La Palestine compte sur le soutien de l’Europe

Article publié le 7 octobre 2011
Article publié le 7 octobre 2011
Par Tania Gisselbrecht Le Conseil de l’Europe déroulait hier le tapis rouge pour Mahmoud Abbas. Deux semaines après avoir officiellement sollicité auprès des Nations Unies la reconnaissance du statut de membre de plein droit, c’est-à-dire en pratique la reconnaissance de l’Etat palestinien, le président de l’autorité palestinienne est en tournée européenne.
Il tente de persuader d’autres organismes internationaux d’accueillir la Palestine en leur sein. UNESCO, OMC, Conseil de l’Europe. L’objectif affiché de cette stratégie diplomatique tous azimuts ? Relancer un processus de paix enlisé.

Dans son discours devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), le président Abbas a rappelé que son « peuple attend ce qui lui est dû. Mais combien de temps doit-il attendre? ». Et la fin de son allocution a mis les Européens au pied du mûr : « La Palestine demande la liberté et la fin de l’occupation. Nous méritons votre soutien. Nous comptons sur vous et sommes confiants : vous ne nous abandonnerez pas à notre sort ». « Vous avez soutenu le printemps arabe, l’heure du printemps palestinien a sonné. Vous avez dit que vous étiez prêts à nous reconnaître en temps voulu. Ne pensez-vous pas que c’est maintenant le temps opportun ? »

Appel entendu par le Conseil de l’Europe : une résolution adoptée deux jours plus tôt a octroyé à l’autorité palestinienne le statut de partenaire pour la démocratie. Jusqu’à présent, seul le Maroc bénéficie de ce statut qui autorise une délégation parlementaire à siéger aux côtés de ses homologues européens de l’APCE. Privés du droit de vote, les représentants parlementaires pourront néanmoins s’exprimer lors des sessions de l’assemblée. Ce statut créé en 2009 pour renforcer l'Etat de droit dans les pays voisins du continent européen doit permettre un accompagnement des institutions palestiniennes sur le chemin de la démocratisation. Le défi est de taille pour l’autorité palestinienne car l’obtention du statut a été assortie de conditions strictes dont la réalisation sera suivie de près par l’APCE (cf. point 12 de la résolution).

Mais c’est un amendement à la résolution portant sur la coopération entre le Conseil de l'Europe et les démocraties émergentes dans le monde arabe, adoptée le même jour, qui répond de manière plus immédiate aux espoirs palestiniens. Le texte « invite les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies – en particulier la France, la Russie, le Royaume-Uni, la Bosnie-Herzégovine, l'Allemagne et le Portugal, Etats membres du Conseil de l'Europe – à soutenir la demande officielle palestinienne d’adhésion en tant que membre à part entière de l’Organisation des Nations Unies ».

En conférence de presse, le Président Abbas a relancé un appel solennel à une Europe qui reste divisée sur l’attitude à adopter face aux récentes démarches palestiniennes. La Palestine se tourne vers l’Europe pour qu’elle soit incitée à jouer un rôle pionnier au plan économique (l’UE est le bailleur de fonds le plus important en Palestine) et surtout un rôle politique plus actif dans la région. C’est sans doute pourquoi, le chef de l’autorité palestinienne a tenu à rassurer les Européens qui hésiteraient encore à soutenir l’initiative diplomatique palestinienne. Selon lui, celle-ci n’entre pas en contradiction et n’entend pas se substituer à la poursuite des négociations de paix.

Par contre, le président du Conseil palestinien a refusé d’aborder dans le détail les efforts diplomatiques déployés en ce moment par l’autorité palestinienne auprès de la communauté internationale. Il s’est aussi abstenu de répondre à une question concernant un éventuel rejet de la demande palestinienne dans l’enceinte onusienne. Même attitude face à une demande relative à l’existence d’un éventuel accord avec le Hamas sur d’autres cartes à jouer. Difficile, en effet, d’envisager l’échec d’une stratégie diplomatique qui apparaît comme celle de la dernière chance.