La Palestine survivra à Arafat

Article publié le 16 novembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 16 novembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La mort de Yasser Arafat pourrait être l’occasion pour la Palestine de changer de stratégie et de s’engager sur le chemin de la paix, en sollicitant davantage les différentes communautés linguistiques de l’UE.

A première vue, et avec un peu d’optimisme, la disparition du raïs ne devrait pas déclencher de luttes fratricides pour sa succession à la tête de l’Autorité palestinienne : en effet, la constitution du pays prévoit qu’à la mort du chef de l’Autorité palestinienne, c’est le président du Conseil législatif qui prend les rênes du pouvoir pendant soixante jours, au terme desquels des élections seront convoquées. Les statuts de l’OLP prévoient également une procédure de succession pour sa présidence. Aucune raison donc de craindre une transition violente qui diviserait encore davantage le monde arabe et empêcherait la reprise des négociations dans le conflit israélo-palestinien. Ainsi, si tout se déroule pacifiquement, sans luttes intestines, c’est une génération de pragmatiques respectueux des institutions qui devrait accéder au pouvoir, avec les garanties que cela devrait apporter au processus de paix. Au mieux, ce changement supposera un éloignement des positions radicales qui nuisent tant au dialogue entre l’Occident et le monde arabe, et permettra de détourner l’attention du peuple palestinien et de ses dirigeants de la guerre en Irak. Car nous savons déjà à quel point les deux conflits « s’interalimentent ». Tel serait donc le scénario idéal pour l’entrée en scène de la diplomatie européenne.

L’Europe : un meilleur interlocuteur ?

Mais la situation en Palestine et dans le reste du monde arabe est plus complexe. Une véritable révolution doit avoir lieu en matière de stratégie de communication. Depuis des années, les pays arabes ne parviennent pas à adopter de position commune sur la cause palestinienne. La première étape serait donc de parler d’une seule et même voix, pour ensuite prendre le temps de réfléchir à un nouvel interlocuteur. Car le monde anglophone, vers lequel les pays arabes se sont toujours tournés jusqu’à présent, ne leur a pas montré beaucoup d’intérêt ni de compréhension. Le moment est venu pour le monde arable de diversifier ses contacts et d’y intégrer d’autres univers linguistiques, francophone, hispanophone ou germanophone par exemple. En effet, l’univers linguistique communautaire, fort de sa tradition de négociateur et de ses bonnes relations avec le monde arabe, pourrait aider les pays arabes à harmoniser leurs positions et à sceller quelques accords de principe, qui mettraient en doute la volonté et la capacité négociatrices des Israéliens et des Américains. D’autant plus au moment où Bush, peu sensible aux réclamations palestiniennes, a renouvelé son mandat.

Maintenant que s’ouvre une nouvelle page de son histoire, la Palestine doit savoir utiliser tous les avantages qu’offre la machine diplomatique européenne, à l’heure où elle doit présenter devant le communauté internationale un accord de principe avec les dirigeants israéliens, soutenu par l’ensemble des pays arabes. Parfois, tout est question de marques, et la marque «Europe» commence à avoir du succès.