LA PAIX DANS LA DIVERSITE

Article publié le 15 janvier 2009
Article publié le 15 janvier 2009
La naissance de l’Union Européenne s’est faite suite à deux guerres mondiales entre la France et l’Allemagne. Il a fallut pour continuer sa construction réunir d’autres anciennes nations qui elles aussi avaient connus entre elles bien des conflits.
Le choix du respect culturel et de l’intégration des différences pour éviter d’autres crises et apaiser de douloureux souvenirs afin de bâtir une réconciliation, a été l’objectif premier. Il ne faut jamais oublier cette composante pour comprendre le message d’espérance de l’Union Européenne : s’unir pour vivre ensemble dans la paix.

Le continent européen et ses peuples ont été marqués dans l’antiquité par deux grandes cultures et civilisations : la civilisation grecque dans un premier temps et ensuite la civilisation romaine. L’empire romain est resté dans notre histoire comme un exemple de puissance et d’unité, de prestige et de grandeur. L’Union Européenne dans les débuts de sa construction regroupe déjà des cultures différentes : latines, germaniques et anglo-saxonnes. Avec l’ouverture à l’Est nous avons intégré les cultures slaves.

Maintenant se pose la question de l’adhésion de la Turquie et la possibilité pour l’Union Européenne d’apparaître comme un véritable modèle universel. Par l’intégration de ce grand pays musulman nous adresserions un formidable message de tolérance au reste du monde, et de ce fait nous mètrerions enfin un terme à cette théorie dangereuse du « chocs des civilisations ».

La coexistence maintenant acquise entre nos 27 pays est déjà exceptionnelle car inédite dans l’histoire de notre continent, si ce n’est jadis sous l’autorité d’empires autoritaires. Ce sont maintenant les nations et les peuples qui choisissent librement de s’unir pour bâtir un espace commun de vie dans la paix, la prospérité et la recherche du bonheur.

Nous devons maintenant ,et plus encore dans cette période de grave crise mondiale, nous poser la question du sens de l’action politique pour mieux comprendre cette dynamique et la continuer. Cette intégration de nations, de peuples et de différentes cultures est aujourd’hui d’une grande actualité géopolitique alors que l’on parle partout de multiculturalisme.

A l’heure où l’Europe de l’Ouest a rencontré celle de l’Est et où se pose maintenant la question d’aller vers l’Orient.

A l’heure où les grandes décisions qui vont engager l’humanité dans sa globalité doivent être prises, et cela, à l’échelle de notre planète, l’Europe a ici un message capital à proposer sans aucun impérialisme messianique ni conquérant, dans le respect et la tolérance des autres civilisations.

Lors de mes interventions devant mes étudiants je leurs dis toujours que l’Europe n’est pas seulement l’Union Européenne et je défends l’idée que c’est le Conseil de l’Europe et ses 47 Etats qui représente cette grande et belle Europe : de l’Atlantique à l’Oural ! Une Europe aussi large dans son étendue géographique que belle par la portée humaniste de ses idées. En effet, le Conseil de l’Europe n’a-t-il pas pour objectif de favoriser un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme ? N’a-t-il pas aussi pour but de promouvoir l’identité culturelle de l’Europe et sa diversité ?

On ne peut espérer meilleure institution pour commencer à travailler sur un véritable espace démocratique européen et sur la construction d’une grande Union Européenne !

Le choc des civilisations peut être évité puisque c’est une vue bien trop partielle et partialle de l’histoire. L’Union Européenne doit être pensée et organisée dans son sens politique comme un modèle d’universalité auquel on adhère librement, sans aucune contrainte extérieure.

Mais évitons l’angélisme et les dérives technocratiques, il faut partir du terrain et intégrer les citoyens dans des projets qui ne doivent pas être obligatoirement grandioses mais avant tout fédérateurs d’énergies collectives et de partages des compétences et des savoirs faire.

La question du pourquoi dans l’action politique doit toujours et régulièrement être posée car elle relève du sens; sans sens politique toute construction quelle qu’elle soit est condamnée et va à sa perte. Le sens fédère les énergies et donc canalise sur un objectif bien défini les actions des citoyens et des états. Le message du « vivre ensemble » des pères fondateurs de l’Europe doit toujours être mis en avant pour connaître et surtout ne pas oublier les fondements de la construction européenne et bien en comprendre le rôle dans son intégration des différentes cultures.

Ces différences, nos différences sont une richesse extraordinaire et un grand défi pour l’avenir. L’humanité est une et doit impérativement se penser comme telle, c’est le grand projet de notre siècle naissant. C’est là le message véritable de l’Europe. Aucun autre modèle ne s’est organisé en intégrant autant de cultures différentes. Si le modèle européen devait échouer, le message pour le reste du monde serait catastrophique. Nous avons donc le devoir, pour nos enfants et les générations à venir, de mener à bien cette belle et noble construction.

Olivier VEDRINE