aux yeux. L’homme qui ne deviendra bientôt un simple député de Flandre Occidentale ne cache pas ses traits tirés. Usé, pâle, il tente un faible sourire. Allure altière, le Portugais, lui, balaie l’assemblée d’un sourire victorieux. Le contraste est saisissant. A y regarder de plus près, le spectateur attentif peut observer une véritable passation de pouvoir. Jose Manuel Barroso soulignera tout le bien qu’il pense de la rencontre avec le Premier ministre belge, ainsi que sa certitude du succès de la présidence belge de l'UE. Yves Leterme, qui garde la tête baissé durant tout ce discours prend alors la parole.

Ses premiers mots expliquent le sourire portugais. En effet, le chef du gouvernement répète ce qu’il a déjà dit avant : la Belgique entend respecter et procéder totalement à l’instauration du Traité de Lisbonne. « Il faut laisser l’action et l’espace aux institutions européennes, la Commission, le Parlement et le Conseil européen. Nous essayerons de les aider le plus possible. » Une présidence tournante qui s’efface donc, telle est l’interprétation belge. Et peut-être une véritable révolution. La présidence espagnole avait pourtant continué dans le sillage français en essayant de peser le plus possible... « Oui, mais il s’agissait d’une présidence de transition » balaie Yves Leterme.

L’application des 5 priorités de la Présidence belge dépendront aussi de l’actualité

Le Premier ministre belge a rappelé les 5 priorités de la présidence tournante prochaine. Premièrement il s’agira de superviser et aider à la sortie de la crise financière. Il reste effectivement à aider la mise en place d’un minimum de gouvernance économique voulue par La Commission comme le Parlement. En second lieu, la lutte contre la pauvreté et la promotion de la cohésion sociale sont au programme. L’axe environnemental est également signalé. Le quatrième point concerne tout les dossiers liés à la politique extérieure. Leterme approfondit : « Il y a toute une série de programmes à continuer, tels le programme de Stockholm, les dossiers liés aux candidatures d’adhésion et bien sûr la mise en place du service d’action extérieure. »

Un service imaginé par le Traité de Lisbonne et que la Belgique espère aider à mettre sur pied le plus rapidement possible. Une tâche ardue puisque ce service suscite bien des convoitises… Alors que le Président de la Commission dispute avec passion à la Représentante des affaires extérieurs, Catherine Ashton, la souveraineté finale de ce nouveau service, les Etats membres essaient également d’y obtenir le plus d’influence.

Conclusion : La Belgique abandonne le leadership aux autres exécutifs

La Belgique avait prévenu bien avant l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Pour elle, ce texte met la présidence tournante au service des autres. Elle confirme encore officiellement, si besoin était, qu’elle tiendra parole. Les autres ? Le Premier ministre pense surtout aux autres exécutifs : la Commission européenne et le Conseil européen, c'est-à-dire les autres chefs d’Etat. En clair, La rue de la Loi abandonne officiellement le leadership sur l’Europe. Cette vision d’une présidence tournante est partagée par beaucoup de petits pays qui n’apprécient guère que le choix inverse des grands pays comme la France ou l’Espagne. Mais au fond, à l’image de l’élection de Herman Van Rompuy, dans les coulisses, ces grands pays décident bien actuellement de grandes lignes.

Le retrait belge confirmerait bien cette tendance. Il s’agit bien sûr de la recette belge de la sauce lisboète, pas sûr que les successeurs, en particulier les grandes puissances, suivront cette voie. L’Europe, un peu grippée, continue d’avancer à tâtons sur l’application du Traité de Lisbonne. La Belgique, elle, semble avoir perdu sa voix.