LA PARTIsane LENUCCIA, un cri venant du sud

Article publié le 24 juillet 2014
Article publié le 24 juillet 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'his­toire de la na­po­li­taine Mad­da­lena Ce­ra­suolo, connue sous le nom de Le­nuc­cia, est l'exemple d'une Naples qui ne se rend pas, “s’è ar­re­vu­tata e ‘stu ne­mico l’ha fatto tremmà” ("si è sconcertata e questo nemico lo ha fatto tremare", NdT). Un es­prit guer­rier et te­nace qu'au­jourd'­hui la ville n'ar­rive plus à re­trou­ver.

L'His­toire est mé­moire et la mé­moire est in­dé­lé­bile et col­lec­tive. Elle de­vient le passé com­mun dans le­quel pui­ser pour ré­no­ver le sen­ti­ment d'ap­par­te­nance à une com­mu­nauté. Face aux ad­ver­si­tés du pré­sent et aux in­cer­ti­tudes du futur, cette His­toire de­vient une source d'ins­pi­ra­tion dans la­quelle se plon­ger pour se don­ner du cou­rage et aller ainsi de l'avant. C'est bien pour cela que la mé­moire est vi­tale.

Mad­da­lena Ce­ra­suolo, connue dans l'his­toire comme Le­nuc­cia, re­pré­sente la mé­moire d'une Naples qui ne se rend pas. Aban­don­née par le roi qui s'en­fuit la queue entre les jambes aux côtés de Ba­do­glio, avec le Duce au ma­quis et les al­liés aux portes de la ville, la Naples par­ti­sane ne baisse pas la tête face aux Al­le­mands, ces en­va­his­seurs qui veulent ré­duire la ville en cendre. Les hommes, les femmes et les en­fants, comme pour le cas de Gen­na­rino Ca­puzzo, prennent les fu­sils et les armes de for­tune qu'ils réus­sissent à ras­sem­bler et se dressent, la rage au ventre, face aux Al­le­mands. Cet évé­ne­ment vic­to­rieux pour les Na­po­li­tains est resté dans l'his­toire comme les Quatre Jours de Naples, quand toute la ville “s’è ar­re­vu­tata e ‘stu ne­mico l’ha fatto tremmà” pour re­prendre les mots de Eu­ge­nio Ben­nato. Nous sommes le 27 sep­tembre 1943 : les Al­liés re­montent le Sti­valo par le sud, pen­dant que le co­lo­nel al­le­mand Wal­ter Schöll prend le com­man­de­ment des forces qui oc­cupent la ville, éta­blis­sant le couvre-feu et dé­cla­rant l'état de siège avec l'ordre de condam­ner à mort qui­conque se ren­dant res­pon­sable d'ac­tions al­lant à l'en­contre des troupes du Reich. Le prix à payer si cela se pro­duit : cent Na­po­li­tains pour chaque Al­le­mand mort. C'est le mo­ment de ré­agir : du Vo­mero à la place Carlo III, du pont de la Sa­nità à la Mad­da­lena, de la Vi­ca­ria au quar­tier Stella, on ne baisse pas la tête. On com­bat. Et parmi les ré­sis­tants, il y a Le­nuc­cia, une par­ti­sane du sud.

Aux thermes Stufe di Ne­rone et fai­sant par­tie du pro­gramme "Tea­tro alla De­riva" or­ches­tré par Gio­vanni Meola, "Le­nuc­cia, una par­ti­giana del Sud" est un spec­tacle de la com­pa­gnie théâ­trale Vo­disca Tea­tro, avec Mad­da­lena Stor­naiuolo et Luigi Cre­den­dino comme ac­teurs. Mis en scène par Aniello Mal­lardo, ce spec­tacle se pro­duira une nou­velle fois sur scène le mer­credi 16 juillet, après une année marquée par le succès. Cette pièce traite de la cé­lé­bra­tion d'une femme de­ve­nue l'hé­roïne d'une ville qui, bien qu'har­ce­lée et écra­sée par l'oc­cu­pa­tion al­le­mande, a en­core la har­diesse de se re­bel­ler pour sa propre li­berté, de­ve­nant le cri et la voie d'un peuple. Un peuple qui pour­rait être com­paré aux en­fants du Vé­suve et qui, comme son père, en­dosse cal­me­ment la vie, l'air désarmé, pour en­suite écla­ter inexo­ra­ble­ment dans une furie des­truc­tive en fai­sant trem­bler la terre. À cet ins­tant, Naples n'était plus le sym­bole du sud loin­tain et pas­sif de l'Ita­lie, mais de­vint la ca­pi­tale d'une Eu­rope qui se ré­vol­tait.

Le­nuc­cia n'est pas un compte-rendu ro­mancé des faits his­to­riques, mais bien l'his­toire in­time et ca­chée d'un cou­rage à la fois doux et re­belle. C'est l'ac­trice Mad­da­lena Stor­naiuolo, qui en­file le rôle de la par­ti­sane, in­ter­pré­tant avec brillo les émo­tions, joies et peurs de qui­conque s'étant re­trouvé à vivre du­rant ces an­nées hos­tiles. Ce spec­tacle nous tourne vers la mé­moire. Tou­jours. Elle convint la Le­nuc­cia de Mad­da­lena Stor­naiuolo, comme elle per­suade et laisse la trace de l'in­ter­pré­ta­tion de Lugi Cre­den­dino, dans le rôle de Gen­na­rino, le fan­tôme d'une plaie en­core ou­verte et réelle, telle la mé­daille d'or re­pré­sen­tant le cou­rage mi­li­taire sur le torse de son ho­mo­nyme his­to­rique.

Le­nuc­cia dé­couvre, sans ver­gogne, la par­tie la plus pro­fonde et la plus terne d'une femme et d'un peuple par­ti­san et guer­rier, mais avant tout qui est vrai. Comme les sen­ti­ments qu'elle éprouve et la force d'es­prit de croire que le monde al­lait chan­ger et qu'il fal­lait se battre pour le faire. Les hommes et les femmes sont pa­reils à des pierres, dures et in­cas­sables comme celles qui vivent dans l'His­toire et les sou­ve­nirs, et dont les noms res­te­ront gra­vés à ja­mais dans notre mé­moire de Na­po­li­tains.