La peur d’avoir raison

Article publié le 5 mars 2004
Publié par la communauté
Article publié le 5 mars 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Des sanctions économiques contre les Etats-Unis vont être mises en oeuvre. L’Europe n'aurait-elle plus peur de la guerre économique ?

En 2000, l'UE a fait connaître ses plaintes sur la politique d’aides à l’exportation des Etats-Unis à l’Organe de Résolution des Conflits de l’Organisation Mondiale du Commerce. De grandes entreprises comme Boeing, Microsoft ou General Electric pouvaient bénéficier, en vertu de la subvention du Foreign Sales Corporations (Corporation des Ventes Etrangères), d’une économie fiscale allant jusqu’à 30% de la valeur des produits exportés. Depuis, plus l'UE paraissait avoir raison, plus elle se montrait flexible et compréhensive.

"Menace par étape"

Concrètement, le commissaire du Commerce Extérieur, Pascal Lamy (1), a interprété à la perfection le rôle biblique du père de l’enfant prodige. Sa méthode de « menace par étape » a laissé échapper les opportunités qu’offre l’OMC dans ses résolutions, toujours favorables à la « cause européenne ». Ainsi, le commissaire Lamy a opté pour la voie du pardon et de la compréhension, en permettant que la politique économique américaine continue dans la même direction , avec seulement quelques reformes timides qui n’ont pas changé le fond des choses.

En effet, dans son rapport 2003, l’OMC (il est inutile de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un organisme anti-américain) acceptait des sanctions qui montaient jusqu’à 100% sur les produits dont les méthodes d’exportation étaient litigieuses. Ce qui représenterait au jour d’aujourd’hui presque 5.000 millions de dollars.

« L’amende » imposée aujourd’hui, suite à des promesses remplies de bonnes intentions de la part du commissaire Lamy –« pression graduelle », « on recherche le retrait, non les représailles », « contre-mesures, et non punition »-, à la liste fermée d’articles exportés par les Etats-Unis, est de 5%. Et de 1% de plus pour chaque mois impayé. Jusqu’à un maximum de 17%, il y a tout juste un an (3). Il y a quelques temps de ça, il a menacé de confirmer les sanctions de 100%. Aujourd’hui, on sait qu’elles ne seront que de 5%.

« La peur ou la guerre commerciale »

En Europe, on a peur que ces sanctions entraînent une guerre commerciale ouverte, qui en réalité ne ferait pas trop de dégâts de l’autre côté de l’Atlantique. A cause de la faiblesse du dollar par rapport à l’euro, ces sanctions ne vont pas beaucoup affecter le compétitif marché américain. Et le commissaire Lamy devrait le savoir, enfin, on le suppose.

Dans les hautes sphères du pouvoir politique américain, la question est au cœur d’un grand débat. Le secrétaire du Trésor veut prendre des mesures en faveur des décisions de l’OMC, mais seulement en cherchant la manière d’éviter les sanctions et continuer d’aider ses exportations.

Une politique hostile envers les Etats-Unis n’est pas nécessaire, une imposition sur les sanctions les plus élevées non plus. Mais quand il s’agit de défendre les intérêts des entreprises européennes, on ne peut pas se permettre d’avoir peur. Peur de nous attaquer à des actes illégaux qui affectent directement notre économie. Là-bas ; ils n’ont pas peur de promouvoir leur stratégie ; même par la mauvaise voie. Ils n’auraient aucun remord à dresser de nouveau un « manteau de fer » (rappelons la politique douanière frauduleuse imposée aux importations de fer à cette époque) (4) pour renforcer leur économie.

Parce qu’il n’y a aucun doute, les Etats-Unis sont notre grand concurrent. Et nous nous croiserons à nouveau dans le futur. Le plus dur dans le fait d’avoir raison, c’est de la faire valoir.