La présidence Trump : avis de tempête sur les relations entre l'UE et les Etats-Unis ?

Article publié le 17 novembre 2016
Article publié le 17 novembre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les résultats des élections américaines ont du mal à passer. Les Européens réagissent eux aussi. Cette analyse offre une juste perspective de l'impact des élections américaines sur l'alliance américano-européenne. 

L'avènement de Donald Trump comme président des Etats-Unis ont déclenché une avalanche de controverses. Tandis que certaines sont encourageantes, d'autres sont franchement effrayantes. De la part de l'Europe, le sentiment est partagé. D'un côté, le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, a exprimé ses craintes relatives au fait que l'élection de Trump pourrait perturber la relation ancienne que l'Europe entretient avec les Etats-Unis. Angela Merkel, la Chancelière allemande, a affirmé dans son discours de félicitations que sa coopération serait conditionnée au respect par les Etats-Unis de valeurs démocratiques et d'égalité. François Hollande, le président français, a déclaré que la victoire de Trump ouvrait une période d'incertitude pour l'Europe. 

D'un autre côté, des leaders d'extrême-droite, tels que Geert Wilders aux Pays-Bas ont décrit l'élection de Trump comme une "victoire historique", et espèrent que les Pays-Bas suivront le même chemin lors de la prochaine élection. Marine Le Pen, dirigeante de l'extrême-droite française, ont salué "l'émergence d'un monde nouveau". Ce qui demeure incertain, c'est ce qu'il va advenir de la politique étrangère américaine envers l'Europe. Anne Applebaum, dans son édito du Washington Post, pronostique déja la fin de l'OTAN, la fin de l'Union Européenne, et la fin du monde libéral. L'atmosphère générale sur la question est très pessimiste.

Cette anxiété n'est pas complètement infondée, si l'on se penche sur les promesses de campagne très controversées de Trump. L'administration Obama s'est efforcée de renforcer la présence de l'OTAN en Europe, et de soutenir sa défense collective. Mais Trump, lui, a décrit l'OTAN comme une organisation de racket international, et a menacé de ne plus protéger les pays baltes s'ils ne revoyaient pas leurs contributions à la hausse. Le manque de stratégie claire a rendu l'Europe très sceptique sur sa posture en matière de sécurité. 

Obama a poursuivi l'action entamée avec le North Atlantic Free Trade Agreement (Accord de Libre-Echange Nord Américain, ou ALENA, conclu en 1994 par le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, ndlr), et a négocié des accords de libre échange avec la Colombie, le Panama et la Corée du Sud. Si Trump annule l'ALENA, comme il l'a promis lors de sa campagne, la possibilité d'une guerre commerciale avec l'Europe n'est plus si improbable. Déja meurtrie par une croissance ralentie, l'afflux de réfugiés, et sa lente convalescence suite à la crise de 2008, l'Europe ne peut pas se permettre une nouvelle récession causée par l'abandon d'accords commerciaux. 

Depuis l'invasion de la Crimée et de l'Ukraine par la Russie, les Etats-Unis et l'Europe font front commun contre la Russie. Cette alliance va-t-elle perdurer? L'Union Européenne est très mal à l'aise par rapport à l'admiration que Trump voue à Vladimir Poutine, le président russe, en dépit de ses velléités autoritaires, de son ingérence dans les démocaties d'Europe de l'Est, et de son agressivité envers l'Occident. La position de Trump par rapport à la guerre en Syrie, le réchauffement climatique, et l'immigration suscite beaucoup d'incertitude pour l'alliance Etats-Unis/Union Européenne.

Tandis que certains sont convaincus que l'Europe est condamnée, d'autres pensent au contraire que l'élection de Trump est un signal d'alarme, qui vise à pousser l'UE à faire son introspection, et à essayer de résoudre ses problèmes, et d'autres encore disent qu'il n'y a pas à s'inquiéter. Dans son dernier article du Financial Times, Francis Fukuyama, politologue célèbre pour son article sur "la Fin de l'Histoire", explique que l'élection de Trump signifie la fin du symbole démocratique porté par les Etats-Unis aux yeux du monde, et surtout aux yeux des gouvernements autoritaires, et la décrit comme "un changement de cap, d'un libéralisme internationaliste, vers un nationalisme populiste." Il décrit les tendances isolationnistes de Trump comme un risque pour l'Amérique de se renfermer sur elle-même, sans tenir compte du monde extérieur. Quelles conséquences cela pourrait avoir sur l'Europe ?

Selon Roger Buch, professeur de Sciences Politiques à l'Université d'Aarhus au Danemark, et un des sociologues les plus repris dans les médias danois, il est trop tôt pour se laisser aller à la panique et pour faire des pronostics pessimistes sur la politique de Trump. Au sujet de l'OTAN, il explique qu'il "y a des institutions, des systèmes et des lois qui lient l'OTAN, les états et la société internationale, qui pourrait rendre difficiles l'application des changements qu'il promet. Trump ne peut pas forcer les états à augmenter leurs contributions." Il fait allusion à l'incapacité d'Obama de fermer la prison de Guantanamo, et celle de déporter 250 personnes en 2012, à cause des lois américaines. Selon Buch, le possible retrait des Etats-Unis des Accords de Paris (accords pris suite à la COP21 en 2015, relatifs à l'environnement, ndlr), quoique dommage, n'aurait pas beaucoup d'effets, puisque les marchés aideront. "Beaucoup de choses peuvent se produire, peu importe qui les supprime, ou quel accord international nous pouvons avoir, à cause des marchés," dit-il. 

Dans le domaine commercial, Buch doute fortement que Trump veuille démarrer une guerre commerciale avec l'Europe, puisque cela affecterait les deux parties de manière très négative. De façon générale, Buch pense que Trump ne peut pas s'opposer à d'autres pays, ni lancer un réaménagement de l'ordre international, puisque les Etats-Unis bénéficient de ces alliances, comme en Europe. Toutefois, il approuve l'argument de Fukuyama, selon lequel la plus grande menace pour la démocratie libérale n'est pas un type de gouvernement autoritaire, comme la Chine ou la Russie, mais bien la démocratie occidentale. "Si l'on se penche sur les 70 années qui nous précèdent, on peut voir comment la Russie et la Chine se sont détachées de la dictature ; des anciens pays d'Europe de l'Est sont devenus des démocraties, mais le risque de revenir en arrière existe toujours, il suffit de regarder l'histoire européenne récente. Mais encore une fois, des politiciens nationalistes comme Trump ou Marine Le Pen pourraient-ils revenir sur des siècles de démocratie ? Nous devons rester vigilants, mais il n'y a pas à s'inquiéter. A cause de la mondialisation, nous sommes tous reliés les uns avec les autres."

Selon Lars Koldbaek, politologue à Aarhus, le principal souci de l'UE est de savoir si Trump va renier ses engagements de défense collective, le fameux article 5 de l'OTAN qui oblige les Etats-Unis à venir en aide aux autres membres si l'un d'entre eux subit une attaque par un non-membre. En cas de dénonciation de cet engagement, c'est l'ensemble de l'alliance qui est remise en cause. Cela risque de causer beaucoup de tensions entre les Etats-Unis et l'Union Européenne, et aura des conséquences sur le maintien de la paix et sur la sécurité internationale.  

Avec la victoire de Trump, les conséquences du Brexit et l'émergence de discours populistes aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, la stabilité européenne semble au bord de la rupture. Entretemps, on ne peut qu'attendre la prochaine manoeuvre de Trump.