La Pologne fait le choix de la castration chimique

Article publié le 29 octobre 2009
Article publié le 29 octobre 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Après les parlementaires, les sénateurs polonais ont tranché pour un durcissement des sanctions à l’égard des criminels sexuels. La castration chimique devient obligatoire. Une décision radicale que semble approuver l’opinion publique.

Le Sénat polonais vient de voter, avec une seule abstention, un durcissement radical des lois punissant les criminels sexuels. Et bizarrement, la presse polonaise, sur un sujet si polémique, se livre à peu de commentaires : la loi prévoie de rendre la castration chimique obligatoire pour les pédophiles et alourdit les peines (jusqu’à 15 ans de prison).

Le principe de la castration chimique obligatoire fait de la Pologne une exception en Europe : seuls quelques Etats américains ont déjà adopté ce genre de dispositions en cas d’abus sexuels sur mineurs. Au Danemark, en Belgique et en Suède, cette solution peut être adoptée mais elle n’est jamais obligatoire. Un seul quotidien polonais, le Rzeczpospolita, aborde le sujet en page 3 seulement et sous le titre « Des pédophiles sans surveillance ». La journaliste spécule sur l’avenir d’environ 1100 criminels sexuels recensés en Pologne : les délinquants qui ont violé des mineurs de moins de 15 ans, parmi lesquelles 130 ont été diagnostiqués pédophiles. Izabella Kacprzak critique le fait que les pédophiles ne soient pas sous surveillance, une fois sortis de prison. Elle cite quelques exemples de violeurs d’enfants récidivistes, dont celui d’un pédophile de 49 ans qui a été libéré en septembre 2009 après 25 ans de prison, et déjà présumé coupable d’attouchements sexuels sur un garçon de 11 ans. 

La médecine pour mieux punir ? 

Ce genre d’événements justifie la radicalisation d’une politique anti-pédophile en Pologne. Selon les derniers sondages, 2/3 des Polonais saluent les mesures draconiennes prises par les politiciens pour punir ces actes. Même le premier ministre polonais Donald Tusk est partisan d’un durcissement du code pénal. Il y a un peu plus d’un an, Tusk avait lui-même attisé la colère populaire lors d’un fait divers dramatique : dans l’Est du pays, un père de 45 ans avait été accusé d’avoir abusé de sa fille pendant six ans, lui faisant deux enfants. Alors que l’opinion publique polonaise s’indignait, Tusk déclarait, lui, que de telles créatures ne méritaient pas d’être considérées comme des êtres humains. 

Cependant, des voix s’élèvent aussi pour protester contre ces mesures. C’est notamment le cas de l’ex-ministre de la santé, le psychiatre Mareck Balicki, qui a été le seul a voté contre le projet de loi à la Chambre. Lors de cette séance de vote assez peu médiatisée, Balicki a été le seul à dénoncer le fait que la médecine soit réduite à un outil de sanction. 

Cette loi controversée doit être encore une fois débattue devant la Chambre car les sénateurs ont proposé plusieurs modifications techniques. Puis ce sera au président, Lech Aleksander Kaczyński, d’y apposer sa signature. Son approbation ne fait guère de doute. Pour les opposants au texte qui sont pour l’essentiel issus de la gauche, comme Balicki, il ne restera plus qu’une seule issue : déposer un recours devant la Cour constitutionnelle. 

L'auteur de cet article est membre du réseaun-ost.