La Pologne rafle le Parlement

Article publié le 10 juillet 2009
Article publié le 10 juillet 2009
Ca y est, le partage du gâteau en forme d'hémicycle est maintenant officiel: le SD (nouveau nom très sexy du PSE) et le PPE ont passé leur habituel accord s’accordant sur la Présidence du PE : deux ans et demi pour chacun. Le bal sera donc ouvert par les conservateurs, avec en nouveauté : un polonais à tête de l’institution. Ils le voulaient, ils ont finalement réussi à l’avoir.
Il s’agit bien entendu des Polonais et de leur homme à la tête d’une grande institution internationale. Après l’échec de l’OTAN, voilà qu’ils décrochent le PE, avec l’aide indirecte de Berlusconi. Lui qui voulaient placer son poulain Mauro, ses frasques sexuelles et sa popularité inversée en Europe, ont persuadé le PPE de lui préférer un discret homme de l’Est.

Symboliquement, cela démontre l’intégration réussie des pays de 2004, qui peuvent rivaliser avec les vieux Etats membres. D’un point de vue plus polonais, c’est une victoire nationale prouvant le statut de « grand » de ce pays autrefois membre du bloc soviétique, dépendant de Moscou. Varsovie est maintenant une puissance régionale que l’UE doit prendre en compte. Elle n’est pas encore au niveau des quatre gros (Allemagne, Italie, Royaume-Uni, France) mais elle bosse dessus.

Le véritable enjeu est ailleurs

Si le sort n’en avait pas décidé autrement, le poste aurait probablement été donné à Bronislav Geremek, membre éminent du Parlement européen de 2004, ancien de Solidarnosc, médiéviste reconnu et intellectuel de haut vol. Un accident de voiture à l’été 2008 changea la donne et fit de Monsieur Buzek l’élu de la négociation.

L’avantage d’un Geremek aurait été son statut d’intellectuel, de sage. Car en dehors de la politique politicienne, l’enjeu de cette « présidence polonaise » c’est la réconciliation de l’Europe avec son passé. Son double passé. Celui qu’on traine comme un brulot ou boulet, depuis 1989.

Souvenez-vous, en mars 2005. Un eurodéputé, Zbigniew Zaleski a demandé au président du Parlement européen, Josep Borrell, de commémorer le massacre de Katyn lors de l’ouverture de la session plénière. M. Borrell lui a alors répondu qu’il n’était pas possible de consacrer des minutes de silence à chacun des événements tragiques du passé…Réponse logique pour un homme de l’Ouest, mais qu’ont du penser les Polonais pour qui Katyn représente la tentative russe d’anéantir leur élite. Car en 1941, si le NKVD a tué plusieurs milliers d’officiers dans une forêt bélarusse, ce n’était pas pour des raisons militaires. Mais plus politiques car ces officiers étaient avant tout médecins, architectes, ingénieurs, professeurs. Ceux qui auraient du reconstruire une Pologne libre et démocratique dans l’après guerre.

Le Parti de Buzek

En réaction, un autre eurodéputé polonais, Jacek Saryusz-Wolski, a estimé qu’"il faut éduquer l’Europe occidentale. Nous ne pouvons tolérer cette amnésie historique sur les actes commis par Staline". Il indiqua que "tous les députés des anciens pays de l’Est, quel que soit leur groupe politique, réclament un débat au Parlement européen, en mai, sur la fin de la seconde guerre mondiale. Nous voulons rappeler que la défaite de l’Allemagne nazie a signifié le début de l’occupation communiste pour une moitié du continent".

Certains diront que ce débat est le résultat de quelques députés européens polonais ayant un blocage historique, issus de groupes minoritaires. Nullement. Ces deux eurodéputés étaient issus de Plateforme Civique, le parti du Premier ministre polonais actuel…et le parti de Buzek, qu’on pourrait classer de centre droit.

Un bien pour un mal

Car le souvenir des années communistes, sous le joug russe et d’une Europe de l’Ouest indifférente est encore bien présent, dans toutes les couches de la population. Finalement, si la nomination de Buzek n’est que le résultat d’une tractation politique, d’un mercato européen, elle est une bonne nouvelle. Du haut de son perchoir, il pourra démontrer qu’il n’y a aujourd’hui qu’une Europe. Dans le sens métaphysique bien sûr, parce que dans la réalité, nous ne sommes jamais d’accord entre nous. Mais cela est un autre problème…

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PS : Pour l’honnêteté intellectuelle de cet article, nous devons aussi rappeler quelque chose. Le pouvoir du Président du Parlement est tout juste plus fort que celui des stagiaires de la Commission. Mais le symbole est là.