La Pologne risque l'isolement en Europe

Article publié le 3 novembre 2005
Article publié le 3 novembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’arrivée au pouvoir du président conservateur et nationaliste Lech Kaczyski et le gouvernement minoritaire, susceptible d’ouvrir la porte à une alliance avec l’extrême droite, bousculent l’avenir de la Pologne au sein des 25.

Pendant des siècles, la Pologne s'est habituée au pire : ses habitants sont accoutumés à se soumettre presque automatiquement à une sorte de martyre terrestre en vue d’obtenir le salut céleste qu’ils sont convaincus de mériter. Il était donc inévitable que les Polonais s’enfoncent aujourd’hui dans un trou noir politique, un an pile après leur entrée dans l’Union européenne, leur plus grande opportunité après un demi-siècle de communisme.

Ce dimanche 23 octobre, lors du second tour des élections présidentielles, Lech Kaczyski du parti Droit et Justice (PiS), maire catholique et xénophobe de Varsovie, et leader d’une coalition entre le centre droit et la droite populiste, l’a emporté sur Donald Tusk, candidat libéral et progressiste du parti de la Plate-forme civique (PO). Résultat : 54.04% des voix contre 45.96%. Et ce alors que Donald Tusk menait au premier tour.

Le secret de ce succès

Alors qu’est-ce qui n’a pas fonctionné lors de ce second scrutin ? Rien. Qu’est-ce qui a fait peser la balance en faveur de Kaczyski ? La réponse tient dans le ratissage des votes de l’extrême droite. Les deux artisans de ce succès ? Andrzej Lepper, leader du parti nationaliste Samoobrone et le Père Tadeusz Rydzyk, directeur de Radio Maryja. En Pologne, radio Maryja est une radio catholique intégriste écoutée par des millions de personnes. Agissant à la manière d’un catalyseur, la fréquence fait l’unanimité auprès d’une population rurale majoritairement située dans les campagnes reculées du sud est du pays : en général âgée, pauvre, nationaliste, eurosceptique et fermement catholique. Ceux qui ont voté pour Donald Tusk sont les citadins, provenant des régions plus riches et développées de l’ouest ou de la Baltique. Jeunes, avec un haut niveau d’études, réformistes et pro-européens. Telle est l’analyse sociologique qui sous- tend le résultat de ces élections présidentielles.

Portrait d’une nation

Inversement, le canevas politique dresse un tableau noir des répercussions internes et externes de cette tragédie électorale à peine achevée. Le pays court ainsi le risque d’être paralysé : en raison de la courte victoire au scrutin parlementaire de septembre dernier du parti Droit et Justice, dirigé par le jumeau de Kaczyski, Jarosaw, la majorité, si elle souhaite être en mesure de gouverner correctement, devra envisager une alliance avec l’extrême droite anti-européenne ou encore avec le parti perdant, la Plate-forme civique. Une dernière hypothèse peu plausible, au vu de l’impossibilité d’élaborer un projet commun compatible avec les exigences du Père Tadeusz Rydzyk, brandissant la menace de retirer son soutien médiatique et politique. Au programme de la ligne « maryanesque », une renégociation du traité d’adhésion à l’UE puisque le Père Rydzyk s’oppose à l’Europe.

Deux référendums visant à miner l’intégration européenne sont également prévus : l’un sur la ratification du traité constitutionnel et l’autre sur l’introduction de l’euro. Quelle que soit la question, le nouveau président se battra pour le « Non ». Si on ajoute à cela la proposition d’introduire la peine de mort et la suggestion d’une collaboration plus étroite avec Washington au détriment de Bruxelles, la future politique extérieure de Varsovie semble se condamner à l’isolement, du moins en Europe. Malgré cette « anecdote ironique racontée au monde par Dieu, autrement dit la Pologne » - selon les mots de l’écrivain contemporain Andrzej Szczypiorski -, il y a toujours une lueur d’espoir. La mélancolie optimiste slave caractéristique des Polonais pourrait donc se résumer au refrain d’une chanson populaire : « Tant que le fleuve Vistule s’écoule, la Pologne vivra !  ». Croisons les doigts pour que la Vistule jaillisse encore abondamment et dans la bonne direction.