Là ou résonne le bois: un voyage à pied le long de la via Francigena

Article publié le 1 septembre 2015
Article publié le 1 septembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un parcours qui serpente entre les forêts et les villages de l'Ombrie, où résonne encore une Italie antique perdue : le chemin de Saint François vu avec les yeux d'un pèlerin laïc, entre les monuments en pierre et ceux formés par les arbres.

Ceux qui habitent à Milan ne connaissent plus le son du silence. Nous sommes constamment entourés de voix et de de bruits qui couvrent nos propres pensées, à l'intérieur comme à l'extérieur de la maison : si nous éteignons la télé ou l'ordinateur, en général, nous ne réussissons qu'a mieux entendre le grondement des voitures dans la rue ou les cris des passants sur les trottoirs.

Retourner à une dimension de la vie plus silencieuse et vivable, d'une certaine façon plus antique, semble impossible. En revanche, la solution existe et est à portée de main. Enfin, de pieds : au cœur de l'Ombrie passe la route antique parcourue par Saint François au cours de son pèlerinage entre Rome et Assise, un chemin qui serpente à travers les forêts et les villages qui, selon des biographies et des hagiographies, auraient vu passer le Saint dans les premières années de sa conversion. Une marche qui va bien au-delà de la valeur religieuse et qui peut permettre même au pèlerin le plus laïc de retrouver une dimension intérieure..

 Les étapes fondamentales de la rue ombrienne francigena sont Assise, Foligno, Trevi, Poreta, Spoleto, Ceselli, Arrone, Piediluco et Greccio, tous des lieux où, suite à la visite du Saint, un sanctuaire homonyme a été construit durant les décennies qui ont suivi. Assise est l'endroit où le Saint est né et revenu pour mourir, après de longues années de voyage, à 44 ans: située à la moitié du pèlerinage depuis chaque coin du monde, c'est le début de la rue ombrienne Francigena, qui se parcourt du Nord en descendant vers Rome. La partie du chemin que nous avons parcouru est celle entre Arrone et Piediluco, qui se trouve en Ombrie méridionale, à la frontière avec le Latium.

Nous sommes accueillis par une forêt dense et basse, faite de chênes et de hêtres. La forêt ombrienne a vraiment un charme particulier, sauvage et non contaminé. On éprouve la sensation de marcher dans des lieux en dehors du temps, où la nature vigoureuse est encore celle pourrait avoir vu un cavalier médiéval : les mêmes collines d'alors s'élèvent imposantes sur nous, nous observant nous promener sur leur sein tandis que les bois environnants se serrent autour du sentier, ombrant ce dernier, presque menaçants. Le long du chemin vers Rieti, dans la direction contraire à la notre, un arbre séculaire est planté là, appelé le hêtre de Saint François, un des arbres les plus antiques d'Italie, qui vante plus de 1 200 hivers passés ici. Selon la légende ses branches noueuses offrirent un abri au Saint pèlerin au cours d'un de ses premiers voyages. Au-delà des contes, il s'agit d'un des monuments arborescents les plus suggestifs d'Europe.

Les villages que l'on traverse le long du chemin fascinent avec leurs édifices en pierres épaisses et massives, et avec leur position : de petits bijoux accrochés aux collines sauvages comme Labro, et c'est dans sa vallée que continue notre parcours. Parfois il s'agit de lieux désormais abandonnés depuis des décennies, comme le petit village de Umbriano, inhabité depuis l'après-guerre : un véritable village fantôme où il est possible de pénétrer entre les ruines plongées dans le silence le plus total des collines environnantes.

Notre moitié finale en revanche est Piediluco, un village construit autour de la montagne qui s'élève depuis le lac où Saint François fit divers sermons entre 1208 et 1225, convertissant des hommes, des femmes et des animaux.

L'Italie est un pays magnifique justement parce que l'on peut y trouver des bijoux cachés dans chaque recoin, même dans le plus inconnu et abandonné. Nous avons traversé des lieux du silence où l'on oublie la présence humaine, à l'exception des villages qui enrichissent les bois, se camouflant alors dans ces derniers. Une Italie inconnue de tous, et justement pour cela encore plus fascinante.