La Pegatina : la rumba à toute allure

Article publié le 14 mai 2014
Article publié le 14 mai 2014

Le groupe ca­ta­lan La Pe­ga­tina a fait souf­fler sur Bruxelles un vent d'une folle éner­gie en réunis­sant mu­sique et danse. Plein de sur­prises, de rythmes chan­geants, leur concert a rem­pli la salle de l’An­cienne Bel­gique d’airs de rumba et ré­chauffé Bruxelles. Mal­gré leur em­ploi du temps très chargé, nous avons pu dis­cu­ter avec le chan­teur du grou­pe A­drià Salas avant le concert.

Pas fa­cile de trou­ver un cré­neau pour une in­ter­view avec La Pe­ga­tina. Notre pre­mier contact avec le groupe se fait par té­lé­phone. Ils viennent tous juste d’ar­ri­ver à Am­ster­dam après un concert à Zu­rich. Ils ar­ri­ve­ront à Bruxelles le jour même du concert et re­par­ti­ront le len­de­main.  Pour la tour­née « Llo­verá y yo veré », ils par­courent toute l’Eu­rope à un rythme ef­fréné qui rap­pelle celui de leurs concerts. Pen­dant que le reste de l'équipe dé­charge la four­gon­nette qui les trans­porte de ville en ville, nous dis­cu­tons avec Adrià, le chan­teur.

ca­fé­ba­bel : Com­ment est né La Pe­ga­tina ?

Adrià Salas : La plu­part d'entre nous vient du même vil­lage, Mont­cada i Reixac. Quand on al­lait à des concerts de mu­siques al­ter­na­tives à Bar­ce­lone, Rubén (chan­teur et gui­ta­riste, ndlr) se poin­tait tou­jours après pour jouer. Un jour, quel­qu’un a dit qu’il était comme un au­to­col­lant (« Pe­ga­tina ») qui ne nous lâ­chait plus. Du coup, pour notre pre­mier concert, on a gardé le nom.

Le so­leil du sud dans toute l'Eu­rope

ca­fé­ba­bel : Vous avez dix ans de car­rière der­rière vous, quatre disques, et vous êtes l’un des groupes ca­ta­lans les plus connus dans le monde. Com­ment en êtes-vous ar­ri­vés là ?                                                 

Adrià Salas : A vrai dire, on ne s’at­ten­dait pas à tant de suc­cès. Mais si on veut réus­sir quelque chose il faut en avoir une vi­sion pré­cise. Au début on était que trois, on ne sa­vait pas jouer, mais on était ravis chaque fois qu’on avait un nou­veau fan ! Il faut tra­vailler dur, comme on le fait de­puis plu­sieurs an­nées. Même si la marque Bar­ce­lone est très ven­deuse, ce que les gens ap­pré­cient le plus, c’est qu’on leur amène le so­leil et la phi­lo­so­phie du sud.

ca­fé­ba­bel : Lors de vos pre­mières tour­nées, vous jouiez uni­que­ment en Ca­ta­logne. Petit à petit, vous avez élargi votre champ d’ac­tion. Quand et com­ment avez-vous sauté le pas vers l’in­ter­na­tio­nal ?

Adrià Salas : En réa­lité, on a été connus en Eu­rope avant de l’être en Es­pagne. Comme on avait mis nos disques en té­lé­char­ge­ment libre sur In­ter­net, on s’est fait connaître en Suisse où on nous a in­vi­té pour une tour­née. Puis on est allé au Pays basque, en Ga­lice et à Ma­drid. Après ça on a joué de plus grands fes­ti­vals comme le Viñarock ou l’Ar­se­nal. A la fin, tout le monde finit par vous connaître.

ca­fé­ba­bel : C’était un genre d'ef­fet do­mino ?

Adrià Salas: Plu­tôt du mi­mé­tisme. Les grands fes­ti­vals doivent faire plai­sir au pu­blic. Si leurs adeptes viennent de Ca­ta­logne, du Pays basque ou de Ga­lice, ils doivent pro­po­ser de quoi plaire à cha­cun, et les fes­ti­vals se co­pient entre eux. C’est grâce à notre no­to­riété aux Pays-Bas qu’on a pu petit à petit jouer en Bel­gique.

ca­fé­ba­bel : Votre but, c'est de faire connaître la rumba en Eu­rope ?

Adrià Salas : On fait de la rumba mais aussi du ska, du me­rengue et de la cum­bia. En Eu­rope, on est per­çu comme un groupe pop qui plaît à tout le monde. Quand l’un parle de mé­tis­sage, l’autre parle de rumba. On ne peut pas nous éti­que­ter.

Un rythme ef­fréné on et off stage

ca­fé­ba­bel : Vous jouez en­vi­ron 100 concerts par an, et vous en­chaî­nez par­fois jus­qu’à 6 concerts d’af­fi­lée, d’un pays à l’autre. Le rythme est ef­fréné, vous ne vous y per­dez pas ?

