La presse européenne en parle : les émeutes en Grèce

Article publié le 8 décembre 2008
Article publié le 8 décembre 2008
Un policier a abattu un jeune de 15 ans qui aurait jeté des pierres sur une voiture de police, samedi 6 décembre à Athènes. Ces tirs mortels ont déclenché des émeutes dans de nombreuses villes grecques le week-end dernier. Quelles sont les causes de cette violence ?

Ta Nea - Grèce

Le quotidien Ta Nea, généralement critique envers le gouvernement, considère les émeutes comme l'expression du désespoir de la société grecque : « La mort de l'adolescent n'était qu'un prétexte. C'est l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Derrière cette explosion se cache un désespoir intense et contenu. (…) De nombreux jeunes vivent avec le sentiment insupportable qu'il n'y a pas d'avenir, que le futur est une fenêtre condamnée. La violence aveugle guette partout. Les citoyens se retranchent dans leurs maisons et regardent sur leur écran de télévision la guerre qui se déroule devant leurs portes. Internet brise cet isolement. Différents points de vue y apparaissent, et ce qui en ressort est un équilibre de la peur. (…) Ce n'est pas la violence, mais plutôt le désespoir qui semble être la mère de notre histoire. »

(08.12.2008)

(magicasland/flickr)

La Repubblica - Italie

Le quotidien progressiste de gauche La Repubblica attribue la cause des affrontements en Grèce à la crise économique, et met en garde contre de nouvelles violences : « Les graves émeutes qui secouent la Grèce depuis deux jours sont les premières réactions violentes qui s'expriment en Occident en raison de la crise économique et de mesures gouvernementales insuffisantes. (…) L'épisode tragique de samedi (…) doit être perçu en lien avec la crise et les peurs attisées dans les couches les plus fragiles de la société. A cela s'ajoute le fait que l'explosion de violence se déroule sur fond d'institutions extrêmement affaiblies. Le gouvernement de Costas Caramanlis ne conserve la majorité au gouvernement que d'une voix et il est soupçonné de plusieurs graves délits financiers. Les syndicats ont appelé à une grève générale le 10 décembre contre des conditions de travail toujours plus précaires. La journée de mercredi pourrait être déterminante en Grèce : le premier éclat de la tempête économique en Occident. »

(08.12.2008)

Tribune de Genève - Suisse

(Image: magicasland/ Flickr)Le quotidien La Tribune de Genève voit les causes de ces troubles politiques dans une crise plus profonde de la société grecque : « Une violence révélatrice d'un malaise plus profond. La société grecque est en crise. Une crise économique doublée d'une crise des valeurs. (…) Dans le pays, la confiance n'est plus là. A peine un an et demi après son élection, le gouvernement conservateur de Costas Caramanlis fait face à des scandales à répétition. Hier, tous les partis (…) ont condamné l'acte du policier. (…) Après les émeutes, la gauche et le mouvement pour les droits de l'homme et du citoyen ont participé à des manifestations à Athènes et Thessalonique. Mercredi est prévue une grève générale de 24 heures à l'appel des syndicats. Tout le monde attend avec inquiétude cette journée. La mairie d'Athènes a annulé la cérémonie d'allumage de l'arbre de Noël. »

(08.12.2008)

Frankfurter Rundschau - Allemagne

Les actes de violence en Grèce pourraient mettre en difficulté le gouvernement grec, estime le quotidien Frankfurter Rundschau. « On ne pouvait pas vraiment reprocher à la police grecque d'avoir la gâchette facile ces dernières années. Elle s'était surtout montrée patiente face à des membres du mouvement autonome qui trouvent régulièrement l'occasion de mettre en danger le centre d'Athènes, par leurs jets de projectiles et de cocktails Molotov. (…) La stratégie policière défensive a fait ses preuves dans la mesure où aucun individu n'a été sérieusement blessé dans les récents affrontements. C'est pourquoi la mort d'un adolescent de 15 ans atteint par une balle de la police est aujourd'hui un véritable choc. Qu'il s'agisse d'un tragique cas isolé n'en rend pas la situation moins explosive. Les émeutes qui se sont répandues comme un feu de paille dans tout le pays mettent en difficulté le gouvernement. Celui-ci est de toute façon au bord de la rupture après les innombrables scandales. Si les violences devaient continuer, cela risque d'accélérer la chute du Premier ministre conservateur, Costas Caramanlis. »

(08.12.2008)