Adrià Salas : On sait tou­jours où on se ré­veille, mais ça n'est ja­mais rien de plus qu'un hôtel. On sait dans quelle ville on se trouve mais on ne pro­fite pas de ce qui s'y passe. On joue, tout se passe très bien, puis quand le concert est fini on se dit : « il m’en reste 5, il vaut mieux que j’aille dor­mir ». On n’a pas l’oc­ca­sion de ren­con­trer les fans, de par­ler avec eux, de sa­voir s'ils ont aimé le concert. On n’a pas non plus l’oc­ca­sion de voir du pays. Ce n’est qu’une fois les 6 concerts ter­mi­nés qu’on peut ré­flé­chir à tout ce qu’il s’est passé. On es­saie de se re­po­ser au moins 8 heures par nuit. Sans ça, on ne pour­rait pas tenir. Les concerts, c’est très phy­sique … et on va chez le phy­sio­thé­ra­peute une fois par se­maine !

ca­fé­ba­bel : Quand on vous voit sur scène, on com­prend pour­quoi tu parles d’exi­gence phy­sique. Com­ment faites-vous pour trans­for­mer chaque concert en une ex­plo­sion de mu­sique et de danse ?

Adrià Salas: C’est comme ça qu'on est. Mais c’est aussi quelque chose sur le­quel on a tra­vaillé. En jan­vier, on s’est en­fer­mé dans une salle de théâtre et on a tout pla­ni­fié de A à Z. Le son, les lu­mières, tout ce que l’on dit ou fait sur scène, les mou­ve­ments de cha­cun et les in­ter­ac­tions avec le pu­blic. On a évi­dem­ment laissé un peu de place à l’im­pro­vi­sa­tion, comme une chan­son du pays dans le­quel on joue, ou une âne­rie qui nous pas­se­rait par la tête... Mais on sait à quel mo­ment on peut le faire !

jouer n'im­porte où pour n'im­porte qui

ca­fé­ba­bel : Vous avez com­posé pra­ti­que­ment toutes vos chan­sons. Tu as écrit la plu­part des pa­roles des chan­sons et vous avez mis la mé­lo­die au point à plu­sieurs. Qu’est ce qui a ins­piré des chan­sons comme Alosque u Oli­via ?

Adrià Salas : Notre ins­pi­ra­tion vient de dif­fé­rentes choses. Quelques-unes de nos chan­sons, enfin plu­tôt la ma­jo­rité, parlent de dé­cep­tions amou­reuses. On en parle tous en­semble. On écrit aussi sur d’autres thèmes. C’est comme avec les rum­bas gi­tanes au temps de Franco. Quand ils chan­taient des chan­sons d’amour, ils par­laient en fait de po­li­tique. Par­fois, les gens ne s’en rendent pas compte mais si on de­vait ex­pli­quer la mu­sique, ce ne se­rait plus de l’art mais un pam­phlet.

ca­fé­ba­bel : Sans trop par­ler de po­li­tique, tu pour­rais me don­ner un exemple ?

Adrià Salas :  Ara vé lo bo com­mence comme ça : « Cuando todo es­talló, me cogí de una ma­dera, vine flo­tando hasta aquí de nin­guna ma­nera, nunca me mojé, la cor­riente me llevó…» (Quand tout a volé en éclat, je me suis ac­cro­ché à un mor­ceau de bois. Je suis venu en flot­tant, je ne me mouille ja­mais, je me laisse por­ter). C’est une cri­tique à l’en­contre des gens qui ne font pas bou­ger les choses.

ca­fé­ba­bel : Vous avez réa­lisé un do­cu­men­taire sur les 10 ans du groupe et vous in­no­vez pen­dant les concerts comme avec la ca­méra à 360 de­grés que vous avez uti­li­sée à Bar­ce­lone. Vous avez un pro­jet en tête ?

Adrià Salas : Pour le mo­ment, on se concentre sur la sor­tie du disque en mai. Mais notre pro­jet sur le long terme, c’est d’être uni­ver­sels, qu’on nous consi­dère comme un groupe qui peut jouer n’im­porte où dans le monde et qui trouve par­tout son pu­blic.

Tea­ser de la tour­née Llo­ve­rá y yo veré. 

Trois heures seule­ment après notre dis­cus­sion avec Adrià, La Pe­ga­tina s’élance sur la scène de la cé­lèbre salle bruxel­loise. Ils com­mencent avec une série de chan­sons, changent de rythme, et en seule­ment 10 mi­nutes, jouent la plu­part de leur ré­per­toire. Cela pour­rait être épui­sant pour le pu­blic, mais c’est une vraie bouf­fée d’air frais, et le corps est échauffé pour la suite du concert. Dès les pre­mières mi­nutes et jus­qu’à ce que les lu­mières soient ral­lu­mées, le pu­blic danse, saute et chante, sans ja­mais s’ar­rê­ter. Le groupe a beau avoir pla­ni­fié tout le concert, ils in­ter­prètent à chaque fois avec une fraî­cheur dé­con­cer­tante.